Unisonic – Unisonic

A l’unisson !

L’EP Ignition en guise d’amuse-gueule nous avait déjà séduit, l’interview réalisée à Paris des deux vieux compères Kai et Michael nous avait emballé de part la gentillesse et la passion sincère émanant de leur discours, la barre était donc placée haute à l’heure d’aborder ce premier opus éponyme d’Unisonic. Unisonic, donc, sort le 23 mars 2012 chez Edel/earMusic et bon nombre de fans sont sur le qui-vive. A quelle sauce seront-ils donc dévorés ? La réponse dans les quelques lignes qui suivent.

Rappelons une nouvelle fois le contexte. On ne va bien évidemment pas vous refaire l’historique des premiers Helloween et notamment des deux Keeper of the Seven KeysKai Hansen et Michael Kiske ont peut-être délivré leurs meilleures performances, qu’elles soient guitaristiques, vocales ou au niveau des compos. Non. Le fait est que, 24 ans plus tard, les deux allemands sont à nouveau réunis dans un groupe, après une période parsemée de guests Kiskeïens sur des morceaux de Gamma Ray ou quelques joutes à deux sur la tournée Avantasia. Réunis au sein d’un projet nouveau, groupe à part entière, formé autour du père Kiske mais aussi de Dennis Ward l’américain bassite, Mandy Meyer le suisse guitariste et Kosta Zafiriou le batteur-manager grec. Unisonic, presque international, un quatuor orginel auquel Kai est venu se greffer presque aussi surprennemment que naturellement. Pour un résultat des plus étonnants.

Première précision de taille : Unisonic n’est pas à proprement parler un groupe de metal. Il va bien plus loin, proposant un rock coloré aux influences hard, alternatives et metal mélodique certes mais toujours avec parcimonie. Mélodique, le mot clef est ainsi lancé, car du début à la fin de cette offrande nous rentrons en collision avec une batterie d’hymnes racés et taillés pour la radio ou les live, c’est selon.

Point de Helloween revival, aucune véritable puissance speed power à se mettre sous la dent, mais cette touche AOR stylée chère à un compositeur de talent. Dennis Ward est en effet derrière la plupart des morceaux disons « de base », Kai Hansen étant venu déposer derrière sa patte personnelle pour un mélange des plus divins. Mandy Meyer, ancien de Gotthard, n’a pas hésité à soutenir ses deux collègues pendant que Kosta et Michael sont restés plus sagement en retrait.

Unisonic studio 2011

Pourtant Kiske est loin, très loin, de faire de la figuration. Avant de causer performance vocale pure, petit focus sur la chanson finale de l’opus, car débuter par la fin semble être ici une évidence. « No One Ever Sees Me » est bel et bien l’oeuvre de l’ancien jeunot à la citrouille, un morceau quasi symphonique orchestral retouché pour sonner tout en émotion, une ballade pop rock épique assez intense qui aurait bien pu figurer sur l’un des précédents albums solos de l’intéressé. Néanmoins, toute miévrerie se trouve évitée avec brio, les arrangements s’avérant au final tout en retenue afin de laisser place à une mélodie et un texte touchant dont Michael nous a causé lors de l’entrevue parisienne préalablement citée en préambule. Micha n’oublie ainsi pas de nous rappeler à certains souvenirs, l’homme a évolué et grandit entre désarroi et mysticisme le long de plusieurs années à plus ou moins renier le metal, il n’en garde ici que les « meilleurs moments » et nous n’allons pas nous en plaindre. Côté voix sur l’ensemble de l’album, Kiske s’exerce dans une tonalité qui lui sied parfaitement, le vibrato de sa voix claire et haut perchée plus au point que jamais. On pourra peut-être reprocher certaines retouches évidentes et un autotune parfois détectable, mais on sent le bonhomme en pleine forme et ce quelque soit la configuration du morceau sur lequel il s’exerce. Un quasi sans faute à ce niveau.

A partir de là, on ne peut donc que commencer à sérieusement savourer les différentes étapes de ce disque. Nous connaissions déjà « Unisonic » et « My Sanctuary » dans leur version finale, toutes deux présentes sur l’EP et depuis diffusées sur nos ondes. Notre opinion ne change aucunement sur celles-ci, leurs consoeurs jouant ainsi un rôle primordial dans l’appréciation générale de la galette. La première constatation est simple : hormis la chanson finale un peu décalée et à part, chaque morceau brille par une simplicité structurelle bougrement efficace, on sent bien que le quintet a voulu un album direct et sans prise de tête – afin de mettre l’accent sur le côté naturel d’un groupe qui agit avant tout pour la musique en se mettant à son service. Aucune tentation égocentrique de faire valoir sa technique ou de rajouter quelques parties inutiles pour se la jouer novateur, Unisonic rentre dans le lard tout en finesse et prouve que ses membres ont l’expérience suffisante pour transformer un simple rock/metal en lingot d’or.

Des titres comme le punkisant « Never Too Late » (et sa structure de refrain proche d’un « Time to Break Free », morceau de Gamma Ray sorti en 1995 sur lequel, ô hasard, Kiske effectuait un guest) ou « We Rise » sentent bon le fun et la décontraction ultime, ce genre de créations où l’enchainement de notes reste bien en tête le temps de refrains imparables. « Renegade » s’envole quant lui vers un côté aérien retenu le temps d’un chorus très Gamma Ray-ien et chapeauté par Mister Hansen himself, « I’ve Tried » extrapole quelques pistes plus alternatives tout en restrant drastiquement en mode hard FM, « Souls Alive » remplit parfaitement le cahier des charges (avec une intro très « Perfect Gentleman » du Helloween… période Andi Deris) tandis que « Never Change Me » prouve bien jusque dans son intitulé que le combo décide de rester fidèle à lui-même et à ses diverses influences allant de Aerosmith à Queen, pour la jouer large.

Parlant de Queen, on touche presque les étoiles en un morceau épique sorti de nulle part. « Star Rider » porte véritablement bien son nom : d’un morceau qui aurait presque pu être banal ou plan-plan, Kiske et les arrangements en mode choeurs ultimes font partir les sensations jusqu’au firmament d’un rock mélodique simple où notre frontman délivre une performance impeccable. Quasi-atmosphérique et toute en retenue, cette chanson ravira bon nombre de nostalgiques, nous rappelant au passage ce que Angra a pu être à ses débuts (le parallèle avec « Carolina IV » sautant quelques instants aux oreilles, mais là encore on en revient au postulat de départ : Queen et ses harmonies vocales ou choeurs comme seul Freddie Mercury savait les inventer).

Alors non, Unisonic ne réinvente en rien le genre ni ne propose de véritable surprise si ce n’est, peut-être, de constater une alchimie aussi parfaite entre ses membres dès le premier essai rendant ce dernier quasiment sans défaut, au jeu d’une propreté exquise et aux titres peaufinés à l’extrême jouissant d’une production sans faille. On souhaite désormais que ce projet poursuive sa route, que ce soit en live (vivement le Hellfest) ou avec d’autres albums, dans la même lignée si possible car on en redemande. Et ce même si se renouveller sera difficle. Mais peu importe, car près tout…

… « there is a million songs still left unsung, still to create… and it’s never too late!« 

Note : 8.5/10

PS : La chronique de cet album a été réalisée en ne tenant pas compte de la chanson « King for a Day », non disponible sur la version promo fournie par le label. Il reste donc une surprise supplémentaire à découvrir y compris pour les journalistes, sans compter les deux bonus tracks également annoncés.
 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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