Entretien avec Amalie Bruun de Myrkur (au Trianon de Paris)

Amalie Bruun de Myrkur vient de terminer son set acoustique en ouverture du concert d’Opeth, dans la veine de son dernier album, Mausoleum, entourée seulement de deux choristes dans une acoustique des plus parfaites.

Elle attend tranquillement dans les backstages du Trianon une bière à la main. Elle porte une belle robe blanche. Eblouissante par sa beauté et d’une voix cristalline, elle me propose de réaliser l’interview dans les loges confortables du très beau théâtre parisien du 18ème arrondissement. Comment résister ?

Lionel / Born 666 : Vous venez d’ouvrir pour Opeth. Comment s’est déroulé votre concert ?

Amalie Bruun (Myrkur) : C’était bien. On avait un bon son et avec ce côté acoustique c’est toujours difficile de passer au travers. La moindre erreur est impardonnable. J’étais très heureuse avec un nouveau set que l’on n’avait pas encore fait en tournée…

Lionel : Votre voix qui est très minérale passe très bien ici au Trianon, dans un ancien théâtre comme ce soir…

Amalie : Oui on était très content quand on a appris qu’on allait jouer ici. On vient d’arriver aujourd’hui du Danemark c’est magnifique.

Lionel : Oui parce que j’étais au Hellfest et votre set était électrique pour l’occasion, alors qu’ici au Trianon de Paris vous jouez en acoustique. Est-ce en raison de votre dernier album ?

Amalie : Oui ce soir c’était calme et j’aime essayer des choses différentes, je n’aime pas me reposer sur mes lauriers. On a fait deux tournées avec plus de 50 shows et là, cette tournée avec Opeth a été décidée très rapidement à la dernière minute. Ensuite j’ai dû trouver les filles qui pouvaient m’accompagner pour ces dates donc on a choisi de faire un show acoustique et le public d’Opeth me parait un public curieux et passionné par la musique, qui n’est pas obligé de faire les cornes de la main et qui accepte de se poser pour écouter un set acoustique. L’audience était très agréable…

Myrkur


Lionel : C’est aussi logique avec votre musique. Est-ce difficile en tant que femme de partir en tournée ?

Amalie : Non pas vraiment, le groupe avec lequel j’ai l’habitude de tourner est très sympa et aidant envers moi. Et puis dans ces conditions on est plus un groupe d’amis qui se trouvent sur les routes ensemble. (rire)

Lionel : Pour moi, vous êtes comme une fée venue d’une étoile filante débarquant sur la planète black metal…

Amalie : Oh merci beaucoup. C’est si gentil…

Lionel : (je dois surement rougir) Parce qu’il y a deux ans on ne vous connaissait pas. Que s’est-il passé dans votre vie. Pourquoi le black metal ?

Amalie : Je pense que … j’ai commencé par écrire de la folk musique en essayant de l’incorporer à des éléments empruntés au metal.

Lionel : Quand vous étiez dans Ex-Cops ?

Amalie : Non là c’était un projet pop. Non là c’était encore plus ancien avec mon inspiration de la musique classique, de la folk et puis j’avais envie de choses plus lourdes où l’on ressent de la colère, une soif de revanche je suppose. Et le black metal avec parfois ses voix criées convenait tout à fait à ce projet et je voulais faire quelque chose de nouveau.

Myrkur


Lionel : Donc vous vouliez tout changer ?

Amalie : Oui, enfin ce n’est pas que je voulais mais ce qui est sûr c’est que je ne voulais pas faire ce qui avait déjà été fait avant et qui pouvait être trop ennuyeux.

Lionel : Vous  étiez donc fan de black metal ?

Amalie : Oh oui quand j’étais teenager j’ai commencé par aimer le metal quand j’étais une gamine le metal grand public, et ensuite j’ai découvert Darkthrone

Lionel : Darkthrone ?

Amalie : Oui ! Ça me parlait. Et ensuite j’ai commencé à me pencher dessus et à me demander ce que c’était. Mais qu’est ce que c’est donc ? J’aime quand la musique te fout un grand coup de poing dans les dents… J’aime aussi les compositeurs français qui sont très bons, les romantiques ainsi que les Russes et ce qui vient aussi de Scandinavie. Ça me parle…

Lionel : Avez-vous été influencé par la musique irlandaise aussi ?

Amalie : Oui la musique celtique, la musique écossaise aussi et tout ce qui vient de la folk nordique.

Lionel : Ce qui est incroyable c’est que pour votre premier album vous avez Garm d’Ulver à la production et de sacrés invités  avec Teloch (Mayhem, Igorrr) à la guitare, Øyvind Myrvoll (Dødheimsgard) à la batterie, mais aussi Christopher Amott (ex-Arch Enemy, Armageddon). Comment avez-vous fait ?

