Sacred Blood – Alexandros


Sorti fin mai chez Pitch Black Records…

« Aaaalexander the greaaaaaaaaat… His name struck fear into hearts of men! Aaââaalexander the greaaaaaaaaat…. Became a God amongst mortal men»

Impossible évidemment, à la réception de cet ambitieux concept-album sur la vie et la carrière militaire grandiose d’Alexandre le Grand, de ne pas penser à ce titre-phare de Maiden sur Somewhere in Time! Pourtant, le propos est très vite recadré : tout d’abord nul trace de « progressif » là-dedans (pour beaucoup, l’opus précité avait été pour la Vierge de Fer  le «brouillon» du Seventh Son of a Seventh Son qui allait suivre…), ensuite parce que les Sacred Blood – puisque c’est d’eux dont il s’agit – ont eu à cœur de faire les choses en bien plus grand encore que la bande à Harris, qui n’avait alors qu’effleuré (brillamment) l’icône historique sur un seul titre comme ils ont coutume de le faire. Est-ce là par regain de fierté patriotique (à l’heure où leur nation se voit malmenée pour des conflits d’intérêts et de pouvoir bassement économiques et géopolitiques), car la formation est effectivement grecque elle aussi? (comme Mister Alex-the-Great, pas Maiden, vous m’aurez compris hein…)  Ou bien simplement par esprit jusqu’au-boutiste, car le combo, qui existe depuis déjà 10 ans même s’il n’a pas  été très prolifique depuis – perfectionnisme quand tu nous tiens, ou coups du sort va savoir… – , a toujours eu pour habitude de nous livrer des œuvres pour le moins « chiadées », à l’image de leur précédent The Battle of Thermopylae : the Chronicle (au titre « plus ronflant tu meurs » ! Ah non, j’oubliais les morceaux de Bal-Sagoth…), leur premier album déjà très abouti de 2008 ?

Alors, à l’intention des quelques connaisseurs en métal hellénique qui passeraient dans le coin (vous serez gentils de retirer vos sandales et de déposer le « tsipouro » sur la table…), précisons tout de suite que les Grecs ont cette fois eu le bon goût de demander bien gentiment à leur précédent chanteur Iason (qui malgré toute la meilleure volonté du monde gâchait bien souvent l’écoute du premier opus par ses faussetés) de bien vouloir aller se faire voir chez eux (elle était facile celle-là…).
Ensuite, la production est aujourd’hui un bon cran au-dessus. Malgré la dimension « bombastique », ‘larger-than-life‘ tout ce que vous voulez du précédent album, un son de batterie un peu plat et une basse par trop inexistante empêchaient ce Battle of « Thermophile-Machin »… de se hisser au niveau d’un Hollywood-metalRhapsodien‘ crédible et digne de ce nom.

Qu’on se le dise, si l’on atteint pas non plus les niveaux de sophistication et de luxuriance évoqués ci-dessus, tout ce qui pouvait handicaper quelque peu nos fiers guerriers naguère a été depuis rectifié. C’est que le grand Alex n’allait pas se satisfaire de médiocrité, si??! … Bon, admettons par contre qu’il soit devenu aveugle afin de ne pas avoir à affronter de face son plus vilain ennemi à ce jour : cette bien immonde pochette… (voilà, c’est fait, n’en parlons plus!)
 


La horde hellénique nous offre donc un bon vieux power des familles et l’auditeur ne s’y trompera pas, le premier cri « heavy-metôôôôôôôl » pur-jus qui déboule sur ce « The Bold Prince of Macedonia » (après une introduction narrative et exotique du meilleur effet) ne peut être que le fait d’un fier et appliqué disciple d’Eric Adams! (ce qui n’est en rien une tare, surtout quand on voit ce que les ‘Manowarriors‘, eux, viennent de nous pondre, mais ça on vous en reparlera bientôt hélas…)

Toutefois, si l’on veut rendre pleinement honneur à Sacred Blood, il convient d’être plus large nous aussi dans notre description : d’un heavy lourd et guerrier des origines sauce (De)Maio (largement  imprégné de l’empreinte ancestrale d’un Sabbath sous le règne de Dio…) à des mélodies plus complexes et des airs entraînants marqués du sceau germanique, de la vigueur métallique propre aux Grave Digger et Running Wild de bonne mémoire, les musiciens savent en effet avec brio varier les plaisirs pour ne jamais  lasser, tout en conservant en permanence cet enrobage grandiloquent propre aux concepts-albums historiques, juste ce qu’il faut de ‘sympho’ (jamais pompeux à proprement parler), pour aller flirter avec la dimension « barbarique » et « opératique » d’un Virgin Steele (David DeFeis himself ne tarit d’ailleurs pas d’éloges sur le groupe!)… C’est cette facette-là qui vient faire toute la différence et remporte ainsi notre totale adhésion, tant les somptueux arrangements épiques développés parviennent à faire prendre de la hauteur à un album qui, dépouillé de tout cela, aurait alors davantage ressemblé à un énième ersatz des vieux Hammerfall (cf les parties métalliques les plus directes) et autres Iced Earth (le tranchant ‘heavy’ des grattes ainsi que les mélodies chantantes, chœurs et certains refrains).

