Papa Emeritus III, chanteur de Ghost

Alors que Gojira fait son entrée en scène lors de la première journée du Download Festival parisien, nous nous dirigeons vers les loges des artistes pour rencontrer Papa Emeritus III, avant le concert que Ghost donnera dans la soirée, après Iron Maiden. Après une brève attente aux côtés d'un Scott Ian affalé dans un hamac en toute détente, c'est avec surprise que nous nous retrouvons face à un Papa Emeritus III démasqué, en civil, portant un perfecto noir recouvert de badges de groupes en tous genres. Bien sûr, en ces circonstances, pas de photo, mais un échange détaillé et fort intéressant.

Bonjour, et merci de passer un peu de temps avec moi avant le concert de ce soir ! Commençons directement par évoquer les dernières nouvelles : le groupe a diffusé un teaser pour un documentaire, que peut-on attendre de ce nouveau format ?

Papa Emeritus III : Je dirais que, pour faire court, comme nous sommes un groupe différent des autres, on ne peut pas réaliser ce documentaire de façon classique, en filmant les choses sur le vif. Par contre, de la même façon que tous les autres groupes, si nous pouvons tourner et réaliser nos concerts de la meilleure des manières, c’est grâce à notre équipe technique. Nous nous sommes donc dit "pourquoi ne pas plutôt faire un documentaire sur notre équipe ? ". De cette façon, les gens auront quand même un aperçu de la vie du groupe, sans que ça ne se focalise sur nous…

Pour ne pas briser les mystères qui entourent les membres du groupe ?

P : Voilà. Il ne s’agit pas de révéler nos secrets, pas trop en tous cas. Mais tu pourras voir les choses selon un angle nouveau, et en tant que fan, j’adore voir ce genre de choses ! Ca remplace très bien un documentaire tourné vers le groupe lui-même, je trouve.

Ghost a également annoncé un nouvel EP, qui sortira en fin d’année. Est-il déjà enregistré, et que peut-on en attendre ? Des reprises, de nouvelles compositions ?

P : Quelques reprises, et quelques nouveaux morceaux, oui. Tout est déjà enregistré.

Mais tu ne peux pas nous en dire plus ?

P : Tout sera annoncé très bientôt. Il n’y a pas grand-chose à en dire maintenant. A part que ça va vraiment lancer le second chapitre de notre tournée.

Le cycle de sortie alternant un album et un EP, ça va devenir une constante ?

P : Je ne veux pas implémenter cela comme une règle. On avait juste envie que le laps de temps avant le prochain album soit plus long. Notamment parce que, de mon point de vue, notre univers graphique actuel est très intéressant, et qu’on peut encore l’étendre. Donc plutôt que d’écrire un Meliora 2, on a choisi de sortir ça. Un EP qui prolonge l’album. Je ne sais pas si l’idée est bonne, on verra.

Ca rejoint un peu ma question suivante. Avec Meliora, les thèmes relatifs à l’église et aux rites maléfiques a été un peu mis en retrait. Ghost a plutôt exploité des thèmes visuels des années 20, ainsi que de nombreux films, comme King Kong, Rosemary’s Baby, ou encore Metropolis… Le but est de proposer un thème visuel  radicalement différent à chaque album ?

P : Pour être honnête, je n’ai pas encore de vision précise de ce que l’on fera ensuite, en dehors de cet EP. Je ne sais pas quelle direction on prendra. Bien sûr, on va toujours tourner autour de thèmes sacrés. Par exemple, notre scène est toujours censée représenter une église, une chapelle, ou n’importe quel lieu sacré. Je dirais donc que, même si Meliora et son prolongement sont un peu plus séculiers et désacralisés, avec ce thème plus moderne et urbain, je veux revenir à ces aspects dans l’avenir. Ce côté ecclésiastique et presque médiéval. On va probablement faire des allers-retours depuis et vers ce thème au fil des albums.

Au sujet de la production de Meliora, je dirais que le son est moins brut et sale qu’aux débuts du groupe. Le mix est plus poli, et plus orchestral : c’est une évolution que tu aimerais voir continuer, ou bien des allers-retours sont aussi à prévoir ?

P : Je ne sais pas. Je suis autant tenté par une direction plus progressive que moins progressive. J’aimerais beaucoup développer les éléments progressifs qu’on a insérés dans Meliora

Un concept album peut-être ?

P : Nos albums sont déjà assez conceptuels. Mais ils ne constituent pas une histoire. Et c’est vrai que je serais intéressé par l’écriture d’histoire plus conceptuelles. Ce ne serait pas forcément du rock, peut-être quelque chose de plus orchestral.

