Joe Duplantier, chanteur-guitariste de Gojira


"Notre musique vient des tripes, du coeur"
 

C'est en pleine tournée française que Joe Duplantier, frontman de Gojira, a accordé un entretien avec la rédaction. En toute simplicité, le musicien nous parle du prochain album du groupe (en attendant la chronique qui est elle programmée pour 19h), L'enfant sauvage, de sa confection, et de la vie de rockeur qui défend ses créations sur les routes. Si la musique fait partie intégrante de sa vie, l'artiste ne manque pas de parler également de ses convictions.

Comment se passe la tournée ?

Ca se passe très bien. C’est une tournée qui se fait juste avant la sortie de l’album, donc c’est un peu particulier, on n’est pas encore dans le vif du sujet, mais on est en train de se chauffer, on présente un peu notre nouvel album, en jouant un morceau, "L’Enfant Sauvage". Nos dates sont assez variés, on fait des festivals européens assez importants, des premières parties de Metallica, et aussi des concerts en tête d’affiche, notamment en France.

Parlant de Metallica, vous avez été au Stade de France. Qu’est-ce que ça procure comme sentiment de jouer devant 75 000 personnes ?

C’est une sensation unique, ça ne se digère pas tout de suite, c’est assez impressionnant de se retrouver devant un océan humain. Avant le Stade de France, on avait fait d’autres dates du même type avec Metallica, en Serbie, en République Tchèque et en Pologne, ce qui nous a permis de nous préparer. On avait aussi fait des salles équivalentes à Bercy avec eux, qui allait de 20 000 à 40 000 spectateurs à Moscou par exemple. Ici, c’est une autre dimension, on est passé au calibre supérieur. Ca fait quelques années qu’on a la chance d’être invités par Metallica, à chaque fois ça se passe bien, on a un bon rapport avec eux. Finir la tournée avec eux à Paris, en plus au Stade de France, c’est assez spécial.

C’est une grande première pour un groupe de metal extrême de faire une date en stade en France. Est-ce que tu penses que c’est de bon augure pour l’évolution du genre en France ?

Oui, c’est possible, mais ce n’est pas non plus un style qui est vraiment adapté aux dates en stade. C’est une belle opportunité, on est vus par beaucoup de gens, on a aussi pu renforcer nos liens avec Metallica, bien qu’on aurait compris qu’ils choisissent un autre groupe pour cette tournée, étant donné que notre musique est très technique. J’espère malgré tout que nos chansons ont pu atteindre certaines personnes. Jouer dans un stade est un exercice très particulier. Je ne sais pas si, de nous-mêmes, si on en avait l’opportunité, on ferait des dates de cette dimension. On se sent bien dans les clubs, ça tombe bien on n’a pas trop le choix (rires).

L'enfant Sauvage

Votre prochain album, L’enfant Sauvage, sortira chez le label Roadrunner. Est-ce que le passage vers un géant du metal indépendant vous a influencé dans votre manière de travailler ?

Non, pas du tout. Notre musique est très organique, elle vient des tripes, elle vient du cœur. On en fait depuis notre adolescence, et on créé quelque chose qui nous passionne avec notre code et notre langage. On tient à rester soudés entre nous et proches de notre musique. On opère une recherche musicale qui nous passionne, ce qui fait que tous les aspects qui y sont extérieurs n’influent pas dessus. Après, d’autres facteurs font changer notre musique, comme l’expérience, on grandit, on approche de la trentaine, donc nos envies changent, on ressent moins le besoin de prouver des choses sur le plan technique, et on se rapproche du cœur de ce qu’on veut dégager. Une signature sur Roadrunner, sur le plus obscur des labels undergrounds ou sur Sony ne va pas changer cela.

Qu’est-ce qui vous a influencé dans la création de cet album ?

Tout nous influence. On est inspiré par les émotions, ce qu’on traverse, nos rencontres, et la route aussi. Nos vies ont été bouleversées lorsque nous nous sommes mis à tourner. On vit à douze dans un bus, une sorte de sous-marin avec des roues, il faut apprendre à cohabiter, et beaucoup d’autres choses. Quand on se retrouve en studio, on est imprégnés par cette vie qui est la notre, ce qui transforme nos albums, qui sont tantôt imprégnés de fatigue ou de rage, tantôt de bonheur.

Qu’en est-il du titre, "L’enfant sauvage", qui a fait réagir ? Y a-t-il un concept particulier derrière cet album ?

On a plusieurs titres de morceaux qui sont à contrepied du style qu’on pratique. Sur notre premier album (Terra Incognita), on a un morceau intitulé "Love", sans arrière-pensée cynique, on souhaite juste être cohérents avec ce qui nous parle, sans essayer d’adopter un code pour "faire metal". Et le titre "L’enfant sauvage" est venu spontanément. A la base, on donne des titres temporaires à nos morceaux quand on travaille dessus. On peut en appeler un "Jean-Pierre", un autre "Slayer" parce qu’un riff nous fait penser au groupe. L’un d’eux s’appelait "L’enfant sauvage". On ne savait pas qu’il allait devenir le titre de l’album au début, mais on a trouvé qu’il rayonnait beaucoup sur l’ensemble de la musique, et qu’il collait très bien avec ce qu’on avait envie de dégager. De plus, il correspondait au texte de la chanson, qui parle d’un concept bien précis. Cette interview est en français, cela m’évite de traduire le titre, ce qui est assez difficile par moments. En anglais on dirait "Wild Child", et ça a beaucoup été utilisé dans d’autres chansons ou des films, et ça enlève le sens qu’on veut lui donner. "L’enfant sauvage", c’est l’enfant qui grandit dans la forêt, sans contact humain ni influence de la civilisation. Ce serait donc un spécimen très intéressant à étudier pour se demander de quoi on est fait au fond de nous. On se demande quelle est cette flamme qui nous anime depuis la naissance, qu’on a tendance à étouffer en devenant adulte, en se mettant dans des carcans, comme notre boulot et notre routine quotidienne. On est trop influencé par l’éducation, on culpabilise à outrance. Au final, "L’enfant Sauvage", c’est le message de notre groupe et de notre musique : garder la flamme, l’aspect pur, l’essence de l’être.

Gojira

Parlons d’autres titres, comme la conclusion de l’album assez inhabituelle, "The Fall".

Une sensation assez amère ressort de ce titre, quelque chose qui se passe sur la Terre. C’est une description du chaos. C’est pas une note très positive pour finir un album, comme on a l’habitude de faire, mais ce morceau s’imposait comme une conclusion d’album. C’est un sentiment que doivent éprouver les fans de metal dans leur ensemble, on pointe du doigt la mort, on y utilise des codes pour en faire quelque chose d’assez sain au final.

Quels sont les titres qui ressortent le plus sur cet album selon toi ?

Plusieurs ressortent, mais de manières différentes. « L’enfant sauvage », qu’on a choisi en single, a ce côté emblématique, avec une mélodie qui correspond à l’évolution du groupe. On a aussi "Pain Is A Master" (La Douleur est un maître), qui est basée sur une expérience personnelle, parle du fait que quand on se retrouve dans la souffrance, le désarroi ou la dépression, on apprend des choses. Quand on n’a pas la chance d’avoir un guide dans la vie, comme un grand-père, un ami proche, un frère ou un parent, on peut compter sur la souffrance pour enseigner et les guider au plus profond d’eux-mêmes. Ce titre me parle beaucoup, il est le résultat de beaucoup de réflexion.

Comment comptez-vous défendre cet album sur scène ? Avez-vous des idées de titres déjà incontournables ?

Je pense que cet album sera bien exploité en live. On va y aller mollo au début, vu qu’on va donner quelques concerts qui suivront tout juste la sortie du disque, en en mettant trois ou quatre dans nos sets. Par la suite, on en inclura plus, et ils tourneront. On en a un ou deux qui sont très techniques et qui risquent d’être un peu rébarbatifs en live, mais on a envie de quasiment tous les jouer.

Comment va s’organiser la tournée par la suite ?

On va finir cette tournée européenne en juillet, on va ensuite faire une pause avant de partir aux Etats-Unis, pour revenir faire une tournée en Europe. On ne sait pas encore si on commencera ou finira par la France, mais ça constituera une partie très importante de la tournée, parce que c’est l’endroit d’où on vient, et aussi d’où viennent nos premiers fans. On compte faire au minimum six concerts dans des salles importantes, on donnera un peu moins de concerts en France, quitte à revenir ensuite, car on doit couvrir beaucoup de territoire dans notre prochaine tournée. Mais vers novembre, on fera probablement de belles dates en françaises.

Peux-tu nous parler du DVD The Flesh Alive, sorti le 4 juin ?

