Satyr, frontman de Satyricon, au Hellfest 2012

Interview avec Satyr du groupe Satyricon au Hellfest 2012

Entretien réalisé par Ju de Melon, Katarz, Born666

 

Nous avons eu la chance de rencontrer Satyr de Satyricon dans le cadre du festival, qui se prononce sur les raisons de l'absence du groupe de la scène pendant ces deux dernières années. Nous avons également eu droit à des révélations exclusives sur ses projets pour Satyricon et le nouvel album.

Ju de Melon : Je vais commencer par le futur du groupe si tu veux bien. Après un break de deux années, lorsqu'en 2009 tu t'étais prononcé sur le besoin de faire une pause pour retrouver de l'énergie et de nouvelles idées, as-tu réussi à te ressourcer pleinement et est-ce que Satyricon revient sur le devant de la scène ?

Satyr : Oui, en effet. Je pense que l'Histoire a montré que c'était la bonne décision à prendre. Je me suis résolu à faire un break depuis Août 2009 et je dirais que ... cette spirale qui est normale pour un groupe a commencé à être destructive pour moi. Ce que j'entends par là, « tu écris, tu répètes, tu enregistres, tu fais la promo et tu pars en tournée. Et ensuite tu écris, tu répètes, t'enregistres, tu fais la promo et tu tournes. Et encore tu écris, tu ... » (Rires)

Alors je me suis posé des questions, notamment : « Est-ce pour cette raison que j'ai commencé ? Est-ce là la direction où je veux aller ? »

Et je suis vraiment arrivé à la conclusion que je ne voulais pas finir comme ça, que ce n'est pas ce que je voulais pour Satyricon. Je n'ai jamais rêvé d'être sur scène ou faire la fête en backstage, pour moi c'était avant tout un contrat pour sortir un album. En 1991, c'est vrai, c'était pour moi un challenge, un accomplissement. Plus aujourd'hui.

 

Katarz : C'était une autre ère !

Satyr : Oh oui, oui ! (Rires) Et donc je crois que cela reste toujours dans ma mentalité jusqu'à aujourd'hui. Et pour moi il était important de prendre une année sabbatique parce que nous n'avons pas cessé de travailler non-stop pendant dix années d'affilé. Et puis nous avions cette impression de travailler presque par obligation plus que simplement par plaisir.

C'est aussi une situation très confortable parce que quand je discutais avec des agents pour faire, disons... un concert, (et tu sais les gens peuvent croire que tu joues à un jeu!) et donc quand je disais non à une certaine offre au départ, cette personne revenait de plus belle avec une meilleure offre. Parce qu'ils croyaient que je voulais par là demander plus d'argent. Et là, ils étaient étonnés que je refusais cette offre de nouveau. Je leur disais simplement « Non, ce n'est pas ce que je veux ».

Donc le prix à payer a été que tous les gens qui entourent Satyricon ont dû finir par comprendre que cela devait rester quelque chose d'attractif et que nous avions nos motivations sincères. Il devait y avoir un sens à tout ça, et pas seulement cette impression de « nourrir la machine », tu vois ?

Il a donc été essentiel pour moi de me recentrer sur ces motivations premières qui ont fait de nous ce que nous sommes depuis nos origines.

Aujourd'hui nous travaillons sur un nouvel album, sans aucune deadline, et ça nous plaît. Nous espérions finir de l'écrire en 2011 et en fait on n'a toujours pas fini ! (Rires) Et pour moi cela n'a pas vraiment d'importance. Nous travaillons dessus sans arrêt, 7 jours sur 7, mais pour moi il est important de se dire : « Tiens aujourd'hui nous avons bien travaillé, on se revoit demain et on continue ». Et puis si je le sens pas, j'appelle les autres et je leur dis : « tiens j'annule la session aujourd'hui et on se verra quand on sera prêts. »

C'est une façon beaucoup plus agréable de travailler et je suis sûr que retrait que nous avons fait de la scène ne va que prolonger la vie de Satyricon de quelques années encore. 

 

Katarz : Oui je le pense aussi. Et justement j'avais une question sur vos principales motivations de partir en tournée à la rencontre des fans, parce que vous tournez pas mal et je comprends bien  maintenant que ce n'est pas pour l'argent. Les motivations varient d'un groupe à l'autre, quel est la vôtre ?

Satyr : Par le passé, notre principale motivation était de jouer un album en live. Il s'agissait de voir ce que nos performances live pouvaient donner. C'était donner une plus grande dimension à nos albums, notre travail. Je crois que l'une des raisons pour lesquelles tu peux voir des groupes comme Kiss ou les Guns N' Roses au Hellfest, c'est parc que tout a changé. Des groupes de cette envergure joueraient plutôt au Download, au Rock am Ring, ils ne joueraient pas dans un festival extrême dans la province française comme celui-là.

 

Lionel/Born666 : Mais c'est vrai que le Hellfest était extrême à ses débuts, maintenant on y trouve de plus en plus de groupes mythiques ou de cette envergure.

Mais quand même, cela aurait été trop alternatif pour eux. La plupart des groupes de ce niveau ne font de la musique que comme un boulot. La plupart ont des revenus confortables qui proviennent de la vente de disques, du merchandising, et des live. Aujourd'hui ils ne gagnent plus assez sur les ventes de disques, donc ils remplacent ce manque à gagner par quelque chose. Je trouve ça terriblement triste de jouer en live pour cette raison. On devrait donner des concerts uniquement parce que c'est une forme d'expression artistique et pas simplement une routine.

