Axxis – reDISCOver(ed)

« Hmmmmmmmmmmmmm ouiiiiii bienvenue filles et garçons au Macumba de Bordeaux, ici votre DJ et serviteur hmmmm Ricky Larsen pour une soirée reprises de vieux tubes interplanétaires en mode disco metal, ouiiiiiiiii ! »

Une boule à facettes descend du plafond, les stroboscopes s’agitent, le morceau phare de Jean-Pierre Mader (là où les dockers du port ne pensent qu’à boire – dédicace à Hacheff) se termine et une musique étonnante imprègne la piste de danse bondée d’étranges huluberlus. Pêle-mêle on retouve une jolie demoiselle avec un body Kiss et une coupe afro, un vieux à lunettes t-shirt Jethro Tull et pattes d’ef, un fan des Bee Gees avec le pantalon cuir moule-burnes… Il y a de tout ce soir, toutes les générations sont réunies pour fêter la sortie d’un album totalement imprévisible.

Le groupe allemand Axxis, mené de mains de maître par le guitariste-chanteur Bernhard Weiss depuis 1988, soit 24 ans de bons et loyaux service, a longtemps traîné ses guêtres entre hard rock, heavy mélodique et speed power metal. Une riche carrière faite de hauts, puis de bas, avant un certain retour en grâce depuis trois albums pas mal réussis, les dénommés Paradise in Flames, Doom of Destiny et Utopia. On s’attendait donc à un nouvel opus studio des plus classiques à l’orée de cette année 2012, mais que nenni… il fallait bien surprendre son monde en proposant ainsi un « metal covers album » des plus (d)étonnant !

Et quels choix de qualité pour la conception de cette tracklist qui défile ainsi aux oreilles survoltés de nos convives… Ricky Larsen tente un headbang mal assuré lorsque « Owner of a Lonely Heart » de Yes retentit : « Et c’est partiiiiii pour une soirée de hmmmm foliiiiiiiiiiiie ! »

Surtout si on enchaine avec du disco kitschoune haute volée, avec un double combo « Ma Baker » (pas forcément des plus réussis, on lui préfèrera la version disco indus metal des teutons eux aussi de Knorkator) et « Stayin’ Alive », ce dernier sonnant comme un hommage pré-possiblement posthume au chanteur Robin Gibb récemment plongé dans un coma suite à un cancer. Un peu plus et on se retrouvait avec « Hot Stuff » et là on aurait pu croire que la bande à Bernhard Weiss avait pressenti la récente disparition de Donna Summer. Ouf non, cela aurait été un peu craignos bien qu’involontaire. On se retrouve à la place à « subir » la plus ou moins l’étrange « Roboter », du groupe Kraftwerk, qui sonnerait presque comme du Dol Ammad avec des vocoders à la Daft Punk ou à la Air. Ceci ne perturbe en aucun cas les danseurs invertébrés qui se contortionnent sur la piste en tentant des chorégraphies à la Matrix pour le moins improbables…

Improbable c’est le mot qui nous vient à l’esprit lorsque, avec le recul, on analyse cette idée aussi bien saugrenue que fantastique de modern-metalliser des tubes incontournables le temps d’un album. Alors certains ne rentreront certainement pas dans la légende, le « White Wedding » de Billy Idol passera par exemple sans trop faire frissoner les fiévreux du samedi soir, la ballade (plus ou moins) « Another Day in Paradise » de Phil Collins ne tirera que quelques petits patins baveux parmi une foule visiblement plus venue pour s’amuser que conclure – d’autant plus que le changement de tonalité sur ce morceau va en surprendre plus d’un. De là à crier à l’assassinat de chanson il y a un pas que je ne franchirai pas.

Axxis 2012 disco

Peu importe, les fêtards n’y prêtent pas plus d’attention que cela, quelques verres dans le nez et quelques pilules d’exta soignement dissimulées dans les poches… « Message in a Bottle » de The Police sonnera ainsi l’heure de quelques agitations spectaculaires qui s’apparenteraient presque à des pogo. Les metalleux présents dans la salle s’en donnant en coeur joie. Les dégâts ne seront simplement que minimes, à part une grand-mère déjantée venue pour écouter la reprise de Jefferson Airplaine qui en perdra son dentier. Bah tiens, parlons-en justement de celle-là – de la chanson hein, pas de la mémé -, morceau (re)rendu célèbre par Jim Carrey dans le film Cable Guy (Disjoncté, en français) le temps d’un karaoké déluré, on n’est pas forcément loin du même ressenti ici – même si le rendu est plus sombre (plus en mode Deep Purple aussi) et que Bernhard ne nous fait pas le petit vibrato qui va avec.

