Embryonic Cells – The Dread Sentence

Les pièces 'underground' « premier-choix » du Boucher (part I) ...


Vous le savez, La Grosse Radio n'est pas là que pour vous rendre compte des « grosses » sorties de l'actualité métallique internationale du moment, mais également dans une volonté de mettre en lumière des formations de chez nous pas forcément encore très connues du grand public qui mériteraient pourtant amplement de passer à un niveau de notoriété supérieur (à cet effet, rappelons que notre 'Antenne Interactive' vous est toujours ouverte ; aux groupes pour nous soumettre un titre, aux auditeurs pour voter pour sa diffusion sur nos ondes...). Voici pour l'heure ma première contribution à cet « effort de guerre » envers un de mes styles de prédilection ... Vous la voulez bien nerveuse et saignante, Madame?!
 


Nous vous avons donc sélectionné Embryonic Cells, groupe Troyen qui depuis près de 18 ans maintenant (!) a roulé sa bosse et peaufiné son identité à force de temps passé et d'expérience amassée sur les routes, au gré également des changements de registre et de line-up, pour voir ses efforts enfin récompensés aujourd'hui par une signature chez Axiis Music. Après avoir joué pendant une dizaine d'années un métal essentiellement marqué par le heavy, le thrash et le death (le nom est évidemment un clin d'œil - trompeur aujourd'hui vu l'évolution du style du groupe! - au morceau "Dead Embryonic Cells" de Sepultura ...), pour un rendu qui fut immortalisé sur plusieurs démos (dont la culte Necro-Revelation de 2000 et d'autres restées inédites ou dans l'ombre et totalement épuisées aujourd'hui), la formation - qui ne compte plus comme seul membre fondateur aujourd'hui que Max le guitariste/chanteur - a choisi vers le milieu de la précédente décennie, et à l'occasion d'un renouvellement majeur cette fois de son personnel, de donner à sa musique un nouveau souffle « black métal », assumant enfin complètement les influences (uniquement musicales et esthétiques, pas philosophiques ou spirituelles) depuis longtemps connues de son frontman et du nouveau batteur  Djo (ex-Baalberith et passé depuis à la postérité notamment pour son jeu sur scène occasionnellement vêtu d'un seul 'string'!...).

Le résultat, ce fut d'abord ce premier vrai album en 2007, Before the Storm (et son cultissime morceau éponyme...), envoûtant mais qui divisa en partie le public en raison de sa production (notamment l'usage jugé incongru par certains de distorsion sur la voix). L'année suivante, le référentiel Black Seas ne connaîtrait pas cet écueil et afficherait de fait toute la diversité, le talent et l'efficacité des « Embryoniens », se permettant même le luxe - et ce sera d'ailleurs encore le cas cette fois-ci - d'inclure de nombreuses plages et sections purement instrumentales des plus inspirées (mettant en valeur le talent insolent des autres recrues, en la personne du fidèle bassiste Dom - aujourd'hui ex-Visceral Dissection notamment - et du nouveau claviériste Pierre Le Pape dont nous vous parlions récemment dans le cadre de son imposant Melted Space), en plus d'offrir au groupe un "hymne" : le redoutable "Azathoth", black-thrash mystique dopé à Motörhead, qui sera appelé à être réclamé (si « oubli » de leur part!) en rappels de leurs concerts probablement jusqu'à la fin de leur vie...

Les Aubois mirent en revanche un peu plus de temps pour donner jour à ce nouvel album, The Dread Sentence, sorti seulement fin mars cette année. Toutefois, le groupe n'avait pas chômé dans l'intervalle, écumant les salles et les scènes - leur terrain de jeu de prédilection - comme jamais,  forts d'un line-up enfin des plus solides, et pour des prestations toujours très remarquées (d'aucuns se souviendront notamment de leur performance au 'Metal Corner' du Hellfest en 2011!).
 

Embryonic Cells - Black Seas promo pic

Si j'insiste quelque peu sur les membres de cette formation, c'est qu'avant même de parler de leur musique, il faut savoir qu'Embryonic Cells c'est d'abord et avant tout l'illustration d'une sacrée alchimie de groupe et par là-même d'une "formule" - pas forcément des plus originales, mais tout ce qu'il y a de plus réussie - où chacun a son importance : la frappe dynamique du batteur (pas du bourrinage « tout-blast » donc) et la basse aux confins du 'doom' et du prog' forment une base rythmique solide sur laquelle viennent se greffer les claviers "pluriels", véritable seconde voix de la musique des 'Cells, qui ne se contentent donc pas la plupart du temps de simplement accompagner en fond la « guitare-tronçonneuse » (ou «marteau-pilon» c'est selon...) elle aussi omniprésente de Max, lequel n'a lui pas son pareil pour parvenir à enrichir n'importe quel riff aussi "simple" puisse-t-il paraître (tant et si bien qu'en concert le bougre assure pleinement et sans peine le poste d'unique guitariste!), via moult gimmicks de jeu et un gratter instinctif et inimitable. Enfin, la très versatile voix 'black' de ce dernier, écorchée et singulière (clairement à apprivoiser dans les premiers temps) mais pleine de conviction et « punchy » au possible se révèle au final un autre élément-clé de l'identité de la formation.

