Orphaned Land & Amaseffer – Kna’an

Kna’an n’est pas vraiment un album, mais plutôt la bande originale d’un opéra joué dans un théâtre de Meminngem, une petite ville de Bavière, à l’ouest de Munich. Et là, vous vous demandez : Qu’est-ce qu’Orphaned Land est allé foutre en Bavière ? L’idée vient d’un certain Walter Wayers, un directeur de théâtre allemand, qui s’est mis en tête d’adapter l’histoire d’Abraham et de la Genèse en un opéra metal.

Pour mettre sa pièce en musique, Walter Wayers a fait appel au mastodonte du metal oriental, Orphaned Land. Mené par son chanteur Kobi Farhi, le groupe compte 25 ans de carrière, 5 albums et enchaîne les tournées en répandant son message de paix entre les peuples et les religions. Le projet a aussi demandé l’aide d’Erez Yohanan, batteur d’un groupe de metal israélien bien plus discret : Amaseffer. Formé en 2004, le groupe a sorti un premier album en 2008, Exodus : Slaves For Life, présenté comme le premier opus d’une trilogie sur l’histoire du peuple hébreu. En 2014, la formation annonce la préparation du deuxième album, When Lions Leave Their Den. Puis plus rien, jusqu’à l’arrivée de Kna’an.

L’opéra a été joué le 26 septembre 2014 dans le théâtre de Meminngem. Il aura donc fallu attendre deux ans pour que le projet sorte d’Allemagne et arrive en cd. Les 13 titres retracent chronologiquement l’histoire d’Abraham, quittant sa terre sur ordre de Dieu pour rejoindre le pays de Kna’an (territoire qui correspond environ à l’Israël d’aujourd’hui.) Spoiler : A la fin, il devient l’un des pères du judaïsme, de l’islam et du christianisme.

Dans sa nouvelle vie, Abraham entraîne toute sa petite famille. Sarah, sa première femme, puis une deuxième, Hagar, car Sarah est stérile et qu’il faut bien assurer la descendance. Ses deux enfants viennent aussi, Ismaël, fils de Hagar, et Isaac, fils de Sarah, qui, finalement, n’était pas si stérile que ça.

Affiche de l'opére joué au théâtre de Meminngem


Kna’an propose principalement des ballades comme « A Tree Without No Fruit – Sarah », magnifique morceau racontant l’histoire de la première femme d’Abraham. La structure est simple, sur 2min30, une mélodie jouée à la guitare classique accompagne Kobi Farhi qui alterne chant clair et notes tenues sur plusieurs secondes, comme des complaintes. L’album tend parfois vers le doom, comme sur « The Burning Garden », un titre sur Sarah et Hagar (les deux femmes d’Abraham, vous suivez ?). Le morceau commence doucement, avec des notes lourdes et appuyées, puis s’accélère en jouant entre la voix masculine et une voix féminine pas toujours bien placée.

On sent rapidement l’ambiance mélancolique qui se dégage des morceaux, mais il est difficile de ne pas regretter d’avoir des rythmes plus dynamiques, un peu plus batterie ou du growl. Jusqu’à la très bonne surprise qu’est « There Is No God For Ishma’el », pile au milieu de l’album. Après plusieurs ballades, ce titre prog attaque d’entrée avec le chant rauque de Kobi. Les rythmes sont rapides, variés et des riffs puissants prennent place entre chaque couplet. Il faut dire que la vie d’Ismaël, racontée dans le morceau, est loin d’être une partie de plaisir. Sur les conseils du-dit Dieu, il est chassé de sa famille après la naissance de son demi-frère Isaac, avec seulement du pain et de l’eau pour survivre. Il ère alors dans le désert, à la limite de la mort, jusqu’à ce que Dieu daigne lui indiquer le chemin d’un puits.

Et puis pour ne pas faire de jaloux, c’est au tour d’Isaac de passer un bon moment. Le morceau « Akeda » raconte l’épisode durant lequel Dieu, dans toute sa sympathie, demande à Abraham de sacrifier son fils. Les cinq minutes du titre, le plus long de l’album, sont une véritable montée en puissance. Le chant est typiquement oriental, Kobi en faisant une tonne sur les quarts de ton, jusqu’à un passage parlé montrant la foi sans limite d’Abraham, presque démoniaque : « I do as I was commanded / By the order of the lord / I am his humble servant / No questions will be asked ».

L’album s’achève sur « Prisoners Of The Past », une ballade tranquille où les guitares s’effacent peu à peu pour laisser place aux voix féminines et masculines répétant, comme une incantation « Nous sommes les prisonniers du passé« .
 


Kna’an est un album-concept envoûtant, une belle pièce de metal oriental qui offre quelques pépites comme « There Is No God For Ishma’el » et « Akeda ». On ne peut que regretter que ces titres, surtout les ballades, ne soient pas livrées avec une captation de l’opéra qu’ils accompagnaient, mais l’album ayant mis deux ans à sortir, on peut espérer un film dans les dix ans à venir.

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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