Amalie : Tu sais, j’avais fait un EP (Myrkur). Après l’avoir envoyé à différents labels j’ai signé avec Relapse Records et je ne sais pas pourquoi mais tous voulaient me signer… ensuite dans les différentes réponses les gens l’ont comparé à Ulver. Et à cause de cela ils ont été au courant de mon EP. Ensuite certaines personnes en ont parlé aux musiciens d’Ulver et ça a fait le tour de la Norvège qui leur racontait qu’il y avait une personne qui faisait de la musique qui leur ressemblait.
Et quand le moment est venu de faire mon LP j’ai dit que je voulais le faire avec Kristoffer (Rygg, Æthenor, Head Control System, ex-Arcturus, ex-Borknagar) d’Ulver et personne d’autre…

Lionel : Comme ça ? (en mimant le claquement de doigts)

Amalie : Comme ça !! (Rire général) ensuite il est resté dans mon budget et Relapse Records était aussi curieux de voir le résultat car comme Kristoffer a dit « ok je veux le faire ça à l’air sympa ! »…

Lionel : … parce que vous êtes magnifique aussi… (rire)

Amalie : Mais Non !! (rire) on ne s’était même pas encore rencontré, on avait seulement discuté par Skype mais sans la caméra… (rire) c’est un très grand musicien, il était inspiré par notre travail et je ne sais pas, ça s’est seulement passé comme ça ! Ensuite grâce à lui j’ai eu de nombreux invités sur l’album. Je disais « j’aimerai travailler avec lui » il répondait « quoi ? » bon ok ça peut être intéressant. Ça lui changeait et il voulait faire quelque chose de nouveau… et il voulait en faire quelque chose, de bon ou de mauvais mais surtout quelque chose de nouveau.

Myrkur


Lionel : Mais avoir Teloch (Mayhem) quand même, c’est quelqu’un de spécial…

Amalie : C’est une personne complètement dingue (rire), il est excellent. Parce qu’au départ je ne le connaissais pas, je connaissais Mayhem mais je ne savais pas qu’il en était le guitariste et tout de suite sur les démos on sentait tout de suite son talent. Il est tellement bon ! Au début quand tu le rencontres pour la première fois …

Lionel : Entre votre voix très claire et les riffs de guitare, vous paraissez aimer placer cet équilibre dans la musique de Myrkur ?

Amalie : Oui, les contrastes, je pense que c’est exactement ce que je veux, c’est dans cette voie que j’aime créer. Tu sais quand tu es une personne qui aime s’exprimer sur des choses extrêmes c’est un bon équilibre de sentir ces choses…

Lionel : Au fait, vous êtes comme Lars Ulrich (Metallica), vous êtes née au Danemark et ensuite vous êtes partie aux États-Unis ?

Amalie : (Rire) non car j’habite au Danemark, je n’ai vécu que quatre ans aux États-Unis…

Lionel : Et les photos que l’on voit de vous sur les réseaux sociaux, sont-elles des photos prises en Norvège ou ailleurs?

Amalie : Non, je pense que certaines ont été prises en Amérique, d’autres comme je suis Danoise en dehors de Copenhague…

Lionel : Souvent en Norvège.

Amalie : Oh oui et spécialement ces deux dernières années. Pour moi c’est facile, le vol est court, c’est facile à peine 40 minutes…

Lionel : C’est le temps qu’il me faut en métro pour traverser Paris (rire)

Amalie : Oui le temps de prendre un taxi pour se déplacer au travers d’une ville. (rire)

Lionel : Êtes-vous comme sur vos photos, une femme vivant dans la forêt et se promenant avec des cranes d’animaux dans les bras tout en cherchant l’inspiration (rire) ?

Amalie : (rire) Je vis à côté de la forêt, j’aime être dans la nature loin du monde pour trouver cette inspiration. J’aime Copenhague bien sûr, c’est une ville magnifique, pas vraiment stressante, relaxante et très belle mais je préfère être à l’extérieur.

Lionel : Quelles sont vos vraies influences musicales…quand vous aviez 16, 17 ans…

Amalie : Je pense que j’étais influencée par la musique folk, la musique traditionnelle scandinave et la musique classique. Je jouais du violon c’est pour cela que ça revient en ce moment. Tu sais Tchaïkovski, Debussy, et Grieg

Lionel : … Peer Gynt… magnifique…

Amalie : J’aime la musique classique.

Myrkur


Lionel : Pas trop la pop ?