Côté claviers, sans surprise Pierre Le Pape (qui officie également chez Wormfood) nous déploie ici toute la palette de sons et d'arrangements dont il a le secret (et dont nous avions déjà eu un bon aperçu dans Melted Space). On retrouve donc pêle-mêle : pianos et claviers orchestraux grandiloquents dignes du Dimmu Borgir de la période Enthroned Darkness Triumphant / Spiritual Black Dimensions (voire les «vieux-vieux» Misanthrope?!) sur un remuant "By Fire", nappes cosmiques et majestueuses façon premiers Emperor, les Dimmu plus vieux encore ou même un bon vieux ...And Oceans ("I Don't Want To Save This World"), orgues macabres et fantasmagories gothiques évoquant les vieux Ancient, Cradle, Opera IX ou encore d'envoûtantes atmosphères de jeux vidéos ("I Burn With Life"), sonorités médiévales ou ethniques inquiétantes rappelant des B.O. de films héroïques ou encore les interludes « calmes » du Satyricon de Dark Medieval Times - voire Summoning ou le Burzum méditatif de la période 'ambiant' (l'introductrice "Fall is Coming" et le "Ruins" de conclusion, dont les titres parlent d'eux-mêmes...) -, et même l'intervention d'une flûte très «pagan» et recueillie - rappelant celle des Nordiques de Bethzaida sur LXxVIII et toute la clique NSBM des pays de l'Est - le temps d'un excellent "Soul of Mine"  (l'un des moments-forts et des plus solennels de cet opus, et titre qui par ailleurs tourne déjà sur nos ondes...).

La dimension épique et conquérante est d'ailleurs clairement à mon sens la plus réussie chez Embryonic Cells, les compos les plus tournées vers cette facette possédant en outre une profondeur et une 'patte' quasi-"viking metal" (que l'on retrouvait déjà par le passé sur des morceaux comme "My Cimmeria" ou "The Liar") évoquant tant les vieux Satyricon (sans les blasts!) que le Windir des morceaux mid-tempo comme "Kampen" (soit le côté le plus guerrier et le moins 'folk' traditionnel de la bande à feu-Valfar...). La B.O. métallique d'un prochain remake de Conan (film cher au cœur de Max...) serait déjà toute trouvée !

Mais les Troyens n'ont pas leur pareil pour nous concocter une musique tout autant énergique et entraînante que plus foncièrement sombre, profonde et même mélancolique par endroits (à l'image des textes très personnels du chanteur - où l'on retrouve donc un peu moins cette fois la trace des Grands Anciens de l'œuvre de Lovecraft ou les références à la Mère Nature, même si celle-ci reste centrale, et d'où ressortent principalement aujourd'hui tout autant le dépit et la frustration que le dégoût et la colère, ainsi que des questionnements sur l'âme humaine inspirées par les allégories fantastiques que forment les écrits d'Edgard Allan Poe et Robert E. Howard). A ce titre, ce The Dread Sentence est assurément leur opus le plus abouti et le plus mature, développant encore davantage et plus longuement à l'occasion (cf notamment "Wheel of Pain" et ses presque-8minutes de pur frisson...) les atmosphères initiées par Before the Storm et Black Seas (au titre éponyme duquel on retrouve d'ailleurs un sacré clin d'œil sur "Scream or Die"!)...

Reste qu'Embryonic Cells ne serait pas tout à fait Embryonic Cells sans cette science du «riff qui laboure», cette patte 'thrashy' ancestrale dont ils ont depuis longtemps le secret (résurgences de leurs débuts qu'ils ont eu le bon goût de conserver). Ce black/thrash (attention, on est tout de même loin de l'implacabilité d'un Aura Noir!) ainsi rehaussé de claviers rappelle immanquablement une version plus puissante, « rentre-dedans » et moins "folklorique" aussi du Old Man's Child d'antan (avant que Galdr, après avoir intégré le Dimmu Borgir "nouvelle génération" ne sombre dans un bête mimétisme de son nouveau groupe...). Pour le reste, le "riffing" froid (et pourtant si «chaleureux») de Max nous renvoie directement aux grandes heures des guitares d'Immortal, Burzum ou Satyricon, rien de moins (voire le Seth des Blessures de l'Âme par endroits, notamment ce "Wheel of Pain"...). Le guitariste et le batteur explorent toutefois par courtes intermittences de nouveaux territoires tels que le black brutal-mélodique « à la suédoise »  sur certains riffs d'"I Burn With Life" ou bien développent davantage encore l'aspect 'martial' que l'on retrouvait déjà notamment dans des titres comme "Because of my Sins" sur Black Seas... Il est vrai que le son est le plus agressif que le groupe ait jamais eu, de nouveau produit au P'N'F Studio de l'émérite Fred Rochette, lequel aura réussi à convaincre Max d'utiliser le même son de gratte en enregistrement que celui exploité sur scène! Si le résultat dépotte grave et crache indéniablement de la distorsion, d'aucuns regretteront peut-être la clarté et la légèreté plus «mystique» d'un Black Seas, les morceaux les plus expéditifs se voyant aujourd'hui un peu plus en décalage avec le reste (tout comme certaines sonorités) et l'album perdant de fait un peu en homogénéité par rapport au précédent, sonnant presque comme un simple recueil de titres là où le dernier prenait presque une dimension (faussement) conceptuelle... Mais au moins vous aurez une idée de la baffe  'live'  à laquelle vous êtes en droit de vous attendre avec eux!

