Myrkur au Hellfest 2016


Temple – vendredi 12h15

La harpie s’attaque au Temple…


Pour un concert à midi, le Temple est plutôt bien rempli. Une ambiance calme et posée est ici recherchée. D’ailleurs, lorsque le concert commence, le lyrisme délicat est au rendez-vous. Ici, nulle trace de violence, ni même de metal.

La voix cristalline d’Amalie Bruun (surnommée Myrkur, signifiant ténèbres en islandais) résonne sur le Temple, transformé en autel à la nature pour l’occasion. La prestation se prête bien à une petite bière ou un en-cas, voire à la digestion pour les plus lève-tôts des spectateurs.


Le seul problème est évidemment de ne pas s’étouffer lorsque les cris de harpies déchaînés résonnent.
En effet, la rumeur qui accompagne le projet de Myrkur, parle d’une nouvelle forme de black metal, féminin et sophistiqué.
Entre nous, j’ai toujours pensé que le black metal était quelque chose de féminin, de sombre, associé à la lune et aux influences de Lilith. Féminin, mais certainement pas sophistiqué…

Pas de doute, Myrkur déchaîne sa vocalise, comme pour paralyser son public pour mieux s’en emparer. Une fois les crises passées, nous revenons à un lyrisme plus délicat. En schématisant quelque peu, le concert alterne les cris déchirants, les quelques accélérations des guitares, avec de longs passages éthérés et doux. Tout se joue sur le contraste entre ces deux extrêmes.


Myrkur a fait couler beaucoup d’encre. Certains crient à l’hérésie, allant jusqu’à affirmer que non seulement nous sommes loin d’un black metal, mais en plus, c’est une véritable insulte à son nom.

Un peu comme une collection de tee-shirts de grande marque, reprenant l’imagerie du metal alors qu’elle s’adresse surtout à des adolescents nantis de milieux aisés. C’est un peu comme dire que le nu metal est une forme moderne et aseptisée d’un bon vieux thrash/death des familles.

C’est un point de vue qui se défend, mais que tous ne partageront pas !


D’un autre côté, la harpie qui se tient sur scène semble par moment véritablement possédée par sa musique, et ses cris ne sont pas sans rappeler l’hystérie vocale qui a toujours fait la particularité du black metal. D’autant plus que des groupes comme Ulver, par exemple, aiment également pratiquer cette seconde génération de black.

Nous en avons donc là une version vraiment féminine, mêlant douceur et rage contenue qui finit tôt ou tard par exploser dans un tourbillon de haine.

En ce sens, Myrkur propose quelque chose d’original, ce qui n’est pas si fréquent, car beaucoup de choses ont déjà été tentés.


La présence des musiciens sur scène, qui font honorablement leur travail d’ailleurs, avec des passages très lourds et rapides, est totalement éclipsée par la furie blonde qui se tient au milieu. Pourtant, nous avons tout de même là Teloch de Mayhem (et de Nidingr) et Sir (ex-God Seed)…
A quelques occasions, Amalie Bruun prend d’ailleurs elle-même sa guitare, et plaque quelques accords, avant de la délaisser pour se concentrer davantage sur son chant.

Visuellement, elle ondule ses bras, pour mieux enlacer les sons et exprime une certaine sensualité. Ceci dit, en croisant son regard, on se dit que de nombreuses tueuses psychopathes devaient avoir le même.
Que l’on aime ou que l’on n’aime pas, il n’y a pas de doute sur le fait que Myrkur propose quelque chose de soigné, d’original et de bien réalisé. Ce qui est déjà beaucoup !
 

Thomas Orlanth


Photos : © 2016 Thomas Orlanth. Retrouvez les galeries complètes sur www.thomasorlanth.com ou la page Facebook.
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