Mastodon – Emperor of Sand

Huit ans après le démentiel Crack the Skye, Mastodon revient avec Emperor of Sand, concept album résolument génial. Désormais très loin de ses débuts et de son sludge psychédélique, le quartet originaire d’Atlanta débarque en 2017 avec une production à l’image des précédentes : originale, singulière, novatrice et sans doute la plus accessible de la discographie. Une fois n’est pas coutume, Mastodon unit, divise, intrigue, passionne et ne laisse personne indifférent.

«Continuité» et « évolution » sont deux termes récurrents dans la vie d’un groupe. Mais pour Mastodon, ces mots semblent inconnus. Cela dit, bien des fans avaient quelque peu décrié The Hunter et Once More Round the Sun pour leur côté un peu trop grand public. Il faut dire que l’on était loin de la violence de l’intouchable Leviathan ou de la folie du concept album Crack The Skye : plus d’efficacité dans les mélodies, moins lourd dans ses riffs, moins de rage… Et malgré tout, les galettes avaient trouvé preneur et, sans aucun doute, permis à Mastodon d’attirer de nouveaux amateurs dans ses filets. Certains se souviennent encore de ce show totalement grisant reposant, sur une setlist bourrée de tubes, lors du Hellfest 2015. L’exercice aurait-il plu aux Américains ? Car en ce printemps 2017, c’est très certainement la plus efficace de leurs œuvres qui débarque dans les bacs et les oreilles.

Emperor of Sand est en effet, sans contestation possible, l’album le plus « catchy » de la discographie du quartet. La quasi-intégralité de la galette propose un mélange détonnant de hard-rock, heavy metal et metal progressif accompagné de la « Mastodon’s touch ». Il suffit de tendre une oreille au morceau d’ouverture (et premier titre dévoilé il y a deux mois) « Sultan’s Curse » pour ressentir cette hargne et cette puissance reconnaissable entre mille. D’entrée, on retrouve un Troy Sanders au mieux de sa forme accompagnant un riff poignant qui rappelle la période The Hunter. Rapidement, Brent Hinds vient donner de la voix pour ensuite laisser place à Brann Dailor, toujours aussi inspiré dans son jeu de batterie et plus particulièrement dans ses breaks.

Brann Dailor qui, comme il y a trois ans avec « The Motherload », assure le chant sur le deuxième single: « Show Yourself ». Une composition que la toile s’est empressée de qualifier de « pop » dès sa diffusion il y a quelques semaines. S’il est évident que la sonorité très FM peut surprendre, il faut reconnaître une vraie qualité dans le chant. Probablement la plus belle prestation lyrique de Brann Dailor, le batteur propose ici un timbre de voix inédit et de grande qualité. Reste évidemment à voir ce que cela donnera sur scène car ce n’est un secret pour personne : Dailor en live c’est pas comme sur album et pas forcément pour le meilleur. À noter également sa très bonne prestation sur ce qui est peut-être le seul titre discutable : « Steambreather » au refrain mielleux et aux influences très hard FM.

S’il se montre moins original que son compère tambourineur, Brent Hinds est quant à lui plus qu’omniprésent tout au long de l’écoute et chante sur beaucoup de morceaux. Très percutant musicalement, c’est avec plaisir que l’on retrouve le guitariste en grande forme délivrer de nombreux soli à la fois techniques et entraînants. On retient, par exemple, celui de « Precious Stone » (peut-être le meilleur titre ici) à la fois simple et très catchy, ou encore, dans un registre plus technique, celui de « Word To The Wise ». Cette pléthore de solo rappelle ce bon vieux Crack The Skye.

Mastodon

Et cela tombe bien car à l’image de CtS sorti en 2009, Emperor of Sand est un concept album proposant à l’auditeur de suivre le voyage d’un protagoniste perdu dans le désert, l’ombre de la mort à ses côtés. On le rappelle, c’est Brendan O’ Brien qui est aux manettes de la prod, le même que Crack the Skye, donc. Dès lors, on comprend mieux ce gros travail effectué sur les ambiances orientales. Concernant le reste de la prod, on souligne comme à chaque fois un son extrêmement massif et un très bon équilibre entre chaque instrument avec une attention particulière accordée à la grosse caisse, élément phare dans la musique du combo. La rythmique n’est donc pas en reste : le discret Bill Kelliher fait le café, les lignes basse de Troy Sanders sont bien audibles et souvent de très bonne qualité, notamment sur la très psyché « Clandestiny ».

En parlant de Troy Sanders, ses aficionados risquent d’être déçus car côté chant, le bassiste est bien plus en retrait que par le passé. Ce qui est quelque peu dommage étant données les nouvelles prouesses du géant chevelu. Prouesses particulièrement appréciables sur le troisième single « Andromeda ». Mais cette relative absence est bien vite oubliée grâce à l’excellente prestation de ses deux compères. Et c’est avec ce très beau trio que s’achève le disque, sur cette ode à la folie et au plaisir de huit minutes : « Jaguar God »

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Pour conclure il convient de rappeler l’évidence : Emperor of Sand est un album de Mastodon. Alors aussi efficace, catchy et assez simple dans son approche puisse-t-il être, plusieurs écoutes seront nécessaires pour apprécier la bête. Mais ce qu’il faut surtout retenir c’est qu’aux travers de ces onze pistes on ne s’ennuie à AU-CUN MO-MENT, preuve d’un travail minutieux au niveau de l’écriture pour un résultat tout simplement maîtrisé. Avec cette sortie, Mastodon montre cette envie de continuer à explorer sa musique et il est inéluctable que les rangs des fans vont gonfler. Quant aux hipsters élitistes, qui rêvent toujours d’un retour à un sludge underground joué dans des petites salles intimes, ils n’ont désormais plus que leurs yeux pour pleurer et constater que Mastodon est un groupe qui grandit encore, encore et encore.

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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