 

Max Cells

Le tout est porté par la voix du maître de cérémonie, Max : sorte de croisement au départ entre les Ihsahn (dans les aigus) et Dani (dans les graves...) des premières années avec un gobelin ou une goule maléfique (dans un corps d'orc!), à qui l'on aurait glissé un nain tout chaud entre les dents!... Son organe tout autant «chargé» et rocailleux que vociférant rappelle désormais selon les titres les vocaux dans Limbonic Art ou encore un mélange improbable de la paire Atilla Csihar/Maniac dans Mayhem... Si le registre et le timbre ne plairont pas à tout le monde, il n'y a rien à redire en revanche sur le phrasé, tout aussi instinctif que très bien pensé et des plus « punchy » (presque 20 ans d'expérience en la matière, ça joue quand même...). Pas étonnant que le frontman parvienne encore une fois à nous faire tendre le poing et scander les refrains cette fois d'un "By Fire" ou d'un "Shall Be Lords Again", le songwriting véritable et le « sens de la formule » qui fait mouche étant clairement des points forts pour cette formation.

Quant à la basse dont nous vous parlions plus haut, instrument bien à part également chez les 'Cells, elle est ici de nouveau à la fois malsaine et étouffante autant que mélodique et expressive, proche cette fois de celle d'un Blut Aus Nord sur Memoria Vetusta I : Fathers of the Icy Age (écoutez-moi encore ce "Wheel of Pain" torturé et poignant s'il en est, où elle prend presque une place de deuxième guitare lead!...), parfois en disharmonie avec le reste pour quelques instants avant de repartir dans la mêlée... Pour vous dire, on peut tout à fait vivre une expérience intéressante à l'écoute de cet album en se concentrant uniquement sur elle, ce qui est un fait suffisamment rare pour être signalé! (bravo à Dom pour ce bon boulot...)

Si toutes les références que je vous donne depuis tout à l'heure sont antérieures aux années 2000, ce n'est pas là le fruit du hasard. Faisant fi de la volonté de retour à l'underground ou d'exploration de dimensions plus modernes, "industrielles" ou "futuristes" de bons nombres de formations au cours de la dernière décennie, Embryonic Cells reste pour sa part dans une vision plutôt nostalgique des heures où le black s'ouvrait aux masses et commençait à se "professionnaliser", où « l'extrême » commençait paradoxalement à devenir la « norme » ... Mais ils le font de manière suffisamment inspirée par endroits pour ne pas tomber dans du simple black «de divertissement» dans lequel bon nombre de leurs comparses se sont gaufrés avant même l'orée du nouveau millénaire. Avec ce disque, de bons souvenirs de cette époque ne pourront donc que vous revenir...

En définitive, peut-être tient-on là la nouvelle relève du black métal emblématique 'made in France', à velléités symphoniques et fédératrices aptes à faire sortir chez nous ce genre bien exclusif de ses retranchements (quand bien même nous pouvons nous vanter par ailleurs d'avoir une scène 'true black' et une autre davantage 'avant-gardiste' heureusement très vivaces!), et en même temps à se placer ainsi comme le chaînon manquant entre les deux ex-Grands du genre justement, le Seth des premiers albums et les référentiels Anorexia Nervosa, dans une version toutefois entièrement anglophone (un choix qui leur appartient mais que l'on peut parfois regretter, le français serait peut-être à même d'apporter une authentique dimension supplémentaire encore manquante et masquer aussi quelques petites pointes d'accent «franchouillard» dans l'anglais de Max...), nous évoquant au final comme une relecture moins 'introvertie' des regrettés Apostasia...
Bref, un peu à l'instar du dernier Winterburst dont nous vous parlions il y a quelques semaines, ce The Dread Sentence ne verra pas peser sur lui la crainte d'une sentence justement, ni d'une "phrase-assassine" de notre part en tout cas, et se révèle ni plus ni moins que la sortie black française grand public idéale du moment! A ne surtout pas manquer s'ils passent bientôt dans une salle près de chez vous...
 


LeBoucherSlave


7,5/10

Embryonic Cells - The Dread Sentence promo pic

 

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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