Quant à nous, nous allons probablement jouer moins en live dans le futur. Je crois que c'est plus ou moins déjà décidé.

Katarz: Alors justement la question que l'on se pose c'est aussi de savoir, après la tournée « Finale in Black », quelle sera la direction musicale que vous allez prendre sur le prochain disque. Est-ce que ce sera encore du Black Metal ?

Satyr : Avec la tournée « Finale in Black » je savais que ce serait la dernière pour un bon bout de temps. Pour l'album « The Age of Nero », nous avons donné le plus de concerts de notre carrière. On a fait tous les festivals, entre 6 et 12, sans compter la tournée européenne, américaine, et encore en Australie, en Asie. Cet album nous l'avons joué des concerts en Inde, en Australie, au Japon et deux tournées complètes aux USA, en Scandinavie. Enfin, une saison de 33 festivals en été. Cela a été l'expérience la plus intense que nous ayons jamais faite. Et j savais qu'avec la tournée « Finale in Black » nous allions boucler cette boucle.

 

Katarz : De toute façon on ne peut plus ressentir les choses de la même façon après une tournée comme celle-là.

Satyr : Oui et puis maintenant nous ne faisons que quelques dates cet été donc ce n'est plus la même chose. Cette date au Hellfest est notre première, la semaine prochaine nous allons simplement jouer avec Ozzy Osbourne au Belgrade Calling et c'est tout. Encore une ou deux dates cet été... nous préférons nous concentrer sur notre prochain disque.

Lionel/Born666 : Juste une question sur ton ressenti par rapport à ton album « The Age of Nero ». Y'a-t'il des choses que tu aurais changé en y repensant en arrière ?

Satyr : Je ne sais pas vraiment...je ne pense pas que l'on puisse comparer ce que nous faisons avec quoi que ce soit d'autre... mais en même temps ce n'est pas comme si nous avions réinventé le genre, révolutionné la scène... Pour moi la plus grande différence c'est que les derniers disques étaient assez « compacts », ils sonnaient presque comme des machines. Le son était très puissant et épuré en même temps. Vous verrez que le prochain disque sera plus relax, plus atmosphérique et mélodique.

Lionel/Born666 : Au départ vous jouiez du Black Metal dans la plus pure tradition, ensuite vous avez dit faire du Black N'Roll, et les gens d'Enslaved font un Black Metal plus progressif aussi.

Katarz : Oui, en réalité tu dis que tu n'as pas réinventé le Black Metal, or la plupart des groupes se sont mis à faire du Black N' Roll par la suite, même Immortal, donc je dirais que vous avez révolutionné le genre quelque part...

Satyr : Je crois que pour nous maintenant la façon de travailler est totalement différente. Les dix dernières années nous travaillons chez moi, dans mon studio et je disais en gros qui fait quoi. Aujourd'hui l'écriture se déroule totalement différemment. J'écris en présence d'autres personnes, on le fait « en direct », si tu vois ce que je veux dire ?

 

Katarz : Oui, et donc qui sont ces personnes qui participent à l'écriture aujourd'hui ?

Frost est avec moi, Gildas (Le Pape) est là et un quatrième gars qui n'est pas encore très impliqué, mais qui le sera beaucoup plus à l'avenir, et qui a toujours été dans l'ombre de Satyricon.

Katarz : Ah oui ? Qui est-ce ?

Satyr : C'est Erik (Ljunggren). Il a été très impliqué sur l'album « Volcano ». C'est un producteur, ingénieur du son, musicien. Il fait tout.

 

Katarz : En français nous appelons ça « Homme à tout faire ». (Rires) C'est génial que tu parles des autres puisque j'avais une question sur le processus de recrutement des musiciens de scène. Nous en savons peu de choses finalement. On connaît juste Gildas, forcément, il est français. Comment les recrutes-tu ?

Satyr : Avec Steiner ça va être difficile à dire, car aussi loin que je me souvienne, il a toujours joué avec nous pendant 13 ans, depuis 1991 je crois ! Parfois tu rencontres simplement des gens que tu sais convenir à ton groupe, notamment par des relations. Si nous entendons parler de quelqu'un, nous faisons un essai ensemble, on teste leurs aptitudes. Nous ne sommes pas vraiment un groupe dont il est facile de faire partie. Les shows requièrent une aptitude d'athlète, les préparations aux concerts sont très intenses. En fait c'est simplement comme un athlète qui se préparerait à une compétition.

Donc si quelqu'un vient à une répète et on se rend compte qu'il n'arrive pas à suivre, alors on lui dit de retourner chez lui et de continuer de s'entraîner dur. Dans l'atmosphère de Satyricon, sans même que l'on ait besoin de le dire, tout le monde sent qu'il n'y a pas de place à l'échec. Nous essayons de donner les meilleures performances, le meilleur de nous même.

Katarz : Oui et puis vous sonnez tellement mieux en live que sur disque, c'est juste impressionnant. C'est cette machinerie que nous aimons chez Satyricon.

Satyr : (Sourire) Nous verrons ce soir.

 

Lionel / Born666 : Et nous avons entendu parler de tes vignobles, est-ce toi qui fais du vin ou Frost ?

Satyr : C'est moi l'amateur de vin. (Rires)

Equipe : Aaaaahhhh !! (Rires)

Satyr : Je produis deux vins français, après avoir commencé au départ à faire du vin italien. Je produis aussi du champagne labellé Bio. Et puis je fais du Bordeaux Blanc « Côtes de gascogne »...

Ju de Melon : Merci beaucoup.

Satyr : Merci

 



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