Et Moriemur – Ex Nihilo In Nihilum

Cette réédition vinyle du dernier album en date de l’un des meilleurs et plus connus, représentants du doom tchèque est l’occasion de redonner une chance de découvrir une musique étouffante de lourdeur et de tristesse mais plutôt belle dans ses contours. Et Moriemur a suffisamment de qualités pour être reconnu à sa juste valeur avec cette  nouvelle version de Ex Nihilo In Nihilum.

La République tchèque, l’autre pays du doom ? En effet après Self-Hatred dont le premier  album a déjà été chroniqué dans nos colonnes, voici donc Et Moriemur, qui se traduit par « et nous allons mourir » en latin. Ce combo qui est d’ailleurs à rattacher aux premiers cités : en  effet, Et Moriemur comporte en ses rangs Michal « Datel » Rak et Aleš Vilingr qui officient  aussi dans Self-Hatred. Le groupe a été fondé à Prague en février 2008 par des musiciens ayant déjà roulé leur bosse dans de nombreuses formations.

Ex Nihilo In Nihilum (« à partir de rien » en latin, langue que nos tchèques semblent  décidément affectionner) est leur deuxième long format publié initialement sur Solitude  Records en 2014. Avant cela, Et Moriemur a  sorti l’album Cupio Dissolvi en 2011 et le EP Lacrimæ Rerum en 2009.
Il est à noter que ce disque a été nominé aux AndÄ›l Awards, les Victoires de la musique  locales organisées par l’Académie tchèque de la Musique Populaire, et a terminé troisième  dans la catégorie artistes rock/metal. Le genre de performance que nous ne risquons pas de voir en France…

Ex Nihilo In Nihilum a été réédité en vinyle récemment par  le label italien Minotauro Records (qui existe depuis les années quatre-vingt et a notamment compris le groupe culte Death SS dans son catalogue) le 9 décembre 2016. Néanmoins le titre « Le Choix » est  absent de cette nouvelle édition et cette chronique concerne ici la version CD originelle.

Il est tentant de comparer la musique de Et Moriemur à celle de Self-Hatred bien sûr. La base est le doom mais là où Self-Hatred sur son premier album reste dans des sentiers  balisés par un chant death et des guitares monolithiques, comportant peu d’arrangements, Et  Moriemur se veut plus atmosphérique. Le groupe revendique jouer de l’existential doom et puise son inspiration dans le caractère éphémère de la vie, la perte, le désir de mourir ainsi que l’arrogance de l’homme envers les  autres. Thématiques qui ne sont pas vraiment joyeuses, avouons-le.

Le style pratiqué par les tchèques nous évoque l’esprit cauchemardesque et sinistre d’un Kafka (pour citer une célébrité locale) où la tristesse alterne avec ce qui semble être l’expression d’une révolte intérieure. On est même parfois dans un registre plutôt funeral doom comme c’est le cas sur « Liebeslied ».

Précisons que le disque est dédicacé à la mémoire de René « Fusaty » Krystyn, chanteur et  guitariste de Dissolving Of Prodigy ( groupe dans lequel le batteur Datel a joué), considéré comme le premier groupe de death doom tchèque et qui a toujours supporté Et Moriemur. Fusaty est décédé avant que le groupe n’entre en studio. On imagine aisément  donc le deuil porté par les musiciens durant la composition de ces neuf morceaux.

Le chant se partage entre murmures, déclamations et un puissant growl death (à l’exception  du plus mélodique « Below » lui entièrement chanté). On entend même des sanglots comme  sur le break de « Liebeslied », ce qui renforce l’impression de mélancolie morbide dégagée  par la musique jouée sur Ex Nihilo In Nihilum .

Tout est lourd et accablant dans ce metal, forcément, mais nous retrouvons cependant  quelques subtilités chez Et Moriemur. Ainsi, des arpèges rêveurs se font entendre parfois, comme sur le début de « Sea Of Trees », le clavier est assez présent aussi et utilisé de façon très efficace, que ce soit les notes de piano lugubres introduisant « Dissolving » ou qui accompagnent le rythme nonchalant de la batterie sur « Liebeslied », un instrument que l’on entend aussi à la fin de « Nihil » et  « Black Mountain ». De même, citons le clavecin joué sur « Norwegian Mist » ou « Le Choix » et quelques arrangements bien amenés sur « Nihil » ainsi que les cordes de  « Black Mountain ». Pareillement, des parties discrètes de guitare acoustique se font  entendre à la fin de « Sea Of Trees ». « Angst », quant à lui, est un intermède ambiant et oppressant placé au milieu de l’album et qui accentue la sensation de malaise dégagée par la musique de Et Moriemur.

Nous pourrions rapprocher le style des tchèques de grosses pointures du doom à tendance gothique comme Draconian mais c’est surtout à My Dying Bride que nous pensons en entendant le riff de « Dissolving » ou la première partie de « Le Choix » et sa ligne de basse rampante. Mais Et Moriemur possède suffisamment de personnalité pour ne pas sonner comme un énième clone.

La musique de Et Moriemur est aussi épique par moments, comme en atteste la durée de certains morceaux, notamment « Nihil » avec ses neuf minutes quinze. Mais le véritable moment de bravoure est « Black Mountain ». Ce titre est l’illustration sonore d’un véritable voyage aux Enfers, sans retour possible, décliné sur plus de seize minutes, alternant atmosphère funeste, rythme digne d’une marche de pachyderme agonisant,  grattements… de  vinyle (!!), bruits d’orage et de pluie avant une fin émotive de toute beauté.

Au rayon surprises, autant l’avouer « Below » (titre bonus sur l’édition vinyle), sans être mauvais, est un peu à part car d’une texture sonore plus rock et plus légère malgré le sérieux des paroles évoquant le suicide. Il aurait peut-être été plus judicieux de mettre à la place « Le  Choix », piste tout à fait dans le style du reste de l’album, qui elle, rappelons-le est absente du dernier pressage. Mais cela cependant ne gâche pas pour autant le plaisir d’écoute de Ex Nihilo In Nihilum.

Dernier argument pour qui voudrait investir dans cette édition vinyle : la superbe pochette, aux tons blancs presque immaculés, qui doit prendre pleinement sa valeur dans ce format et  qui représente « Ex Nihilo », une sculpture  présente à la Cathédrale nationale de Washington.

Après avoir donné son dernier concert en Allemagne en septembre 2016 (le groupe est aussi  organisateur du Patior Ergo Sum  Doom Fest, un gros festival tchèque dédié à la scène  doom) Et Moriemur doit entrer en studio en avril prochain pour débuter l’enregistrement de  son prochain album qui devrait sonner « plus ancien » selon les dires du groupe.

En attendant il y a tout un hiver à attendre et ce Ex Nihilo In Nihilum est un parfait remède contre les pensées nihilistes apportées parfois par la froide saison.

 Liste des chansons :

1. « Sea Of Trees »
2. « Dissolving »
3. « Norwegian Mist »
4. « Liebeslied »
5. « Angst »
6. « Nihil »
7. « Le Choix » (absent de l’édition vynile)
8. « Black Mountain »
9. « Below » (titre bonus sur l’édition vynile)

Disponible sur Minotauro Records depuis le 9 décembre 2016

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Minotauro Records



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