Linkin Park au Download Festival France 2017


Groupe très controversé de la scène metal actuelle, notamment après un album plus que critiqué, Linkin Park était la tête d’affiche de ce vendredi. Autant dire que l’auditoire attendait au tournant l’un des groupes pionniers du nu-metal et des plus aimés des années 2000.  Mais en dix-sept ans, Linkin Park n’est définitivement plus le même groupe (si on peut d’ailleurs utiliser le terme de « groupe » pour qualifier l’impression de projet personnel de la part de Chester Bennington après la sortie de One More Light). Car malgré leur présence à un festival metal, la formation américaine va globalement livrer un show à l’image de sa musique actuelle : pop, electro, mais pas vraiment metal.

Extrait de leur dernier album, « Taking To Myself » donne le ton de la soirée qui va se dérouler. L’intro électro provoque une espèce d’indifférence assez générale, malgré une fosse plutôt conséquente de fans du groupe. Car deux réalités coexistent ce soir, entre les personnes adhérant à la musique du groupe, même encore actuellement, et ceux qu’elle laisse hermétique. Le synthé et la voix de Chester prédomine sur les autres, les instruments étant quasi inexistants ou ne servant que d’arrière-plan aux morceaux qui défilent.

Sur « The Catalyst », on se surprend à percevoir la batterie et sur « Wastelands », la guitare ne reste pas noyée et obtient un petit rôle dans la musique de Linkin Park. Ce sont surtout les deux chanteurs qui s’accaparent les devants de la scène, Mike Shinoda rappant ou chantant sur cette chanson qui envoie un peu plus que les trois précédentes. Brad Delson se fait enfin entendre lors de l’introduction d’un des plus gros tubes de Linkin Park. Avec de petits riffs bien envoyés, il réveille la foule qui ne chante que d’une voix lorsque retenti « One Step Closer ». Les « Shut Up » sont scandés et la puissance du morceau est indéniable.
 


Mais l’effervescence retombe bien vite avec le son electro de « Castle of Glass » où l’absence des musiciens est indéniable, la basse et les guitares suivant une ligne linéaire et la batterie étant fantomatique, cachées derrière un gros beat assourdissant. Les riffs ressortent un peu sur « Lost in the Echo », où Chester scream même un tantinet. Et quand on se dit qu’on a devant nous un bon Linkin Park, ce dernier retombe dans ses travers, avec « Battle Symphony », chanson pop parfaite comme fond sonore des plages du sud de la France mais pas pour un festival metal.

C’est en voyant le public ovationner des morceaux pourtant pas réellement violents comme « New Divide » qu’on comprend le ras-le-bol assez généralisé du soir. C’est ici l’occasion pour le bassiste de montrer qu’il existe, et pour le guitariste de lancer des notes un peu plus élaborées. Mais pour une bonne chose obtenue, on en obtient le double de mauvaises. Entre un chant moyen sur « Invisible » à un rap sur « Waiting for the End », Shinoda n’aide pas à nous faire décoller ce soir.


Chester Bennington indique au public qu’ils ont les meilleurs fans du monde, et on veut bien les croire car pour aimer le groupe encore aujourd’hui, il faut vraiment être passionné. Puis les premières notes de « Breaking The Habit » retentissent, provoquant un véritable mouvement de foule, déchaînant les passions en nous montrant le Linkin Park que l’on aime. Le public chante d’une seule voix, pour offrir un moment de communion très beau. Le frontman sait chanter et le montre tout au long du concert, même s’il se démarque essentiellement sur les morceaux du dernier album. Plus à l’aise dans les ballades que dans des exercices plus risqués, sa justesse est de mise sur « One More Light ».
 


La goutte qui fait déborder le vase est cette version de « Crawling » au piano. Alors que les présents réclament davantage de titres plus anciens, le groupe les prend à revers en proposant une des meilleures chansons d’Hybrid Theory de manière lente, dénuée de toute violence. Exit donc le rap de Shinoda et le refrain ravageur du titre. Cela donne une occasion en moins au public de prendre son pied et il le lui rend en sifflant cette initiative.

La fin pointant doucement mais sûrement son bout du nez, les tubes vont s’enchaîner pour un Linkin Park qui n’aura eu cesse de nous blesser durant ce show. « Leave Out All the Rest » permet au guitariste de se réveiller de nouveau et fait chanter le public. Ce dernier exprime sa joie lors de « Somewhere I Belong » où la foule est en délire. Le public saute, formant une impressionnante masse. « What I’ve Done » est acclamé alors qu’il est loin d’être un titre très metal, montrant que les fans de Linkin Park les appréciait encore même après un changement de voie.

Sur « In the End », le groupe laisse le public chanter la partie rap à la place de Mike Shinoda, alors qu’une osmose aurait été plus complète si les deux voix s’étaient exprimées ensemble. Mais ce fut une constante de ce set que de voir Mike Shinoda peu raper. L’enchaînement « Faint »/ »Numb » est ravageur : il y a beaucoup de mouvement et le public connait par cœur ces morceaux qui ont bercé ses années 2000. Le scream et le chant est juste, Brad Delson se lance dans un solo endiablé et Rob Bourdon se démarque de ses pairs avec des frappes puissantes.

Single de leur dernier album One More Light, « Heavy » est tout de même mieux accueilli que le reste des nouvelles compositions du groupe. « Papercut » vient juste après pour montrer une dernière fois ce qu’était Linkin Park au meilleur de sa forme, avec l’un des meilleurs morceaux de la discographie du groupe et le plus convaincant ce soir. Les Américains concluent leur set sur le très bon « Bleed It Out », mais un sentiment amer nous reste à la bouche. Le groupe nous a montré qu’il avait du talent, et c’est d’autant plus dommage et frustrant de le voir tourner définitivement la page du metal en s’orientant vers de la pop, qui, même si elle est bien exécutée, reste impersonnelle.
 


Linkin Park a fait son choix, mais à ses dépens. Et aux nôtres aussi, car on restera nostalgiques de ces années de gloire passées. Le groupe a décidé de leur tourner le dos pour s’orienter vers d’autres horizons. Et ça sera sans nous.

Setlist :
1. Talking to Myself
2. Burn It Down
3. The Catalyst
4. Wastelands
5. One Step Closer
6. Castle of Glass
7. Good Goodbye
8. Lost in the Echo
9. Battle Symphony
10. New Divide
11. Invisible
12. Waiting for the End
13. Breaking the Habit
14. One More Light
15. Crawling
16. Leave Out All the Rest
17. Somewhere I Belong
18. What I’ve Done
19. In the End
20. Faint
21. Numb
22. Heavy
23. Papercut
24. Bleed It Out

 

Photographies : © Nidhal Marzouk 2017
Toute reproduction interdite sans autorisation du photographe.



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