Il y a presque dix ans d’écart entre ce DVD et notre premier. Il était temps d’en refaire un, on nous l’a beaucoup demandé. Mais il faut savoir que cela coûte cher à produire, et que cela ne se vend pas beaucoup. Donc les maisons de disques sont très frileuses à ce sujet et disent souvent "On verra plus tard". Comme on a l’habitude de faire les choses nous-mêmes, on s’est pris en main, on a produit la captation de certains concerts en France. Certains ont été vus sur internet, mais pas avec une bonne qualité, donc on les propose à nouveaux avec un bon son et une meilleure image. Le sujet principal du DVD est un concert à Bordeaux, mais ce que je trouve le plus intéressant est un documentaire d’une heure le groupe qu’on a filmé nous-mêmes, avec des appareils photo, des téléphones et tout ce qui nous tombait sous la main. On passe un moment très proche avec le groupe, on nous voit dans notre local, dans l’avion, en train de préparer nos tournées, comme notre première tournée en tête d’affiche en Angleterre, et le tout finit sur nos premières parties de Metallica, dans des salles immenses. Cela va intéresser les fans qui nous suivent depuis le début, car on apprend pas mal de choses sur nous de manière assez subtile.

Gojira

Comment as-tu perçu l’accueil de The Way Of All Flesh à sa sortie ?

Il a été bien accueilli, il s’est retrouvé en première place dans les classements de ventes aux Etats-Unis, dans la catégorie nouveaux artistes rock. Les gens ont, de manière générale, bien capté l’album. Comme toujours, on a eu des détracteurs, qui pensent qu’on s’est « américanisés ». Mario (mon frère) et moi sommes déjà à moitié américains par notre mère, donc on est déjà américains, et nos influences sont anglo-saxonnes et américaines, avec des groupes comme Metallica, Sepultura, Slayer, Pantera, Tool… C’est l’école d’où on vient, et c’est le son qu’on a toujours cherché à avoir. L’Enfant Sauvage se situe dans cette lignée aussi.

Qu’est devenu l’EP Sea Shepherd, qui avait été annoncé en octobre 2010 ?

Il fait une sieste dans mon disque dur en ce moment. On a eu plein de soucis techniques pour la production. Il est quasiment fini, les quatre titres ont déjà été mixés, mais on a eu un problème de fuite. C’est à cause d’un reportage d’une chaîne de télévision locale dans notre région, qui a annoncé cette sortie trop tôt. On s’est retrouvés obligés de faire une annonce officielle derrière, en indiquant ce qu’on faisait, et c’est devenu une annonce de sortie, ce qui n’étais pas le cas à la base. Cela fait deux ans qu’il dort, alors qu’on voulait le sortir comme une surprise. Les bénéfices iront à l’association Sea Shepherd, pour des gens qui se bagarrent pour la planète, comme Paul Watson (fondateur de l’association), qui s’est fait attraper par la police du Costa Rica (libéré sous caution par la suite, après que cette interview ait été réalisée), alors que c’est un défenseur de la nature qui ne se met jamais hors-la-loi. Il fait respecter les traités internationaux sur les eaux, pour défendre les baleines, les requins, les dauphins, les tortues, les thons, et toutes les autres espèces animales en voie d’extinction. On a pu rencontrer ces gens à Seattle, j’ai également pu rencontrer Paul Watson plusieurs fois et l’envie nous est venue de détourner l’attention qui est portée sur nous vers l’association Sea Shepherd. Je pense qu’en tant qu’artistes, on a une responsabilité sur le fait qu’on doit pointer des choses cruciales qui sont en train de se passer. On se doit de soutenir les causes, et Sea Shepherd est un projet qui nous tient réellement à cœur. En plus, leur logo est une tête de mort, c’est très metal ! On le sortira quand il sera prêt, pour l’instant on s’est mis la tête de l’album, et on est en tournée, ce qui retarde la sortie de l’EP, mais il sortira, c’est promis.

Vous avez déjà pu jouer sur les scènes d’autres groupes, comme Metallica, en avez-vous d’autres avec qui vous voudriez jouer ?

Oui, il y a Meshuggah, avec qui on est en contact, on parle souvent d’une tournée à faire ensemble, vu qu’on a des fans en commun. On aimerait aussi beaucoup tourner avec Tool, un groupe qu’on adore, qui a une aura hallucinante et qui est un exemple d’évolution pour nous en tant que groupe. Ils ne font aucun compromis et arrivent à remplir des salles de 20 000 personnes avec des morceaux de 10 minutes. On a beaucoup d’affinités musicales avec eux. Mais notre but principal est de faire un maximum de concerts en tête d’affiche, pour être vraiment en contact avec notre public, et ne pas être limité en son, en temps, et composer nous-mêmes notre spectacle.

Quelques mots pour les fans ?

Merci. Merci de nous suivre, de nous soutenir et aussi d’acheter le dernier album ! (rires)

 



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