Ayreon – The Source

En 2008, Arjen Lucassen, la tête pensante d’Ayreon, mettait un point final à sa saga lancée avec The Final Experiment, en nous proposant 01011001. Depuis, le multi-instrumentiste aux mille projets avait su nous régaler avec The Theory of Everything, un opus d’Ayreon qui s’écartait de l’histoire initiale débutée en 1995, sans toutefois renier son amour pour la science-fiction. Aujourd’hui, The Source nous embarque à nouveau dans l’univers des Forever, en proposant un prequel à la grande saga évoquée plus tôt. Et comme à chaque fois avec le géant hollandais, cet opus est une franche réussite.

L’une des caractéristiques majeures de l’opera metal Ayreon, c’est bien la capacité qu’a son maître à penser pour choisir les interprètes de ses compositions avec brio. Une fois de plus, Arjen Lucassen a frappé fort en proposant un casting cinq étoiles, où se retrouvent les grands noms du metal progressif (James Labrie, Russell Allen), du power metal (Hansi Kürsch, Tobias Sammet, Tommy Karevik) et du metal symphonique (Floor Jansen, Simone Simons). Mais au delà de la renommée des chanteurs, Lucassen donne également leur chance à des vocalistes moins reconnus, et parvient à chaque fois à transcender leurs interventions (Mickael Eriksen, Nils K. Rue, Tommy Rodgers, Mike Mills).

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L’opus débute par « The Day That The World Breaks Down », déjà révélé aux fans il y a plusieurs semaines. Ce titre concentre à lui seul toute la quintessence de la musique d’Ayreon, à savoir un subtil mélange entre metal progressif épique, heavy metal et power à tendance symphonique. Nul doute que les amateurs du géant hollandais ne seront pas déstabilisés par l’oeuvre . De plus, on trouve ponctuellement au sein de cet album des réminiscences des autres projets du compositeur. A commencer par Star One, side project caractérisé par des titres plus massifs, basés sur les riffs et les voix puissantes de Floor Jansen et Russell Allen, également invités sur cet opus (« The Day That The World Breaks Down », « Star of Sirrah », « Deathcry of a Race », « Aquatic Race »). Mais ici, chaque riff, chaque lourdeur rythmique se justifie par la trame narrative sombre, contant le destin d’une espèce extra-terrestre au bord de l’extinction (on trouve d’ailleurs de nombreux clin d’oeil à 01011001, également l’un des albums les plus noirs de la discographie d’Ayreon).

The Gentle Storm, le projet plus folk d’Arjen Lucassen et Anneke Van Giersbergen, n’est pas loin non plus, notamment sur « All That Was », où les instruments acoustiques (violons et flûtes) font des merveilles, ajoutant une touche d’humanité ainsi que des sonorités organiques à la narration.

Toutefois, avec The Source, Arjen Lucassen vogue vers d’autres contrées et d’autres influences, tel que sur « Everybody Dies! » que l’on imagine sans peine issu de la discographie de Devin Townsend, ou encore sur « Deathcry of a Race » et ses influences orientales marquées par le chant de Zaher Zorgati (Myrath) répondant aux voix lyriques de Simone Simons et Floor Jansen.

Nous l’évoquions en préambule, Arjen Lucassen possède un réel talent pour exploiter à merveille les caractéristiques vocales de ses invités. Ici, c’est une fois de plus le cas, le géant hollandais étant parvenu à sublimer la voix de James Labrie (Dream Theater), le faisant chanter dans des tonalités plus graves qu’à l’accoutumée, à la manière de The Human Equation. De même, Hansi Kürch est impérial au chant, notamment sur le final de « The Human Compulsion ». Mais le compositeur a également réussi à intégrer parfaitement à son oeuvre les voix de Tommy Rodgers (« Sea of Machine ») ou de Mike Mills (« The Day That the World Breaks Down »). On aurait toutefois souhaité un peu plus de chant growlé de la part de Rodgers (« Everybody Dies! ») surtout lorsque l’on sait de quoi l’homme est capable avec Between the Buried and Me, sa formation initiale.

Lorsque l’on évoque l’opéra metal d’Ayreon, on pense souvent aux invités derrière le micro. Or, si Lucassen compose et joue avec talent la majeure partie des pistes instrumentales, il fait également ponctuellement appel à d’autres musiciens de qualité. Ici, on pense notamment à Marcel Coenen qui réalise un solo magistral sur le titre « The Dream Dissolve », solo qui n’est pas sans rappeler le jeu d’un grand John Petrucci (Dream Theater), à la fois technique, musical et plein de feeling. Mark Kelly (Marillion) intervient également sur ce même morceau avec une partition de clavier bien loin de ce qu’il réalise dans son groupe principal, prouvant ainsi que Lucassen n’a pas son pareil pour faire sortir ses invités de leur zone de confort.

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Au final, on a beau chercher, on ne peut déceler aucun défaut majeur à cet album, dont la production est comme à chaque fois exemplaire. De même, malgré sa longueur, on ne note aucun temps mort dans l’enchaînement des titres, certains moments forts (« Sea of Machines », « Condemned to live », « The Dream Dissolve », « The Human Compulsion ») comptant largement parmi les meilleurs de la discographie d’Ayreon.

Avec des thèmes accrocheurs (« Sea of Machines », « The Human Compulsion »), des clins d’œils à la saga initiale (« March of the Machines »), un casting impeccable et une trame narrative qui fera saliver les fans, The Source est définitivement un grand album. Et Arjen Lucassen un pilier du prog.

Note 9,5/10

Photographies : © Lori Linsruth 2016
Tous droits réservés

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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