C’est bien simple, cet album regroupe tout ce que l’auditeur en mal d’élans héroïques va chercher à se mettre sous les crocs. Que l’on soit plus mid ou up-tempo, que l’on veuille partir dans du bon gros heavy martelant ou  que l’on aille donc chez « speedy » (même si la double à contretemps de chez Helloweenis ou Stratovarkos n’est finalement pas tant de sortie que ça…), Sacred Blood saura bien vous l’offrir à dose règlementaire et surtout bien proportionnée juste ce qu’il faut.

« Death Behind The Walls » mêle ainsi chant à la Blaze (ce côté « baryton qui vise du côté des ténors« , mais sans que ça ne nous fasse serrer les dents ici, ouf…) à de splendides refrains en chœurs dignes d’Iced Earth (notamment de l’ère ‘Owens‘…), tandis que peu après un « Before the Gates of Ishtar » va, lui, partir dans des incartades ‘folk métal’ (hé oui!), tous accordéons et toutes cornemuses dehors! Entretemps l’apaisante instrumentale à la guitare acoustique « New God Rising (At the Oracle of Siwa) », ponctuée d’instruments traditionnels comme on en retrouve tout au long des nombreuses interludes sur cet album, aura suffi à calmer un peu les esprits avant de repartir de plus belle (un « Heart of the Ocean » de la même manière déploie des voix féminines de déesses comme autant de chants de Sirènes ensorcelants avant d’enchaîner sur un « Macedonian Force » conquérant), aménageant les transitions nécessaires pour rendre une telle variété (au sein de cette charge héroïque de 51 minutes quand même!) tout ce qu’il y a de plus digeste.

A tel point que si certains titres vous hanteront plus que d’autres (hou, que ces refrains vont faire un malheur en ‘live‘… surtout que ça doit être assez jouissif de reprendre des noms de provinces en choeur! ben quoi?!…), il est vraisemblable que vous aurez davantage envie de prendre le temps d’écouter l’album dans son intégralité à chaque occasion, tant au final il forme un ensemble solide, riche (très!) et cohérent (même si… parfois trop riche justement?!… Disons que ce ne sera pas votre album de heavy/power ‘lambda’, rapidement écouté, domestiqué et digéré, même s’il reste tout à fait simple d’accès au premier contact).
 

Reste cette voix qui, si elle nous accroche par sa conviction et son énergie contagieuse, montre un peu ses limites au niveau de la puissance (même si le frontman Epeios Focaeus a toujours l’intelligence de ne jamais les outrepasser), et aurait de fait gagné à être montée un poil plus fort ou à bénéficier d’un traitement avec plus d’impact dans le mix… On est aujourd’hui loin de l’insupportable casserole d’antan (fort heureusement!), mais malgré le talent indéniable et la meilleure des volontés de la part du meneur de troupes on ne peut qu’imaginer les sommets qui auraient été atteints par un chanteur avec davantage de souffle, de technique et de coffre encore!
Gageons que ce dernier – encore jeune – part avec les bons bagages et avec un peu plus d’expérience nous réservera certainement de très bonnes surprises à l’avenir… Sa voix, quelque part entre un Blaze Bayley plus appliqué (encore heureux!…) dans le timbre et dans le phrasé, et un Tim ‘Ripper’ Owens (en moins braillard!) – dans la passion et les tripes insufflées dans chacune de ses interventions – brille par son lyrisme habité, avec en sus un petit grain un peu à la Biff Byford du Saxon des morceaux épiques… Elle portera bientôt des steppes de l’Asie Mineure (ben quoi, vous êtes là pour réviser un peu votre Histoire, non?!) jusqu’au zénith du Mont de l’Olympe, foi(e) de Boucher!!

Un autre élément qui pourrait être encore amélioré : les voix parlées pendant les parties narratives (qui ont le mérite d’exister et de nous emporter en pleine ambiance de film!). C’est sûr, n’est pas Orson Welles, Christopher « Charlemagne » Lee ou même Bruce Dickinson qui veut, mais on reste dans un rendu parfois un peu ‘amateur’ des narrations qui n’en reste pas moins attachant.

Mais ce sont là deux petits points de détail qui n’entravent pas franchement l’écoute on ne peut plus agréable et le voyage que procure cet album plein de bonnes surprises malgré ses atours finalement des plus classiques.
Alors, ne nous privons pas de reprendre tous en choeur : « A-LEEEEEX-ANDROS, La force du Heavy !!!! »…
 

LeBoucherSlave

7,5/10

Sacred Blood band promo pic

  

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements