Double entretien avec Eths (Arverne Fest le 6 avril et Annecy le 14 avril)

1ère entrevue réalisée le 6 avril à Gerzat (Auvergne) par Thomas Orlanth au Arverne Fest
Interviewée : Candice, chanteuse du groupe

Nous sommes le samedi 6 avril 2012, il est près d’une heure du matin. Après avoir joué devant le public auvergnat, Candice a eu la gentillesse de nous accorder une interview, malgré la fatigue due à son excellente prestation quelques heures auparavant sur la scène du Galion à Gerzat.

Thomas : Tout d’abord merci de m’accorder cette interview à cette heure tardive. Je profite de votre grosse actualité du moment pour te poser quelques questions. Je vais commencer dans le désordre. Premièrement, tu sais où tu es là ? Pourquoi « Arverne » Metal Fest ?

Candice : Ah non, je ne sais pas. Je sais qu’on est vers Clermont-Ferrand. Non je ne sais pas.

Vous êtes en pleine tournée. Vous enchaînez combien de dates ?

Là c’est la deuxième ce soir.

La deuxième sur combien ? Demain, c’est direction Limoges ?

On joue tous les week-ends.

 A côté de ça, vous avez un boulot « normal », où vous n’êtes vraiment plus qu’à fond sur ETHS ?

Ca fait dix ans.

Ca fait dix ans que le groupe est l’unique occupation ? Vous avez de la chance, car il y en a beaucoup qui galèrent…

Oui, mais on n’a pas notre statut d’intermittent.  On l’a perdu il y a plusieurs années déjà. Après, on ne vit pas seul.  C’est dur, mais on ne peut pas faire un boulot en même temps. J’ai essayé de trouver un boulot à côté, mais c’est compliqué de composer, de se mettre à 100% dans un projet.

Est-ce que vous avez prévu des festivals ?

C’est prévu, mais le souci c’est que l’album a été retardé, donc il y a eu des soucis de calage, donc je pense que ça sera plutôt pour l’année prochaine.

Je vous connais depuis une date à Nevers, il y a très longtemps.

Oui, au Café Charbon ?

Café Charbon ! Quelle mémoire ! Donc à l’époque de la sortie de Somâ.

Je m’en souviens car j’étais malade ce jour là.

Je m’en souviens car je ne vous connaissais pas. Personnellement, dès qu’il y a un son « core », je ne supporte pas, mais j’avais vachement accroché, car il y avait quelque chose. Il y a presque dix ans d’écart entre les deux concerts. La voix, la technique de voix, elle est top, elle l’était déjà à l’époque. Enfin, je me souviens que ça m’avait impressionné sans vouloir cirer les pompes. C’était vraiment bien. Mais le jeu de scène a évolué d’une manière impressionnante. Pour moi, il n’y avait pas photo, ça se démarquait quand même nettement ce soir. Est-ce que vous bossez là-dessus où c’est juste l’expérience ?

Non, ce n’est même pas l’expérience, parce que ça fait quand même pas mal de temps qu’on a plus joué. Enfin, plusieurs années, là ça fait juste deux mois qu’on a repris.

Ca ne s’est pas vu !

Non mais on grandit, on a plus confiance en soi.

Donc vous ne bossez pas particulièrement l’aspect scénique, à part des répét j’imagine !

Non pas vraiment, on se donne le plaisir que tout ne soit pas calé à la lettre tout le temps. Des fois j’ai pas envie de parler, donc je ne parle pas. Suivant le public, comment ça se passe, je discute ou pas.

Et là, t’en as pensé quoi finalement ?

Le public était très très loin de nous, je suis en  « monitor » donc en plus je les entends moins bien que les autres. Donc c’est vrai qu’il n’y avait pas cette chaleur que l’on retrouve dans des clubs. Ce qui fait que dans certaines salles, on a moins le besoin de communiquer et juste de laisser parler la musique.

Donc tu préfères en fait les petites salles ?

Non non, c’est vraiment différent. Là c’était un grand plateau, une grande scène, donc du coup je peux aller de droite à gauche.

Sautiller partout joyeusement !

Voilà, il fait pas chaud. C’est vraiment deux trucs différents qui sont bien chacun à leur manière.

On va revenir un peu sur l’actualité avec l’album qui est sorti. J’avoue que je n’ai pas eu le temps de l’écouter, la chronique est paru hier chez nous à la Grosse Radio, j’ai eu le temps de la lire juste avant de venir à Clermont. J’ai écouté quand même le clip Adonaï. Le truc que j’ai compris, c’est que c’est un album très ésotérique. C’est bourré de références, le titre de l’album, des chansons, etc. Pourquoi ?

Pourquoi ? Parce que quand on écrit des textes, j’essaie de partir un peu vers des trucs intéressants. Après, je parle de choses personnelles aussi, il n’y a pas que des aspects ésotériques, mais tout ce qui m’intéresse, j’essaie d’approfondir un peu la chose, et il y a beaucoup cet aspect religieux qui revient, c’est vrai. Même si je ne m’impose pas la chose, c’est vrai que c’est naturel.

C’est un centre d’intérêt pour toi ?

Non, puisque je ne suis pas pratiquante ni autre, mais c’est juste que cet univers me plait.

Ce côté un peu mystique ?

Oui, tout ça. C’est fascinant.

Et qui va très bien avec les chansons. On le sent.

De toute manière, il y a des morceaux qui s’y prêtent et d’autres pas. C’est pour ça que j’écris en
fonction de la musique. Je m’inspire de la musique.

Des paroles en français, est-ce qu’il n’y a pas une limite ?

On a fait une concession sur cet album là. Il y a une sortie internationale avec quatre titres en anglais. C’est une concession, c’est pas non plus un truc qu’on adore faire.  Je ne suis pas persuadé que des fans « étrangers » apprécient ça. Si les gens nous connaissent en français, ils peuvent être perturbés par l’anglais. C’est la concession avec le label, je pense que c’est plutôt les maisons de production qui flippent là-dessus.

Oui, il n’y a pas de raison. Un groupe qui chante en norvégien ou en finlandais ou je ne sais quoi.

S’il y a un truc, ça plait quelle que soit la langue.

Donc en fait, ça va pas être une orientation. C’était le but de ma question.

Non.

On va dire une expérimentation de compromis.

Oui, et puis on l’a fait. On s’est toujours dit qu’il fallait le faire. Là, on a pris le temps de le faire et voilà. On est capable de le faire. Point.

Si tu devais définir le groupe en 2012, en un mot.

Je ne sais pas. En un mot, c’est un peu dur.

Alors essaie en deux ! C’est difficile, mais tu peux répondre comme tu le veux.

On a traversé plusieurs trucs.

Oui, il y a eu des changements.

Oui, voilà, il y a eu des changements. C’est sûr qu’on est un peu dans l’inconnu par rapport à cette sortie quand même. On sait pas trop ce que ça va donner, vu le marché du disque et le temps d’attente. Donc on verra bien, c’est un peu l’inconnu.

L’inconnu en 2012. Tu vois que tu as trouvé en un mot ! Bon, je ne vais pas t’embêter plus longtemps. C’était sympa de ta part. En tout cas, moi qui n’était pas fan à la base, je pense que je vais quand même aller l’acheter, parce qu’il y a quelque chose. Quand la musique est bonne, quel que soit le style, ça doit plaire.

Merci à toi d’être resté si tard.

T : Bonne route pour la suite de la tournée !

ETHS 2012

2ème interview réalisée à Annecy le 14 avril par Cap'tain Tomate
Interviewés : Candice (chanteuse) et Staiph (guitare)

Nous voilà maintenant à Annecy, le 14 Avril 2012. Il est 17h30. Il pleut. J'arrive tant bien que mal (mais surtout trempé), dans les loges du Brise-Glace pour rencontrer les membres du groupe Eths; afin de discuter de leur nouvel album fraichement sorti chez Season of Mist le 6 Avril dernier. (Album que j'ai eu au passage le plaisir de chroniquer pour La Grosse Radio, ici ! ). C'est juste après les balances et un peu avant l'heure de manger que Candice et Staiph se prêtent spontanément à cette épreuve pour nous présenter leur nouveau petit bébé ! 

Cap'tain Tomate : Bonjour Candice, bonjour Staiph et merci de répondre à nos questions pour La Grosse Radio !

Staiph : Salut !

Candice : Bonjour !

Vous avez donc sorti votre nouvel album III le six avril dernier. Après quatre ans d’absence ça doit être un soulagement ?

Staiph : Bah c’est surtout que ça fait longtemps qu’on attend qu’il sorte l’album quoi ! (rires) le son était plié en Novembre. T’imagines nous depuis Novembre on attend, on attend, on attend … donc on avait vraiment hâte qu’il sorte !

Du coup que s’est-il passé en quatre ans dans l’actualité de Eths ?

Candice : En quatre ans, on a fait une longue tournée Tératologie. On avait besoin d’un break. Steiph a eu des soucis de santé, moi je suis devenu Maman. On s’est un peu inspiré de tout ça, et de toute notre vie ; pour pouvoir écrire un nouvel album.

C’est vrai que là on sent un album moins dans l’urgence, qui prends plus le temps de se développer et qui gagne en efficacité. Comment s’est passé le processus de composition ?

Candice : En fait c’est vrai qu’il y a eu beaucoup de peaufinage, parce qu’on est vraiment resté sur les morceaux ; on en a pas fait une vingtaine. On en a même enlevé parce que certaines choses ne s’intégraient pas dans la lignée de l’album. On est vraiment repassé sur les morceaux pour vraiment être sûr de garder que ce qui nous plaisait !

D’autant qu’il y a tout un concept derrière théologique/ésotérique/mysthyque. Neuf morceaux ça a été un choix ou une coïncidence ?

Staiph : C’est un peu de tout en fait. Mais l’album se dévoile un peu de lui-même lors de la création. Un peu comme sur chaque album. Un peu plus sur celui-là où c’est vrai que les morceaux comme, on a pris beaucoup plus de temps, on a eu le loisir de faire évoluer les titres ailleurs que ce que nous faisions précédemment. Chaque note a été pesée.

L’album sort en deux versions : française et anglophone, des morceaux ont été traduits en anglais, une reprise de Madonna ... Prêt pour partir à la conquête de l’Europe ?

Staiph : Ça fait un moment qu’on entend dans le milieu professionnel « bah les gars c’est con parce que ce que vous faites c’est bien, mais à l’étranger vous n’aurez pas de chance ». Donc c’est aussi pour ça que cette fois on a voulu tenter l’expérience.

Tout en sachant que le chant Français reste un chant assumé, et moteur des textes du groupe…

Staiph : Ah ça c’est sûr qu’on ne fera pas un album intégralement en Anglais, on aime trop le Français pour ça !

Candice : Bien sûr ! C’est vrai qu’en Anglais ce n’est pas du tout la même approche.

Revenons sur le concept de l’album,  parce que justement de mémoire, les textes de Eths étaient des titres dans une urgence, exprimant souvent un « moi » exacerbé, l’analyses de pulsions comme sur Bulimiarexia par exemple…

Candice : Oui c’est vrai que sur cet album il y a plus de recherche autour du mystique. Mais on trouve toujours ce côté profond avec l’approche de la maternité qui me concerne directement.  Quand j’écris je le prends pour moi, je me sens toujours concernée. J’essaie toujours de m’intégrer et de faire partit du texte pour être le plus sincère possible.

Un point également, les précédents albums envoyaient directement la sauce. Là on commence de manière plus subtile avec Voragine. L'album se développe, se dévoile, évolue. Comment avez-vous pensé l’ordre des morçeaux ?

Staiph : Oui il y a une réflexion sur ça, vraiment. Après par exemple Voragine était une évidence de la placer en ouverture pour prendre un peu à contrepied ce qui se faisait par le passé. Un soma par exemple qui s’ouvrait d’entrée sur un Méléna, Tératologie et Bulimia ; Sur celui-là on aurait pû mettre un Adonaï par exemple mais on voulait changer. C’était l’intérêt de développer l’album au delà d’avoir des morceaux, mais une vraie continuité dans l’album et se laisser quelque peu porter par l’histoire.

On sent également une aisance au niveau du chant, surtout au niveau du chant Clair.

Candice : Oui, ça fait longtemps que je suis dans le chant clair, depuis Teratologie. C’est du travail, avec une prof de chant.

On reste également surpris par Gravis Venter, qui est exclusivement en chant clair et qui donc parle de la maternité. Au final ces deux morceaux ne sont-ils pas un peu « ovnis » du concept de l’album ?

Staiph : Et bien oui et non. C’est vrai qu’on s’est posé la question ; mais que par rapport à ce que tu disais ; Gravis Venter est un titre qui a cette forme d’urgence en fait. Je l’ai composé, il est resté tel quel ; le lendemain Candice a composé les lignes de chant et il est resté tel quel !

Candice : c’est vrai qu’on s’est posé plein plein de questions. Qu’es-ce qu’on va rajouter ? Es-ce qu’on l’assume ? … et au final, bah on a rien rajouté quoi !

Staiph : Sous aussi la pression de nos proches parce qu’à l’origine il n’était pas écrit pour Eths, c’était juste un plaisir ; et Candice à fait un truc tellement bien dessus, il y avait une telle osmose ; qu’on ne regrette pas aujourd’hui de l’avoir mis ! Même s’il a un côté ovni qui vient aussi de l’accordage puisqu’on est accordé vraiment plus haut sur ce titre là; ça donne une bouffée d’air aussi sur des passages beaucoup plus massives.

Et c’est un morceau vraiment assumé, qui se défend jusqu’en live ?

Candice & Staiph : Ah oui oui, tout à fait !

Gravis Venter et Inanis Venter se suivent dans l’écoute et dans le concept. Existent-ils l’un sans l’autre ?

Candice : Oui oui bien sûr !

Staiph : Si les deux morceaux n’étaient pas reliés par le titre, Inanis aurait pût être interprété de différentes manières, alors que un Gravis non. Quoi qu’il arrive le titre parle vraiment de lui-même !

Quel est le morceau préféré de votre nouvel album ?

Candice : Il y en a plusieurs ! J’aime bien Voragine et Anatemnein. C’est même pas par rapport au texte, ce sont les sonorités qui me plaisent …

Staiph : Tous les nouveaux je les aime quand même beaucoup, j’ai du mal à choisir ! Même si particulièrement un Gravis qui va ailleurs et c’est des choses qu’on n’a pas toujours fait. Ou un Proserpina, qui était un fantasme de faire cette fin et je suis content que tu ais employé ce terme « peplum » parce que pour moi c’était vraiment ça ! Mais si non dans les vieux aussi y’en a plein. Après ça tient aussi à ce que chacun mets dans les titres. Moi c’est Anima Exhalare, je l’aime bien parce qu’il a ce côté épique et il représente beaucoup de choses pour moi !

Avant ça vous disiez que vous aviez eu besoin d’un break entre les deux albums. Aujourd’hui, vous voilà repartis sur une tournée avec Kells & Tess. Content de retrouver les aléas de la route ? D’arriver par exemple ici  à Annecy, qu’il pleut alors qu’on a passé trois heures à  faire son brushing ; mais aussi tous les autres bons moments sur scène ? Ca doit manquer

Staiph : Ah oui quand même ! Faut dire qu’après la tournée de Teratologie on était un peu sur les genoux. La fin était très difficile. Et puis avec Kells et Tess ça se passe super bien, c’est conneries sur conneries (rires) ‘fin c’est vraiment cool quoi !

Vous étiez déjà venu ici si je ne me trompe pas ?

Staiph : Oui oui, et on a un super bon souvenir du Brise-Glace !

Et comment abordez-vous la scène maintenant ? De manière générale, La donne est forcément différente quand on joue en première partie, et quand on est en tête d’affiche 

Candice : Et bah il ne faut pas lâcher la rage dès le départ, ce qu’on fait en première partie. En quarante minutes on peut tout donner. Mais Là il faut vraiment se canaliser et y aller tout doucement, parce que si non la fin est très dure (rires)

Staiph : oui et puis on a plus le temps de poser de nouvelles ambiances, alors qu’en première partie non !

Le concept de cette tournée s’axe essentiellement sur le nouvel album. On aura droit je suppose à d’autres titres plus anciens. Quels seraient les morceaux qui arrivent à survivre à cette dure épreuve qu’est celle du temps ?

Staiph : C’est dur, parce que nous forcément et comme plein de groupes ; on en peut plus d'en jouer certains mais qu’il bien faut jouer !

Candice : Oui des titres qui fonctionnent parce qu’aussi les gens les attendent, dès qu’on le lance c’est la folie !

Staiph : C’est clair, si ça ne tenait qu’à ça on ne jouerait que le nouvel album mais comme tous les groupes on en est là. Mais c’est comme nous, quand on va voir les groupes dont on est fan on n’a pas envie d’entendre que le nouvel album !

Et donc là concrètement lesquels supportent l’épreuve du temps ?

Staiph : Et bah on se lâche un peu, on en joue sept quand même du nouveau (rires) ; il y a les Cruciferes, Melena, Bulimiarexia ; Ondine. Dans les plus vieux il y a Samantha, qui fait partie de notre histoire. Et Pourquoi ? Quand les gens en redemandent, c’est la petite cerise !

Et bien écoutez merci à vous pour cet entretien. Je vous laisse ici le mot de la fin !

Staiph : Big up à La Grosse Radio, et à très bientôt !

Candice : Merci à toi !
 



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