Tremonti – Dust

Avant d’être un vocaliste capable de décrocher la lune à l’image de ses treize années de Creed où il partageait occasionnellement le micro avec Scott Stapp de « My Own Prison » (1997) jusqu’au morceau « A Thousand Faces » publié en 2009, Mark Tremonti, c’est avant tout un guitariste et un compositeur reconnu à de multiples reprises pour son talent. Preuve en est qu’en 2014, il est élu Riff Lord par les Metal Hammer Golden Gods Awards, et un an plus tard, il cumule un autre prestigieux titre – celui du meilleur guitariste selon le magazine en ligne Loudwire.

Pendant ce temps-là, dans la sphère CreedAB, Stapp revient sur le devant de la scène après s’être assoupi durant une pause musicale de trois ans et intègre l’ex-supergroupe de metal alternatif et de grunge Américain Art Of Anarchy, fondé à l’origine par le regretté Scott Weiland. Myles Kennedy, quant à lui, continue de jongler entre les collaborations avec Slash, la préparation du cinquième Alter Bridge et un bref passage sur le nouveau bébé des Italiens de Lacuna Coil, Delirium, en ses qualités de guitariste (ce qui est assez rare pour être souligné). Pour en revenir à l’ami Tremonti, si même après cela, vous vous demandez toujours quel est le moment où il s’est réellement imposé aux lead vocals dans sa carrière, écoutez donc l’impressionnant « Waters Rising » issu du dernier skeud d’Alter Bridge car pour beaucoup, ce sera une étape importante parmi ses prises au micro. Moins d’un an après l’acclamé Cauterize, une nouvelle tracklist à destination des fans reste encore à explorer – mélange de ce que le quatuor sait faire de mieux en matière de heavy et d’alternatif.
 

Crédits photo : Ashley Maile


On peut supposer qu’étant donné la date de sortie très rapprochée de celle de l’album précédent, Dust aura le plus grand mal à réitérer l’exploit commercial de Cauterize, non en raison de sa qualité, puisque ce nouveau est redoutablement addictif et livre d’autres arguments, mais tout simplement parce que le deuxième album studio est encore dans toutes les têtes. 13 000 copies vendues en une semaine, ce n’est pas rien. Si ce dernier contenait des passages d’une rare noirceur et d’une tristesse implacable comme « Flying Monkeys », « Dark Trip » et « Providence », ici, c’est très différent. La production ressemble étrangement à Fortress et en extrapolant, on pourrait même aller jusqu’à dire qu’on a affaire à des restes, certes très nobles, du méfait sus-cité. Pourtant, Cauterize et Dust ont été enregistrés durant la même session et avec le même producteur, Michael Baskette, qui travaille avec Alter Bridge depuis Blackbird (2007) mais qui a aussi participé au World on Fire de Slash Featuring Myles Kennedy & The Conspirators ou encore au dernier Trivium Silence in the Snow. Une équipe complétée par l’incontournable Ted Jensen entre autres primé pour son travail sur Fallen (Evanescence) ou The Devil Put Dinosaurs Here (Alice In Chains).

Autant vous dire qu’avec ce disque, aussi bon soit-il, la différence avec Alter Bridge est encore plus mince que lors de Cauterize, ce qui pourrait en déranger plus d’un. A titre d’exemple, quand on écoute le break de « The Cage », on croirait entendre une copie parfaite du timbre de Myles Kennedy. Il ne faudra pas attendre beaucoup plus longtemps pour que les aficionados reconnaissent immédiatement la patte Fortress sur l’introduction de la charmante ballade « Unable to See ». Hormis cela, on retrouve une grande sensibilité dans la composition et les refrains confirment l’approche très lyrique de cet opus. A ce niveau-là, le morceau-titre « Dust » atteint des sommets. S’il demeure évident que l’éponyme fera sensation en concert par sa structure comparable à un hymne pouvant facilement être repris en chœur, on tape dans un registre où Tremonti ne prend aucun risque mais maîtrise parfaitement ce qu’il compose. C’est le cas des très efficaces « My Last Mistake » et « Betray Me ». Le son est lourd, imposant, les refrains sont entêtants, l’exécution des solos, parfaite. Étonnamment, et de manière très subjective, l’entrée en matière de « Never Wrong » fait un peu penser à une chanson d’Airbourne même si la suite est mélancolique et pas nécessairement explosive.
 


Vous aurez peut-être remarqué qu’avec l’ajout de l’enfant prodige Wolfgang Van Halen au poste de bassiste (membre de Van Halen depuis A Different Kind of Truth) qui remplace donc Brian Marshall, le line-up est extrêmement jeune et qu’ainsi, la musique de Tremonti tient tout autant ses promesses en live qu’en studio par son énergie. A ceci près si l’on excepte « Once Dead » qui tente, en vain, de jongler entre des couplets post-grunge et de courtes accélérations de speed metal un peu ennuyeuses (dommage puisque c’est Eric Friedman qui est crédité comme co-lead guitar). Même propos concernant l’anecdotique « Rising Storm », qui, s’il se fond totalement dans l’album, ne propose rien de très consistant. En revanche, la pièce « Catching Fire » est une surprise par son petit retour en arrière. Une patte thrashy qui n’est pas sans rappeler celle du premier album de Tremonti All I Was en 2012. Ce titre-ci conserve une sorte de rage qui est parfois mise de côté dans Dust au profit des mélodies fédératrices et d’une certaine accessibilité.

Crédits photo : Derek Bremner


Avec un nouveau Alter Bridge annoncé comme un mélange de Fortress et de Blackbird et un Dust se rapprochant du premier cité, le propos semble se répéter mais on ne s’en lasse pas. On ne va pas s’en cacher non plus, ce troisième enregistrement studio de Tremonti est un album de refrains, de mélodies et de poésie entre metal alternatif, post-grunge et heavy metal.

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements