Gregor Mackintosh, guitariste de Paradise Lost


Un peu plus de deux ans après un Faith Divides Us – Death Unites Us salué par la critique, le mythique groupe anglais Paradise Lost – qui vient de célébrer son éternel Draconian Times lors d’une longue tournée, nous revient avec un nouvel opus intitulé Tragic Idol et en vente chez Century Media le 23 avril prochain.

C’est dans la chaleur d’un hôtel parisien que notre cher Lionel a pu interviewer Greg Mackintosh, le co-fondateur et guitariste du groupe.

Lionel / Born 666 : Peux-tu nous présenter votre nouvel album Tragic Idol?

Gregor Mackintosh : C’est un album relativement simple, c’est comme un gâteau sans glaçage ! Mais je crois que c’est un très beau gâteau quand même. Ce n’est pas un long disque. On a essayé d’y mettre l’essence de Paradise Lost, garder le stricte nécessaire ; on y a mis 2 guitares, une voix, une basse et de la batterie sur des gros morceaux. C’est un album qui essaye de renouer avec le passé et de ne pas obligatoirement être en phase avec le Metal actuel que l’on peut entendre ; parce qu’en ce moment les groupes se ressemblent trop les uns aux autres. Ce que l’on aime dans le Metal sont plutôt des choses qu’on aimait il y à 30 ans.

Lionel : C’est pour cela que je trouve l’album plus proche d’un Draconian Times qu’un Faith Divides Us – Death Unites Us. Peut-être est-ce aussi dû à votre tournée Draconian Times Tour où vous mettiez en avant l’album?

Gregor Mackintosh : Je pense que tu as raison. Certains morceaux étaient déjà écrits avant même que l’on entreprenne la tournée Draconian Times ; mais bien sûr on a été influencé par cet album car à ce moment là on devait retravailler sur nos anciens morceaux, les réapprendre, donc c’est vrai que l’on s’en est rapproché.

 

Paradise Lost

Lionel : Comment s’est passé les enregistrements avec Jens Bogren, votre producteur avec qui vous travaillez désormais depuis deux albums. Qu’aimez-vous dans son travail ?

Gregor : Il est très méthodique. Il travaille de 9h à 17h, comme au bureau. C’est vrai que le matin à 9h tu n’as pas obligatoirement envie de jouer de la guitare. Ce n’est peut-être pas drôle mais il arrive à obtenir d’excellents résultats. Il sait capturer le son du groupe d’une très belle manière. Par rapport à de nombreux autres producteurs avec lesquels on a plutôt le son du producteur et non du groupe, Jens sait capturer le son comme il l’a fait pour Opeth de la meilleure façon.

Je pense qu’un bon producteur doit faire de son mieux pour qu’un groupe ait le meilleur son et c’est loin de ce que font certains producteurs actuellement qui pensent plus souvent à y graver leur signature de producteur.

Lionel : J’ai lu que pour ce dernier album Tragic Idol vous avez été influencé par des groupes traditionnels de Metal et les grands groupes de Doom. Peux-tu nous parler de ces influences ?

Gregor : Oui, les premiers Trouble, Candlemass, les albums traditionnels de Black Sabbath, et même certains albums de Classic Rock et d’autres trucs qu’on écoutait lorsqu’on était des gamins.

Comment se déroulaient vos journées aux Chapel Studios dans le Lincolnshire, le pays de l’Inspecteur Barnaby (Midsomer Murders est une série télévisée britannique, crée d’après les romans de Caroline Graham et diffusée en France depuis 2001) ?

Gregor : (Rire), c’est très beau, c’est une très jolie campagne, une ancienne chapelle a été transformée en un très beau studio ; c’est un lieu magnifique mais il n’y a pas grand-chose à faire si ce n’est d’aller boire des bières au Pub (rire) qui se trouvait au bout de la route et c’était juste à côté…

Lionel : Et l’hôtel ?

Gregor : Non, on dormait dans le studio, tout y est prévu avec toutes les commodités, on y est très à l’aise et comme il y a rien dans le coin on est encore plus concentré sur notre travail. Tu sais c’est un endroit que l’on connaissait, c’est un peu comme à la maison, c’est très chouette.

Lionel : C’est loin de là où vous habitez ?

Gregor : C’est à peu près à 2 heures de route, pas trop loin. Mais rien ne se trouve trop loin en Angleterre. (Rire)

Lionel : Qu’est ce qui est plus facile maintenant en studio qu’il y a 20 ans ? Qu’est ce qui a changé dans voter manière de travailler ?

Gregor : Je pense que le gros point positif c’est que l’édition est beaucoup plus facile. Avant quand tu faisais une erreur du devais tout recommencer au début et c’était difficile. Tu devais faire ta partie en une prise sans faire de faute. Sinon, tu devais recommencer jusqu’à ce que la prise soit parfaite. Mais peut-être que maintenant c’est peut-être trop facile.

Si tu as fait une fausse note tu la coupe, ça c’est vraiment cool mais d’un autre côté cela devient trop facile.

Maintenant les groupes n’ont pas un son spécifique pour les guitares lorsqu’ils enregistrent, ils le travaillent et le trouvent après. En revanche, nous pour Tragic Idol nous avions le son que l’on voulait pour les guitares dès le départ, on les voulait comme ça pour l’enregistrement. Pour les parties de batteries les groupes peuvent prendre un bout, puis le copier indéfiniment. Ce qui fait qu’il y a beaucoup moins de feeling dans la musique.

Lionel : Avez-vous enregistré d’autres titres peut-être pour des pressages japonais ou autre ?

Gregor : On a enregistré 13 titres, 10 pour Tragic idol. On n’écrit pas des titres en se disant que ce seront des titres bonus. On en a fait 13 et ensuite la maison de disque nous a demandé d’en choisir 10 pour l’album. On prend ceux qui conviennent le mieux à l’esprit de l’album. Les 3 autres iront peut-être sur d’autres formats.

Lionel : Quels sont les titres de Tragic Idol que vous allez jouer en concert pendant vote tournée ?

Gregor : Ah ! Bonne question. On en parlait justement hier. Nous pensons que peut-être le titre d’ouverture « Solitary One », « To The Darkness », celui-là tout le monde l’aime aussi, tout le monde dit que ce sera un super morceau à jouer sur scène et « Honesty in Death » que nous avons joué live en Australie.

 

Paradise Lost

Lionel : C’est incroyable ça, j’ai lu que vous n’aviez jamais joué en Australie…

Gregor : Non, on y a joué il y a 17 ans. Et Cathedral voulait y jouer avant d’arrêter, et c’était donc le moment de le faire…

Lionel : C’est difficile d’y organiser une tournée ?

Gregor : Oui bien sûr, parfois on se décide rapidement en se disant qu’on n’y avait pas joué depuis si longtemps et il faut qu’on y retourne. C’est très sympa.

Lionel : Les paroles sont très tristes. Comment l’expliquez vous ?

Gregor : Je pense que musicalement et aux niveaux des paroles, la tristesse est beaucoup plus inspirante. Les choses tristes de la vie évoquent beaucoup plus de chose. Quand vous êtes heureux vous êtes moins inspiré, vous n’avez pas obligatoirement envie de jouer.

Lionel : Une question qui te touche plus personnellement… Tu as perdu ton père et je voudrais que l’on parle d « Honesty in Death ». Il est décédé il y a quelques années et tu dis que l’être humain est enfin honnête lorsqu’il est sur son lit de Mort.

Gregor : Ce n’est pas spécialement sur ma propre expérience, mais c’est plus une vision générale des choses. Pour moi je vais prendre l’exemple de mon jeune frère, il aimait énormément mon père mais ne lui avait jamais dit et ce jusqu’au dernier jour ; en ce sens où je trouve cela très prophétique, c’est très étrange. Cela révèle brutalement l’honnêteté.

Lionel : Il t’a dit des choses spéciales…

Gregor : Ce sont des choses très personnelles, je ne peux pas vraiment les exprimer, mais c’est comme si il m’avait dit qu’il ne faut pas remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour même. Souvent l’être humain se dit : « je vais ceci, cela… », et au bout d’un moment il ne fait rien, et là il m’a dit qu’il fallait toujours faire ce qu’on dit vouloir faire comme mon side-project Vallenfyre. Et je ne l’aurais pas fait si on n’en avait pas parlé.

Lionel : Donc tu ne penses pas qu’il vaut mieux dire un « mauvais mensonge » qu’une « vrai vérité ».

Gregor : « Un mauvais mensonge qu’une vraie vérité,… » (Rire), je réfléchis en même temps… Effectivement je pense que tout le monde, tout les jours dit des petits mensonges et les personnes ne savent même pas qu’ils le font et ce seulement pour être courtois. Ce n’est pas de savoir si c’est bien ou non, c’est plutôt de savoir comment l’autre va le ressentir je pense.

Lionel : Qui est le Tragic Idol ? Tu ne penses pas qu’il soit possible de trouver un vrai talent dans des émissions comme American Idol, La Nouvelle Star ou The Voice » ?

Gregor : (Rire), je déteste toutes ses merdes. Ils détruisent le côté sérieux de la musique. Ma femme adore cela, elle regarde ça à la TV et je dois quitter la pièce. C’est atroce et je pense que c’est la pire chose qui soit arrivée à l’industrie musicale avec le téléchargement illégal.

Lionel : (Rire) donc il sera impossible pour nous d’avoir la chance de voire Paradise Lost à l’Eurovision un jour comme Lordi en 2006?