Amalie : Si j’aime la pop j’en ai joué dans ma vie mais ce n’est pas une source d’inspiration pour moi. J’aime Abba, ça m’inspire…

Lionel : Lors d’une interview, Mikael Åkerfeldt nous avait avoué adorer Abba et avait même lors de l’enregistrement d’Heritage dansé avec Aneta, la « Dancing Queen »…

Amalie : C’est ce qu’on fait de mieux

Lionel : Et pourtant, pouvons-nous dire que Myrkur joue du atmospheric folk black metal…

Amalie : Oui je dirais ça ! Mais ce soir tu peux en avoir une vision différente par rapport à ce qu’on a fait sur scène.

Lionel : Justement votre dernier album Mausoleum est un live acoustique, est-ce parce qu’il y a quelque chose de contractuel et que vous allez changer de label ?

Amalie : (rire) Non, mais pourquoi tu penses à des trucs pareils ? Il est plus à considérer comme un EP live ce n’est pas comme une sortie d’un nouvel album tu vois ce que je veux dire ?

Lionel : Oui je comprends mais généralement les groupes sortent un enregistrement live après le troisième album…

Amalie : Oui je vois ce que tu veux dire. Je travaille différemment, mais actuellement je suis sur mon deuxième album qui ne sera pas acoustique mais qui sera bien metal…

Lionel : Toujours dans le black metal ?

Amalie : Oui avec un côté doom, dark, cinématique, ambiance d’un film…

Lionel : Justement ce soir pendant votre set, en écoutant votre voix je pensais à celle de Lana Del Rey mais aussi à David Lynch et au soudtrack de Twin Peaks car parfois elle sonne comme celle des anges (rire)

Amalie : Merci ! J’aime les chanteuses norvégiennes qui m’accompagnent…elles sont excellentes.

Lionel : Pour en revenir à votre évolution, votre père est musicien ?

Amalie : Oui, bon maintenant il a arrêté, mais il y a 30 ans il était dans un groupe, il avait sa propre maison de disques, son studio, la musique qu’il faisait était proche de Fleetwood Mac, Tom Perry. C’était assez gros au Danemark à cette époque et il chantait en danois. (rire) C’est très éloigné de ma musique… mais il aime la mienne. Il trouve ça drôle. Et il me demande « c’est toi qui joue de la guitare sur l’album ? » et je lui dis « oui » et il me répond « tu es sûr car je ne savais pas que tu en jouais ? ».
 

Myrkur


Lionel : Parce que vous venez aussi de la musique classique…

Amalie : Oui j’ai joué aussi du violon en studio, chose que je n’avais jamais fait de ma vie.

Lionel : Votre père vous a donné une éducation musicale ?

Amalie : Oui peut-être, mais je ne voulais pas qu’il m’apprenne quoi que ce soit quand j’étais une petite fille. Je voulais faire du piano et tout de suite il voulait montrer et je lui disais « non laisse moi faire ! » Je ne sais pas, c’est comme ça quand c’est ton père tu ne veux pas l’écouter.

Lionel : Quand allez-vous essayer les corpse paints ? (rire)

Amalie : Tu vois aujourd’hui les deux filles en avaient… moi au dessus des sourcils.

Lionel : j’étais un peu loin de la scène…

Amalie : elles avaient un peu de blanc. J’avais peur que ce soit trop osé pour ce soir.

Lionel : Tout dépend de la musique que vous jouez…

Amalie : Au Hellfest j’aurais pu en mettre, un petit peu mais c’était pendant la journée…un peu trop tôt.

Lionel : Vous évoquiez précédemment le prochain album…

Amalie : Je suis en train de l’enregistrer à Copenhague avec Randall Dunn, un producteur américain, on devrait le sortir en février. Il a produit Kannon le dernier Sunn O))) quand Attila (Csihar de Mayhem) les avait rejoints. Ce que j’aime chez lui c’est qu’il fait tout, ce serait moi ce serait le chaos (rire). En ce moment on écoute les démos, pas mal de nouveaux morceaux et il m’a dit que si j’avais passé mes compositions à un autre producteur dans le metal le mec se serait foutu une balle dans la tête. J’en suis très excitée. J’ai écris quelques titres aussi avec Chelsea Wolfe (chanteuse et compositrice américaine considérée comme faisant du « drone-metal-art-folk »).

Lionel : Tu as été model ?

Amalie : Oui une fois pour Chanel, pour une très grosse publicité réalisée par Martin Scorsese il y a six ans (Bleu de Chanel en 2010). C’était drôle à faire avec lui, car c’est une légende, j’adore ses films…

Amalie Bruun


Lionel : … Quel parcours : folk, pop musique, model, black metal…

Amalie : (Rire général) mais tu sais le métier de model est très ennuyant, je n’aurai pas pu continuer à faire ça, c’est trop, trop long, chiant, mais content d’avoir pu le faire avec Scorsese.

Photos : © 2016 Lionel / Born 666
Photos : © Martin Scorsese
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