Rage – 21

Rage sur son 21…

A la lecture d’un tel titre, certains lecteurs bien avisés pourrait dire que je suis complètement à côté de la plaque et que je me gourre totalement dans le proverbe. Que nenni, s’il en avait été ainsi je vous aurais bel et bien parlé d’un superbe album quasi irréprochable, or ce n’est pas tout à fait le cas. 21, le 21ème album (sans blague ?!) du groupe allemand Rage, est sorti fin février chez Nuclear Blast. Tout en heavy/thrash/power, sans grande lancée de poudre aux yeux, pour un résultat assez direct mais manquant d’une certaine subtilité.

Et pourtant ce n’est pas les musiciens qui seront à blâmer. Peavy Wagner se lâche comme jamais même si quelques bémols seront relevés plus tard dans cette chronique, il laisse aller sa basse dans la plus pure tradition Ragienne tandis que son chant clair thrashisant viellit bien dans un fût de chêne métallisé. Le virtuose biélorusse Victor Smolski n’abuse point d’orchestrations et se concentre sur des riffs/solo bien huilés, avec son feeling habituel et une facilité déconcertante. Derrière la batterie, Anders Hilgers se démène comme un beau diable et commence à véritablement faire oublier le passage de la machine Mike Terrana durant les heures glorieuses du groupe. Rien à redire non plus sur la production chapeautée par le professionnel Charlie Bauerfeind, connu aussi pour son travail avec Blind Guardian ou Grave Digger, ou le son du heavy allemand à son paroxysme. A vrai dire le travail de mix est totalement justifié si l’on considère que cet opus est probablement le plus « violent » de Rage depuis le tournant plus « mélodique » opéré dans les années 90.

C’est peut-être bien là que le bât blesse un peu, et nous revenons ici aux bémols sus-nommés concernant Peavy. Ce dernier s’essaye par moments à quelques tentatives pseudo extrêmes, certes maîtrisées dans la puissance, mais mal agencées ou mal usitées. Le morceau « Serial Killer », potentiellement très bon sur le papier, souffre ainsi d’un démarrage couplet assez désagréable lorsque la voix (over)saturée du sieur Wagner apparaît. Un poil too much ? Même si ce morceau se veut tout en contraste, on ne peut qu’être décontenancé par une telle approche, et ce même après plusieurs écoutes. Pourtant ce morceau respire bon le Rage au niveau des mélodies et d’un refrain typique pour le trio teuton, là où un Peavy affamé veut visiblement tuer nos céréales…

Rage 21

Trêve de plaisanterie, ce morceau central sur l’album représente à lui seul la frustration qui peut nous habiter à l’écoute de cet opus. Le potentiel est plus que jamais là, l’expérience se ressent et ce sans prendre une place trop importante aux détriments d’un tonus énergique sans concession, mais il y a quelque chose qui empêche l’opus de décoller. Pas que les tentatives extrêmes du frontman viennent pululer sur tout le CD, loin de là, mais l’uniformité générale ne met pas véritablement en valeur ce côté plus rentre dedans global voulu par le groupe.

Ainsi pas mal de morceaux passent à la trappe au détour de compos peu inspirées, citons par exemple « Death Romantic » au refrain bien plat, ou sa suivante « Black and White » manquant au passage le décollage avec une mélodie des plus éculées. C’est d’ailleurs la toute dernière partie du CD qui se trouve quelque peu bâclée à nos oreilles, jusqu’à un « Eternally » final un peu plus soft tortueux qui ne débouche finalement que sur une certaine démonstration technique globale et une pseudo mièvrerie évitable. Dommage.

En fait, tout ceci est assez énervant car, vous l’avez compris en substance, le disque avait bien mieux commencé. Au détour de l’intro « House Wins » qui se pare d’un passage instrumental des plus exquis (vous adorerez ce petit riff blackisant post rock soft sur une atmosphère symphonico-mélancolique), on démarre presque sur les chapeaux de roue avec le single éponyme « Twenty-One » aux notes qui s’impriment directement en tête. « Forever Dead » s’avère juste derrière le morceau le plus convaincant du brûlot, très esprit Soundchaser dans son intro, histoire de nous rappeler que cet album sorti en 2004 reste peut-être l’un des meilleurs opus heavy de la dernière décénnie. Par contre attention, la nervosité qui suit dans les couplets change quelque peu la donne tout en gardant cet esprit très 2000s dans ses mélopées jusqu’au refrain imparable. En fait c’est bien à partir de ce « Serial Killer » décrit plus tôt qu’on amorce la chute, comme si le soufflet était sorti trop tôt du four…

Au final, Rage tente une certaine évolution, un endurcissement sous-jacent qui mérite une attention particulière de l’auditeur mais qui ne révolutionne en rien nos tympans ni ne relance totalement la carrière d’un groupe qui, avouons-le, n’a plus grand chose à prouver tout en ayant derrière lui ses meilleures années. 21 est donc un album correct mais à la cohérence incertaine, dans la lignée d’un Strings to a Web un peu redondant, bien meilleur qu’un Carved in Stone bien décevant, moins novateur qu’un Speak of the Dead étonnant d’orchestration (si décrié à sa sortie), mais bien loin des Soundchaser ou Unity et autres perles passées.

Il ne reste plus qu’à espérer les revoir en live et attendre l’album-projet orchestral Lingua Mortis prévu pour la fin de l’année, afin de savourer l’autre facette de Rage plus mélodique et symphonique laissée volontairement ici de côté.

Note : 6.5/10
 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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