Tiens, mais qui ose la danse du robot en milieu de scène avec son t-shirt Scorpions ? Ne serait-ce pas l’ami Alex de Troy, dopé par les premières notes d’un « Locomotive Breath » qu’il nous a lui-même conseillé en programmation sur La Grosse Radio Metal dans sa version Live, qui se laisse totalement aller sur le mini solo clavier kitsch ? Jethro Tull repris ici avec des sons de synthé à la place de la flûte, mais où va-t-on ? Droit dans le mur en tout cas, comme ce pauvre Alex qui s’est emmêlé les chevilles et s’est ramassé une gamelle d’anthologie près de la sortie de secours.

« Na naaaaa naaa naa naaaa, c’est la vie ! » … Non pas que Ricky Larsen veuille se moquer de notre cher chroniqueur quelque peu éméché et sonné, mais c’est que le temps de « Life Is Life » est venu ! Tube cultissime déjà repris de façon étrange en son temps par Laibach, qui se souvient aujourd’hui du groupe originel ayant inventé ce morceau ? Opus, bien joué là-bas, le monsieur au fond avec sa crète punk qui commence à peine désaouler (déjà ?). Après tout Axxis avait déjà repris le fameux « Na Na Hey Hey Kiss Him Goodbye » (en 2000 sur Back to the Kingdom), non pas du même groupe mais dans la même lignée hymnesque « party ». Finalement ce « Life Is Life » s’avère fort peu éloigné de sa première version, si ce n’est l’ajout de guitares saturées évidemment.

La soirée commence déjà à tirer sur sa fin alors que le « one two, one two three four » introductif de « Don’t Bring Me Down » démarre. Tiens, les papys et mamies jusque là un peu en retrait reviennent faire la teuf, cette reprise de Electric Light Orchestra étant pour certains un souvenir de jeunesse. En mode sobre, on est loin des envolées symphoniques d’un Northern Kings, ce projet finlandais à plusieurs chanteurs qui avait déjà offert sa version du morceau en 2007. Mais est-ce un mal ? Old school, tranquille, Axxis sait aussi respecter ses bases, on ressent d’ailleurs là que la troupe à Berhard a appréhendé ce morceau avec tout le recul qui se doit.

« Respect the dance floor! », disait Mass Hysteria en son temps ! Ricky Larsen place ainsi cette référence dont on se demande où il la tient au moment où… où quoi ?? On parlait de respect là ? Non, pas ça, pas la BO de Titanic… ça y est, les langues s’accrochent, s’entremêlent, la salive s’échange allègrement, c’est le moment que les midinettes en débardeurs Leonardo Di Caprio attendaient avec impatience. Oh my god… Bernhard Weiss en mode Céline Dion, de quoi provoquer quelques crises cardiaques, pas sûr que « My Heart Will Go On » avec autant de mièvrerie. Heureusement que la guitare fait son apparition à 1:45, mais on ne sait pas trop si on doit en rire ou en pleurer. C’est quand même beau, au fond, enfin… les arrangements claviers sympatoches et les choeurs à la Reinxeed (tiens eux aussi nous ont récemment fait leur album reprises) sauront colorer le tout avant une explosion finale des plus réussies. Si si, je vous jure…

Axxis évite donc de justesse l’iceberg de la honte avant de voguer vers la dernière plage de cet opus festif. L’émotion reste palpable parmi l’affluence, notre bon DJ Ricky s’efforce de remuer ses ouailles pour un grand final. Affublé d’un masque « The Demon », Monsieur Larsen se prend pour Gene Simmons et intronise Kiss pour la dernière folie du soir. D’un coup de langue bien placé sur la platine, il lance les hostilités, et c’est ainsi qu’Axxis apparait parmi les convives pour interpréter (en playback comme à la bonne époque ?) ce tube intergénérationel qui pour beaucoup « tua le rock and roll »… comment oser en effet à l’époque faire un hymne rock avec des éléments disco ? Seul la légende Kiss pouvait se le permettre, l’hommage rendu ainsi sous nos yeux et nos oreilles s’avère plutôt à la hauteur et on attend désormais avec impatience le clip avec un Bernhard habillé et maquillé en Paul Stanley. Qu’il ose ! Il est temps de laisser le mot de la fin à notre maître de cérémonie, pour ma part je ne réponds déjà plus de rien…

« Hmmmmmmmmm merci à toutes et à tous, c’était une soirée hmmmmm de foliiiiiiiiiiiiiiiie ici au Macumba… Il est temps mainteannt d’aller conclure hmmmmm je vous laisse entre de bonnes mains avec vos partenaaaaaaires… Ricky Larsen assure le mix pour les couche tard jusqu’à 5h du matin, avec des tubes disco maaaaaaaais aussi du hard rock et même un peu de metaaaaaal hmmmm ouiiiii ! Merci à Axxis pour ce bon moment inoubliable, on vous dit à bientôt les petits loups hmmm ooooh oui ! »

 
Album sorti le 18 mai 2012 chez Phonotraxx Publishing
 
 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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