Crystal Viper – Crimen Excepta

Si les chanteuses lyriques vous insupportent et que malgré vous, au plus profond de votre cœur de metalleux, le désir d'écouter du metal à chant féminin est brûlant, il vous reste à vous rabattre sur le death/thrash à demoiselles, comme Arch Enemy, Izegrim, Dreaming Dead, Holy Moses, Diary About My Nightmares ou Mortad par exemple. Mais on me souffle dans l'oreillette que je n'ai rien compris et que c'est pas assez féminin. Soit, alors une alternative encore différente se propose à vous : les nanas qui font du heavy. N'est-ce pas une proposition alléchante ? Regardez ne serait-ce que les photos promo … enrobage délicat, tenues en cuir moulant des formes généreuses, avouez que ça vous fait rêver ! En plus l'année 2012 est une petite coquine, elle a tout compris et les groupes de ce calibre aussi, la preuve ils reviennent tous en même temps, ou arrivent sur le devant de la scène : Crucified Barbara, Sister Sin ou Doro promettent une sortie courant de l'année, Hysterica et A Sound of Thunder ont fait leur retour, et n'oublions pas Huntress, Elvenstorm ou Nightqueen. Tiens, on aurait pas oublié quelqu'un dans tout ce beau monde ?

LeBoucherSlave dit : « Lullacry ! »

Une victime plus tard, ma question n'a toujours pas de réponse convenable. Allez, un petit indice : Pologne.

Ju de Melon : « Mais c'est évident : Crystal Viper ! »

Et un bon point, un ! Hé oui, la sulfureuse Marta Gabriel et toute sa bande sont de retour ! Après un très bon Legends, frais et épique bien qu'aux influences marquées, ils remettent ça deux ans plus tard avec Crimen Excepta et bien sûr, on espère que ce sera tout aussi bon que son prédécesseur. Parce que Crystal Viper, ça reste quand même un grand potentiel, un espoir, et qui pourrait atteindre des sommets. Enfin, avec cet opus, on va commencer à avoir des réserves …

Oui car le style de notre sympathique quatuor polonais change un peu. Pas que ce soit mal en soi, bien au contraire, c'est une façon de montrer qu'ils ne se reposent pas sur leurs lauriers, et qu'ils sont capables d'évoluer. Mais pas forcément de manière positive. Non, rassurez-vous, Crystal Viper ne va pas faire du Lullacry avec ce brûlot, sinon ce serait une prophétie de la fin du monde. Mais la formation évolue dans un style beaucoup moins direct, avec des titres plus longs, et parfois un peu trop téléphonés. La fougue et les folles cavalcade ne seront plus aussi présentes qu'avant. Elles reviendront parfois, comme sur la tubesque « It's Your Omen » qui n'est pas sans rappeler les efforts précédents du combo avec une petite touche de Powerwolf, mais malheureusement, cette nouvelle orientation s'accompagne aussi d'une faiblesse dans les moments les moins épiques, et d'une guitare qui, elle, n'est plus aussi aventurière qu'avant. On reste donc dans un metal plus « lent », et moins digeste. Difficile donc d'attribuer une nouvelle éloge à nos amis polonais dans ces conditions, alors que, pourtant, on aimerait le faire ! Hélas …

Ainsi, on se retrouve avec des pistes qui traînent un peu la patte, et manquent de ce côté épique d'antan, celui qui faisait qu'on pouvait écouter notre quatuor plusieurs fois d'affilées sans se lasser. Ici, dès la première écoute, on ressent un groupe bien en-dessous de ce qu'il est capable de délivrer d'habitude, avec une régression qui est en grande partie due à cette volonté de changement, comme si leur évolution n'était pas très maîtrisée, et qu'ainsi, on se voyait dans l'obligation de considérer que Crimen Excepta n'est qu'un album de transition, vers un style plus calme et posé, qui pourrait aussi bien leur permettre de se sortir des ombres Accept ou Running Wild qui ont toujours planées au-dessus de la tête du combo polonais. On ne pourra s'empêcher cependant un manque cruel de moments forts, et une absence quasi-totale de petits airs dantesques à fredonner et à faire écouter à ses compères pour dire : « regarde j'ai trouvé une nouvelle formation de heavy qui envoie le pâté, t'as vu ! ». Pas que nous ayons à faire à des mid-tempo du début à la fin, mais cela dit, il semblerait que la bande à Marta se soit rangée, et soit devenue très sage, trop même. Et leur côté petits écoliers qui appliquent à la lettre les règles du genre sans y mettre d'âme, un élément qui manque cruellement au même titre qu'une guitare qui fait rêver, est assez pénible, ne permettant pas à l’œuvre de s'y retrouver dans l'énorme masse des livraisons de l'année 2012.

Crystal Viper

Dans un langage plus vulgaire, on appelle ça une crâneuse

Par contre, s'il est difficile d'être complètement captivés, il faut bien reconnaître une chose : nous ne sommes ni dans le mauvais, ni même dans le médiocre. Mais, en revanche, pas dans l'excellent non plus, rien de bien excitant ou de sensationnel. Cependant, des qualités, il y en a, et pas qu'une seule, heureusement, sinon la durée de vie du brûlot serait presque nulle. On retrouvera donc des morceaux assez diversifiés, aux structures un peu plus complexes qu'à l'accoutumée, avec des variations de rythmes, que ce soit au sein de l'opus, ou dans un même titre (comme sur « Child of the Flame » ou « The Spell of Death »). Et quand ils décident de lâcher les chevaux à nouveau, on est content car on retrouve ce que l'on aime, chez un Crystal Viper que l'on avait l'habitude d'écouter, et qui maîtrise son sujet. Mais parfois, c'est en dent de scie, avec, comme on pouvait s'y attendre, du bon, et du moins bon, qui va de l'hymne à l'oubliable. Et c'est bien dommage, car là où on atteignait des sommets sur Legends où presque rien n'était à jeter, ici, on se passerait bien d'une partie de l'opus, un peu trop plate, et gentillette. Pourquoi vouloir jouer à l'enfant sage quand on possède une chanteuse comme Marta Gabriel ?

Justement, parlons-en, de Marta. Mais bon sang, qu'est-ce qu'elle nous fait la charmante demoiselle ? Non pas que sa prestation soit mauvaise, loin de là. Cependant, elle nous habituait à mieux. Elle tente un peu trop de jouer sur des notes haut-perchées, qu'elle loupe de temps en temps, et du coup, ça sonne faux. Pourquoi une telle trahison, toi qui, pourtant, était en phase de faire trembler Doro sur son trône ? Du coup, il faut croire que la reine allemande a encore de beaux jours devant elle, face à une chanteuse polonaise qui est plus en demi-teinte. Heureusement, dans les tons éraillés, et quand il faut lâcher les tripes, elle est toujours là et envoie la sauce, sauvant parfois la musique quand elle n'est pas assez passionnante (comme sur « Hope is Gone, Here's the New Law » qui serait trop banale sans la performance de qualité de Marta Gabriel). Dans l'ensemble, elle s'en sort bien quand même, en dépit des frayeurs qu'elle nous offre, un cadeau dont on se passerait bien, et qu'on aimerait qu'elle garde la prochaine fois tant il est empoisonné. Enfin, ce n'est pas si désagréable, mais un peu décevant quand même de la part d'une frontwoman aussi charismatique, à la voix puissante et expressive, mais qui semble manquer un peu de technique de temps à autre. Que lui conseiller pour la prochaine fois ? De rester dans les tons qu'elle connaît, maîtrise à merveille, pour encore une fois régaler les oreilles, comme avant, parce que Marta, quand elle veut, elle peut, et c'est dans ces conditions là que l'on apprécie de l'entendre.

Du coup, question piste, ça se forme souvent dans deux catégories : intéressant/décevant. Et il faut croire qu'ils aiment la notion d'égalité, car on retrouve à peu près le même nombre d'un côté comme de l'autre. Nul besoin de détailler sur des kilomètres, alors arrêtons nous sur les bonnes surprises, et les plus mauvaises. Première intéressante : une cover de Vader, « Tyrani Piekiel », dans la langue natale de la jolie frontwoman, et avec en invité surprise Piotr Wiwczarek. La sauce est tournée au heavy metal, et ça donne quelque chose de rudement agréable, avec une complémentarité vocale au top entre l'homme et la femme. Comme on dit en polonais : gratulacje ! On applaudira aussi « Witch's Mark » et son refrain vitaminé, malgré quelques petits couacs côté vocal, ou encore « It's Your Omen » qui s'impose comme l'hymne de Crimen Excepta, hymne qui doit se sentir bien seul face à d'autres morceaux, dispensables. « Ghosts of Sherwood », mid-tempo, est plus ennuyeuse, et banale. On ira l'écoute à reculons, pour finalement débarquer sur une piste qui n'est pas mauvaise, mais inintéressante. L'éponyme « Crimen Excepta » possède quelques bons moments, mais les 7 minutes sont très longues, et peinent à enthousiasmer sur toute la durée, et ce en dépit des quelques interventions de David Bower du groupe britannique Hell. D'ailleurs, lui non plus n'enthousiasmera pas des masses … On dégagera cependant un refrain qui n'est pas foncièrement mauvais, et même, pour ainsi dire, plaisant, sortant la tête de l'eau par rapport au reste, un peu trop scolaire, avec un solo pas très recherché, et un aspect « progressif » qui ne fait que rajouter inutilement de la longueur, dommage. Mais s'il subsiste un titre chiant comme la pluie, c'est bien « Medicus Animarum », où on se demande quelle mouche a piqué Crystal Viper pour balancer un morceau aussi plat et sans vie, sans énergie, sans rien. Même la chanteuse ne semble pas convaincue par ce qu'elle chante. Pourquoi un tel remplissage ? Poubelle.

C'est donc un opus difficile à juger que nous avons en notre présence. Crimen Excepta n'est pas mauvais, mais souffre d'être trop banal, et d'avoir trop peu de conviction. En fait, dans la discographie du groupe polonais, il fait office du vilain petit canard, et se classe à la dernière position. Un manque de fougue, de vie, un cul entre deux chaises, et pourtant des qualités présentes, certaines mêmes inhérentes à cet aspect bancal. Et pourtant … loin d'être au maximum de ses capacités, Crystal Viper peine à susciter grandement de l'intérêt. Mais on préfère se dire, vu le talent des polonais, que ce n'était qu'un léger faux pas, et que le prochain, lui, va rectifier le tir.

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NOTE DE L'AUTEUR : 6 / 10



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