Gojira (+ Car Bomb) à  l’Olympia (01.04.2017)

Deux dates à l’Olympia, dont une sold out ! Qui aurait imaginé ça pour Gojira ? Certainement pas les frères Duplantier, comme Joe le confesse au micro après quelques minutes de concert. Et pourtant la longue file de fans qui s’étire le long du boulevard des Capucines est bien réelle, tout comme la mandale absolue qu’a infligée le groupe à Paris ce soir. Tous les éléments étaient réunis pour un succès, mais l’Olympia est finalement le théâtre d’une date d’anthologie comme on en vit peu. Retour sur un moment hors du temps.

 

Car Bomb


Beaucoup de personnes présentes dans le public ne savent pas trop à quoi s’attendre lorsque Car Bomb entre sur scène, et elles ne pouvaient pas vraiment s’attendre à ça : on se demande vraiment comment s’est faite l’association de Car Bomb et Gojira sur cette tournée, tant le fossé qui sépare les deux formations est béant.

En effet, dès les premières notes, le mathcore hargneux et ultra complexe des New-Yorkais assomme littéralement le public, qui ne sait pas vraiment sur quel pied danser. Les riffs saccadés et syncopés rappellent par moments ce que propose Gojira, et ces passages pourraient à eux-seuls captiver l’audience, mais la balance est malheureusement si brouillonne que si l’on ne connait pas les compositions, il est difficile de comprendre ce qui se passe sur scène. Avec une batterie triggée à l’extrême et dont le son semble bien creux, une voix bien trop en retrait, le résultat tient plus de la cacophonie qu’autre chose.

De plus, les problèmes de son ne semblent pas se limiter à la façade, puisque le groupe n’est pas toujours bien calé, symptôme bien connu de retours capricieux. Malgré cela, le frontman Michael Dafferner ne se démonte pas et s’adresse au public en anglais après quelques politesses dans la langue de Molière. Les morceaux s’enchaînent sans que la température ne monte vraiment, et c’est bien dommage : plus que les qualités intrinsèques du groupe, c’est bien l’erreur de casting qui est problématique… Une tournée avec Meshuggah par exemple aurait probablement eu plus de sens, et le travail des Américains aurait certainement plus parlé aux fans des titans du math metal.

Setlist :
Best Intentions
Solid Grey
The Sentinel
Constant Sleep
From the Dust of This Planet
Gratitude
Black Blood
Secrets Within

 

Gojira


La salle est à présent pleine à craquer, et la tension est bien palpable : beaucoup ici attendent cette date avec impatience depuis des semaines, et on semble bien parti pour un concert sold out d’anthologie. Gojira se fait désirer en ne commençant non pas à 20h comme prévu, mais avec quinze petites minutes de retard, tout juste ce qu’il faut pour que le public bouillonne et s’abandonne lors du lever de rideau.

Le set débute relativement calmement par « Only Pain », et le groupe imprime de cette façon une dynamique intéressante et originale au début de sa prestation. Tout de suite, et dès les premières secondes, quelque chose interpelle inévitablement : quel son, mais nom de *$%&, quel son ! Sur ce sujet qui porte toujours à controverse quelle que soit la salle, le groupe, le lieu… les Landais mettent tout le monde d’accord, et personne ne pensera même à soulever ce point en fin de soirée. Car ce soir, c’est bien le Graal de la sonorisation qu’atteint le groupe, grâce à une équipe technique à qui on tient vraiment à rendre hommage. Une puissance sans compromis, un véritable mur de son dont on distingue sans peine les moindres détails, un équilibre aussi agressif qu’agréable : rien que pour ça, ce concert valait la peine d’être vécu.

Mais le son – tout comme les lumières, magnifiques par leur côté épuré mais très réfléchi – ne fait pas tout. Et Gojira le sait. Sur scène, ça joue méchamment, c’est propre, carré, mesuré, et le chant est ressenti à chaque note par Joe Dulplantier. La barre est placée très haut du point de vue de la prestation, et la setlist imparable vient renforcer ces atouts innombrables. Le combo fait confiance à son dernier et acclamé dernier album Magma, qui représente plus d’un tiers du concert, soit six titres. Et la mayonnaise prend, le public connait les titres par cœur : la vieille légende du public qui préfère les classiques et boude les albums les plus récents est enterrée vivante par Gojira ! Chacun des nouveaux titres, que l’on avait déjà découverts à plusieurs reprises en festival l’été dernier (Hellfest ou Download par exemple), fonctionne à merveille sur scène, et on retrouve avec plaisir toutes les subtilités des arrangements de l’album.

En plus de ces emprunts à Magma, sur fond de vidéos de volcans et autres éruptions, Gojira pioche dans toute sa discographie, en remontant même jusqu’à Terra Incognita pour sortir le hargneux « Clone » de derrière les fagots. Les excellents « Backbone » et « Oroburus » sont également de la partie pour déchaîner la mêlée dans le centre du pit, tandis que « Flying Whales » vient donner des frissons avec ses arrangements floydesques.

Seul le passage du solo de batterie – qui, comme on me l’a soufflé, est en comparaison des morceaux joués une véritable pause pour Mario – est assez dispensable. Bon, il fallait bien trouver quelque chose à redire. Les musiciens interviennent tour à tour au micro pour remercier chaleureusement leurs fans pour ce concert plein à craquer, et surtout pour son engagement total et son énergie débordante. L’humilité et le sourire des membres du groupe fait grand plaisir à voir, de même que leur dynamisme pendant les morceaux : à ce titre, Jean-Michel Labadie mérite la palme, tant son jeu est intense et efficace.



Les quelques cent minutes de show passent à la vitesse de la lumière, tant les morceaux prennent le public à la gorge sans jamais lui laisser de répit. Joe a demandé au public de se concentrer sur l’instant présent, d’oublier hier, d’oublier demain : c’était bien inutile, tant le groupe avait déjà scotché tout le monde dans cet instant présent. Il est déjà l’heure pour Gojira, après un rappel qui aura drainé les dernières forces des fans, de se retirer sous une ovation plus que méritée. Distribution de baguettes, médiators, remerciements prolongés à un public conquis et aux anges… Le rideau tombe sur une soirée qui restera dans la légende.

Ah si ! On a aperçu des micros d’ambiance aux abords du publis… Un DVD ou un album live à venir peut-être ? On n’en espère pas moins !

Setlist :
Only Pain
The Heaviest Matter of the Universe
Silvera
Stranded
Flying Whales
The Cell
Backbone
Terra Inc.
L’Enfant Sauvage
(solo de batterie)
The Shooting Star
Toxic Garbage Island
Pray

Rappel :
Clone
Oroborus
Vacuity

 


 

Photos © 2017 Marjorie Coulin – Visiter son site



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