Un opéra ?

P : Quelque chose comme ça, oui. Mais j’aime aussi l’idée d’un retour à des sonorités dansantes, mais pleines de simplicité. Un peu comme sur notre premier disque. Bref, on a vraiment la possibilité d’écrire trois types d’album différents : un disque très progressif, un opus plus orchestral qui s’éloigne du rock, ou bien un album de pur rock.

Au niveau vocal, on note l’ajout de chant saturé sur les versions live d’"Absolution". C’est une technique qu’on pourrait retrouver sur un prochain album ?

P : C’est possible [il rit]. On n’en est pas si loin. J’écris en ce moment le prochain album. Mais vocalement, on n’a pas encore trop travaillé. On ne sait pas encore qui sera le nouveau Papa. Nous verrons ce qu’on fera lorsqu’il apparaîtra.

Ce week-end, Ghost joue au Download Festival, qui a des têtes d’affiche comme Iron Maiden ou Rammstein, qu’on connait notamment pour leurs énormes production scéniques, avec de la pyrotechnique et de nombreux effets. J’imagine assez bien ce que vous pourriez faire avec de tels moyens : c’est un de vos objectifs ?

P : Exactement. C’est notre but. C’est d’ailleurs ce vers quoi tend le cycle qui va démarrer avec le nouvel EP.  Par exemple, ce qu’on va faire au Hellfest sera une sorte d’aperçu du spectacle qu’on proposera à l’automne.

Comme une répétition générale ?

P : Un peu oui ! C’est difficile d’arriver à tout bien développer lorsqu’il s’agit d’un concert unique comme ça, surtout dans un festival. Pour être honnête, on a toujours voulu utiliser de la pyrotechnie. Pour nous c'est tout ou rien : soit tu en utilises, soit tu n’en utilises pas. Et on a toujours trouvé qu’il valait mieux continuer le plus longtemps sans, pour faire les choses en grand quand on franchira le pas. Et en faire quelque chose de savoureux. Si tu prends Rammstein, leur show est énormément basé là-dessus, du feu dans tous les sens, c’est leur truc. Mais il y a certains groupes qui ont une utilisation horrible de la pyrotechnie, qui balancent des effets dans tous les sens sans arrêt, et sans véritable but. Ce n’est pas réfléchi, ça ne représente rien… Ça devrait être un ajout, quelque chose qui souligne un passage d’un morceau, ou un mouvement que tu fais. Je crois qu’avec notre nouvelle scène, qu’on dévoilera en partie au Hellfest, et complètement à l’automne, on va pouvoir explorer cet aspect pyrotechnique. On va aussi pouvoir avoir un set différent, jouer des morceaux qu’on n’a jamais joués avant, et passer à la vitesse supérieure. Pour en revenir à ta question : oui, le but à long terme est d’être là-haut avec Maiden et Rammstein, de devenir ce groupe que tout le monde veut voir.

Ghost semble avoir créé une vraie passerelle entre la scène metal et le public plus mainstream : le groupe en a conscience ? Et comment expliques-tu cela ?

P : Je crois que si on peut zig-zaguer de cette façon entre des festivals généralistes comme les Eurockéennes, le Rock en Seine, et des événements metal comme le Hellfest, c’est en partie grâce à notre image. On a l’habitude depuis longtemps, on avait fait le Pukkelpop par exemple, si tu connais ? La raison qui fait qu’on a cette image, c’est notre amour pour le shock rock, mais il y a d’autre une conséquences positives… Les gens qui ne sont pas des métalleux – les gens sans ceintures de balles, en gros – ont naturellement tendance à rejeter les groupes qui ont ce look, et on n’a pas ce look. Les gens écoutent des groupes auxquels ils peuvent s’identifier, c’est pour ça qu’il y a tant de fans qui ressemblent à leurs idoles... et il n’y a rien de mal à ça ! L’avantage de ce qu’on fait, d’un point de vue commercial, et qu’on a découvert au fil du temps, c’est qu’on ne suit pas cette tradition metal, on ne fait pas référence à une culture particulière, d’un point de vue vestimentaire, et ça ne crée pas de barrière pour le public. Si on avait de longues barbes, des tatouages, ou des croix gammées sur la tête, on attirerait nécessairement les gens qui nous ressemblent.

Merci beaucoup pour ton temps. As-tu quelques derniers mots pour les fans français de Ghost ?

P : Merci beaucoup pour votre soutien, on est vraiment heureux de pouvoir venir ici jouer si souvent !



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