Inter Arma – Paradise Gallows

Trois ans après un album irréprochable (Sky Burial) et deux ans après un fantastique EP (The Cavern), les cinq chevelusde Richmond (Virginie) nous livrent leur troisième album studio. Le très bel artwork, nettement plus coloré que les précédents, n’est pas sans rappeler ceux des Mastodon les plus récents, et l’édition limitée du double vinyle, en pressage bleu et or, fera sans aucun doute de l’œil aux amateurs de beaux supports physiques.

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Inter Arma œuvre toujours dans un genre très personnel, difficilement définissable, et aux contours changeants, mêlant doom/sludge avec des structures progressives et des éléments divers mais cohérents, de black metal (le vocaliste Mike Paparo et les guitaristes Steven Russel et Trey Dalton sont issus de Bastard Sapling), de post-metal/post-hardcore (Neurosis n’est jamais très loin) ou encore des ambiances typées rock sudiste, voire floydiennes.

Le précédent EP (The Cavern, sorti en 2014) était le fruit de choix originaux: une unique – et fantastique – composition de 45 minutes, dont la structure à tiroir délaissait en grande partie la grande noirceur et les éléments de black metal qui avaient fait l’unicité et la force de Sky Burial, pour explorer des aspects plus mélodiques et originaux du sludge (pensez Mastodon ou Baroness).
   
Paradise Gallows, en revanche, marque un net retour à la musique pratiquée par le groupe sur Sky Burial, tant pour ce qui est du format ( neuf titres, dont la longueur varie entre 5 et 11 minutes, si l’on excepte l’intro) que pour les sonorités utilisées, parmi lesquelles on retrouve à nouveau les éléments de black metal, la noirceur et le désespoir qui ont grandement contribué à la réussite de cet album.
   
Il faut tout de même préciser que l’EP The Cavern est en réalité une composition datant de 2009, jamais enregistrée en studio jusqu’alors, et donc bien antérieure à la composition de Sky Burial. La rupture stylistique n’est donc qu’apparente.

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Ce qui frappe à l’écoute de Paradise Gallows, c’est la volonté du groupe de continuer à innover, et à intégrer de nouveaux éléments venus de genres encore non explorés, tout en préservant les fondamentaux du très réussi Sky Burial. C’est – à mon sens – une démarche très méritante de la part du groupe, qui doit être soulignée, là où tant de groupes se contentent de figer et répéter la même recette dès qu’elle semble rencontrer du succès, sans prendre aucun risque.

On retrouve donc sur « Transfiguration », par exemple, ces sonorités typiques de Sky Burial, mélange d’arpèges dissonants et cris torturés du vocaliste, noyés sous les couches réverb lo-fi dans un esprit black metal délicieusement malsain, et du groove de l’implacable section rythmique. Le doom/sludge pur et dur est d’ailleurs à l’honneur sur « Primordial Wound », entre riffs pachydermiques, chant d’outre tombe et folie écorchée. Enfin, « The Paradise Gallows » nous rappelle la capacité du groupe à construire des titres longs, mélodiques et complexes – comme le magnifique diptyque « The Long Road Home » du précédent album – en mêlant gros son doom/sludge et de prog floydien planant, magnifié par un superbe solo aux sonorités gilmouriennes.
    
Mais on retrouve également des influences jusqu’ici inédites; comme les sonorités death et doom death très marquées du premier (vrai) titre – « An Archer In The Emptiness » – avec ses gros riffs graves, ses blast beats et les growls caverneux d’un Mike Paparo décidément très polyvalent, ainsi qu’un solo de guitare qui fleure bon le death suédois des 90’s.
   
« The Summer Drones » nous plonge dans des ambiances plus subtiles et jusqu’ici inédites – quoique toujours chargées en énergie – largement influencées par le stoner, le space-rock, le post-rock, ou encore le post-metal, avec ses « refrains » couillus, libérant de manière salutaire la tension accumulée tout au long du titre.

   
En revanche, certains titres fonctionnent moins bien, comme « Violent Constellations » qui, s’il navigue en terrain connu en termes de sonorités, pèche un peu par sa construction. Cette composition de plus de 11 minutes, comporte trois parties très monolithiques (dont une construite autour d’un superbe riff que Mastodon ne renierait sans doute pas). Venant d’un groupe qui nous ravit habituellement par sa capacité à ne jamais lasser, c’est un peu décevant, et la lassitude guette.

L’instrumental « Potomac » ne convainc pas non plus. Si l’intention de construire une belle progression instrumentale est louable, la mise en pratique pèche par le choix d’un thème lead incongru et maladroit (repris de l’intro), et sa ré-utilisation ad nauseam, sans changement de forme. C’est le seul titre véritablement faible de l’album. Heureusement, celui-ci se clôt sur un titre beaucoup plus convaincant (« Where The Earth Meets The Sky »), avec sa belle progression, ses harmonies et ses chœurs noyés de réverb, très belle conclusion en forme d’apaisement à cet album tourmenté.

La production, quant à elle, est toujours aussi irréprochable, et s’améliore encore un peu avec l’intégration de petits éléments (chœurs, nappes de clavier, etc.) qui, s’ils ne révolutionnent pas le son du groupe, l’étoffent encore un peu, et bien agréablement. Mention spéciale pour le travail sur les réverbs, jamais laissées au hasard, très variées et travaillées.

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Alors au final, que retenir de Paradise Gallows? Des efforts et des prises de risque louables de la part du groupe pour continuer à faire évoluer un style déjà très mature et abouti, et même si toutes les pistes explorées n’aboutissent pas avec autant de bonheur, la plupart donnent des résultats enthousiasmants. En revanche, comparé à un Sky Burial sans faille, Paradise Gallows manque un peu de cohérence. Il ne serait sans doute pas honnête de dire que les expérimentations du groupe partent dans toutes les directions; car tous les titres possèdent des composantes communes, et partagent indéniablement la patte du groupe. Il me semble simplement dommage que le groupe se soit cantonné à la recette un peu rigide « un titre = une seule direction explorée ».
   
Mais ce ne sont là que des défauts bien pardonnables, et même dans l’ombre de son impeccable grand frère (auquel les novices se réfèreront de préférence pour découvrir le groupe), l’album est globalement très bon et laisse espérer de belles choses pour la suite.
   
A posséder sans hésiter pour tout amateur du groupe, et à écouter pour tous les amateurs ouverts d’esprit des genres abordés.

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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