Gregor : C’est impossible. Peut-être dans 20 ans. (Rire)

Lionel : Peux-tu nous parler de l’Artwork. Il a été réalisé par un français Valnoir de Metastazis. Je le trouve très proche de celles réalisées par John Baizley, le chanteur de Baroness.

Gregor : Je le pense aussi car ils ont été influencés par la même période. Quand on a commencé à lui parlé de ce qu’on voulait pour la pochette, on lui a parlé de l’Art Déco, comme si ce dessin pouvait prendre sa place, ici sur un mur d’un hôtel. Je pense que c’est le plus beau visuel qu’on ait eu, il est très intéressant. J’aime bien comment la mort se cache derrière le masque. Il représente bien le Tragic idol, ce qui est bien et ce qui ne l’est pas.

Lionel : Quels sont les groupes que tu aimes actuellement dans le Gothic ?

Gregor : (réfléchissant).. Humm, il n’y en a pas beaucoup, je pense que Katatonia est un groupe intéressant, ils sont assez unique dans leur genre, ils ont de bons titres et ont leur son propre.

Lionel : Swallow the Sun,…

Gregor : Ils sont plus Doom, mais ils sont bien on a déjà joué avec eux et on va tourner avec eux d’ailleurs en Europe d’ailleurs. J’ai plein d’image de pochettes dans la tête mais ma vieille mémoire se fait ressentir… (Rire)

Lionel : As-tu eu de bons retours de ton projet Vallenfyre ?

Gregor : Oh oui j’en ai été positivement choqué par les réactions d’autant plus que c’était accidentel et rien n’était planifié. C’était un peu, comme, « bon allez, on va faire un disque » m’ont dit les mecs de Century, alors j’ai dit d’accord n’en attendant rien de spécial et encore moins pour l’Amérique pour lesquels j’ai fait de très nombreuses interviews.

Oui bien sûr, cela a été un choc. Les gens devaient surement attendre ce disque. Peut être que les gens entendent trop de choses techniques actuellement et que là ils ont été content d’entendre quelque chose d’honnête dans son interprétation.

 

Gregor Mackintosh Paradise Lost

Lionel : Que pouvons-nous attendre de Vallenfyre désormais ?

Gregor : On a déjà fait quelques concerts, des festivals. Mais en Avril on va faire le Boltfest à Londres (NDLR : Qui s’est déroulé le 7 Avril 2012, on en reparle bientôt sur LGR) avec Bolt Thrower, Autopsy, Discharge et Benediction, c’est un concert de charité pour le cancer. Ce sont tous des amis et ce sera une excellente soirée.

J’aimerais faire un ou deux concerts par pays. On a rien de prévu pour la suite, on ne regarde pas trop loin pour le futur.

Lionel : Est-ce que cette expérience t’a aidé à travailler d’une autre manière dans la réalisation de Tragic idol ? Parce que sur Vallenfyre tu chantes aussi donc peut-être sur les parties vocales ?

Gregor : Non, non, car je sais ce que je veux pour Vallenfyre d’un côté et ce qu’on veut faire tous ensemble pour Paradise Lost, c’est différent.

Lionel : J’ai lu quelque chose comme quoi quand tu étais jeune tu aimais Discharge, English Dogs, Conflict, Motörhead, Black Sabbath, Hellhammer, Autopsy, Napalm Death, Morbid Angel. La musique de Paradise lost en est très éloignée.

Gregor : A nos débuts, pour notre premier album on en était très influencé par tous ses groupes. Mais en même temps on était aussi influencé par Trouble, Candlemass, Saint Vitus. Chez nous ce qui compte ce sont plus les mélodies que le côté Doom des chansons.

Lionel : Vous devez être quelqu’un de sensible, car pour jour du Gothic on doit énormément jouer avec les sentiments tristes ?

Gregor : Oui mais moi je suis heureux de jouer cette musique. Je pense que pour Vallenfyre j’étais dans un état d’esprit où il fallait que les sentiments sortent, en revanche avec Paradise Lost c’est plus de la mélancolie. Ce sont moins des sentiments extrêmes.

Lionel : Pour détendre l’atmosphère quels ont tes meilleurs souvenirs et bien sûr les pires sur scène ?

Gregor : Le meilleur est probablement le festival Dynamo en Hollande en 1995, on était tête d’affiche et on n’avait jamais vu autant de personne. Il devait y avoir 20 000 personnes je crois et on ne pouvait pas en voir la fin. Tous nos amis y jouaient aussi, il y avait Type O Negative, My Dying Bride,…. il y avait un monstrueux feeling.

Pour les pires moments je me souviens que j’avais été très embarrassé un soir. On était sur scène et à la fin du concert on s’est dirigé vers la porte de sortie mais quelqu’un devait l’avoir fermé alors on s’est tous retrouvé devant cette porte fermée en se regardant avec des têtes pas possibles en train de nous demander ce qu’il se passait…(Rire).

Merci Greg et à bientôt, notamment à Paris en mai !
 



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