Anderson/Stolt – Invention of Knowledge

Yes et les Flower Kings font partie des grands noms du prog d’hier et d’aujourd’hui. Proposant une musique aventureuse, théâtrale et pas toujours facile à apprivoiser, les deux groupes ont en commun deux hommes au talent d’écriture certain et aux voix reconnaissables immédiatement, Jon Anderson et Roine Stolt. Si le premier a déserté le navire Yes depuis de nombreuses années désormais, le second poursuit une carrière prolifique, alternant entre son projet principal et Transatlantic ou collaborant récemment avec Steve Hackett.

C’est dire si sur le papier la collaboration entre les deux musiciens donnait envie et suscitait la curiosité. D’autant plus que dès les premières notes de « Invention », le premier mouvement du morceau éponyme, tous les ingrédients du grand Yes sont de la partie. On retrouve cette voix caractéristique du Britannique, parfois fragile, toujours aigüe et surtout aux lignes de chants toujours complexes à assimiler. On pense aisément aux grandes références de Yes que sont « Close to the Edge » ou « The Gates of Delirium » (sur Relayer), proposant des mélodies joyeuses mais inventives.

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Or, il apparait bien vite que l’apport de Roine Stolt n’est pas si évident que cela, le guitariste possédant toujours sa patte identifiable à la guitare, mais étant très souvent noyé au sein des arrangements de claviers complexes (« We Are Truth »). Anderson étant le compositeur principal de l’album (et cela s’entend), on regrette que Roine Stolt n’ait pas pu s’exprimer de façon plus marquée dans le processus de composition. On a d’ailleurs bien plus souvent l’impression d’écouter un album solo de Jon Anderson, plus qu’une réelle collaboration. Il est également dommage que la voix de Roine Stolt soit totalement absente de ce Invention of Knowledge, d’autant plus qu’elle aurait pu apporter un peu de diversité et se marier à merveille avec celle du Britannique. Souvent cantonné à jouer des notes de guitare perdues dans le fond et des arpèges acoustiques, le guitariste suédois n’a droit à aucun moment à des plages de soli épiques qui sont sa marque de fabrique chez Transatlantic ou sur les plus longs titres des Flower Kings.

Cependant, certains moments illuminent l’album, comme la délicate introduction au piano de « Chase and Harmony », ou les arrangements de cordes somptueux sur « We Are Truth », mais d’autres titres sont bien plus anecdotiques (« Everybody Heals » et son passage presque soul ou « Better By Far »). Le plus souvent, la complexité des lignes de chant n’aide pas à rentrer dans l’univers du duo. Mais « Know… » qui clôt l’album est cependant un grand moment où l’on sent le duo inspiré et proche des grands titres des carrières respectives des musiciens.

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Anderson/Stolt propose ainsi un album en demi-teinte, inégal et surtout manquant cruellement d’inspiration sur certains titres, là où d’autres atteignent des sommets. De plus, l’album aurait gagné à être plus court, certains titres s’étirant en longueur comme « Knowing ». Etant donné la carrière de Jon Anderson et celle de Roine Stolt, nous étions en droit d’espérer un album bien mieux conçu et où les deux musiciens auraient été mis en valeur. Au lieu de cela, on sent que le privilège de l’ancienneté l’a emporté, alors que cet opus aurait dû être la confrontation de deux générations de musiciens ayant chacun marqué le genre avec talent. Si la collaboration devait désormais continuer sur le temps long, on espère que l’équilibre sera rétabli lors d’un prochain effort studio. D’ici là, les déçus pourront toujours se tourner vers les plus grandes œuvres des Flower Kings ou de Yes. Après tout, rien ne vaut les classiques…

NOTE DE L'AUTEUR : 6 / 10



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