Le Réparateur – Heureux et gros

Nous avions quitté Le Réparateur à la fin de leur concert lyonnais de l’entre deux tours de la dernière élection présidentielle en compagnie d’Ultra Vomit, Tagada Jones et No One Is Innocent en nous promettant qu’il fallait absolument mettre en avant ce combo punk metal gone. Lors de cette soirée du 29 avril dernier placée sous le signe de l’humour mais surtout de l’engagement, le duo lyonnais nous avait interprété pas loin de cinq chansons issues de leur ultime opus Heureux et gros. Devant la qualité et l’impact de ce set en ouverture des trois autres groupes, nous ne pouvions que les remercier en faisant la chronique de cet excellent troisième album studio.

Enregistré au studio Chevalier par Enrick Chevalier en juillet 2015 puis mixé et mastérisé au studio La Clak, Heureux et gros a fait son apparition dans les bacs de tout bon disquaire digne de ce nom un an plus tard, le 1er avril ( et non ce n’est pas une blague!). Complétant une discographie déjà bien fournie avec deux albums ( Sortir la tête de la poubelle et Même pas ¼ d’heure de sexe) et trois EP ( Les gens riches ne meurent jamais, Le Réparateur aime Poésie Zero et Révolution canapé), ce troisième opus s’inscrit dans la même lignée : « Une guitare, une batterie et deux grandes gueules pour chanter l’amer constat d’une société pantouflarde plus préoccupée par son profit personnel et son apparence que par les vraies valeurs : le sexe, la drogue et le rock’n’roll ». A mis chemin entre l’humour à la Didier Super, Giédré ou Ultra Vomit et la rage et l’engagement de Trust, Tagada Jones ou No One Is Innocent, les deux comparses délivrent une fusion punk-rock / metal simple, clair, net mais surtout très efficace.

C’est avec la chanson éponyme que commence le troisième effort du duo rhodanien. La guitare hyper saturée au rythme soutenu de Thibaud ainsi que les coup de boutoirs frénétiques d’Aksel nous font rentrer dès le début dans leur univers musical : un son metal punkie bien crassouilloux aux paroles dénonciatrices mais empreintes d’humour. La société de (sur)consommation dans laquelle nous vivons passe une sale quart d’heure entre les mains des deux compères déchaînés. C’est au tour du lobby pharmaceutique et des abus envers la sécurité sociale dont nous bénéficions d’être pointé du doigt avec « Pharmacie de garde ». Aksel et Thibaud usent et abusent de l’humour noir, on comprend qu’ils en ont gros sur la patate de la société dans laquelle nous vivons et dans laquelle beaucoup de monde se complet.

Thibaud

L’uniformisation de chacun d’entre nous leur tape sur le système et ils nous le font savoir par l’intermédiaire de « Pas d’avis ». La volonté de tous de bien rentrer dans le moule et de ne pas faire de vague quitte à perdre petit à petit le petit truc en nous qui nous démarque des autres les fait clairement sortir de leurs gonds . Saltimbanques de la scène punk-rock/metal française mais artistes avant tout, ils nous font partager leur haine et leur dégoût du show-biz, de l’opulence et des faux semblants qui en découlent. Dans « Yannick Noah » chacun en prend pour son grade et ils n’hésitent pas à balancer des noms : Serge Gainsbourg, Renaud, Brigitte-Fontaine, Bertrand Cantat, Céline Dion, Carla Bruni, Jean-Jacques Goldman, Joey Starr et bien entendu Yannick Noah, tous y passent avec un clash d’une rare violence. Seule exception à la règle : Didier Super qui partage les mêmes propos et la même technique d’écriture que Thibaud semble bénéficier de la sympathie du groupe.

En écho à « Yannick Noah », « Balle de match » décrit et décrie par la même occasion tous les mauvais côtés et tous les excès que peuvent engendrer la célébrité. La mise en scène avec Scarlett Johansson est à mourir de rire mais le résultat est là : le message qu’ils veulent nous faire passer on le reçoit cinq sur cinq. Des sujets beaucoup plus graves sont abordés par les deux Lyonnais. « La religion c’est cool » dénonce les dérives fanatiques des religions qui régissent le monde, catholique, bouddhistes, musulmans, indous etc… chacun ramasse ses dents à la petite cuillère. C’est pas « Tout ce que je croise » avec la critique exacerbée du suicide grâce aux tableaux descriptifs du crash du vol 9525 de la Germanwings du 24 mars 2015 et de l’utilisation de voitures bélier pour la réalisation d’attentat, qui fera baisser en tension la véhémence des propos assumés de Le Réparateur.

Heureux et gros

L’inégalité et l’injustice se font littéralement démonter avec une note d’humour bien placée sur « Pas la même merde ». La chanson d’amour « Metal reproduction » qui fera sourire tous les metalheads, « Natation synchronisée », « La win » et « Problèmes » viennent conclure avec une note un peu plus légère cet excellent troisième opus qu’on se surprend à fredonner au bout de la seconde écoute seulement. Ceci est grandement facilité par la brièveté des chansons ainsi que la simplicité des paroles qui parviennet à marquer les esprits au fer rouge.

Aksel

Parvenant encore et toujours à dénoncer sans aucune gène la société qui, ne nous voilons pas la face, marche de plus en plus sur la tête, Le Réparateur continue son petit bonhomme de chemin, sillonant la France pour balancer ses riff et ses blast avec humour noir, sans peur du politiquement incorrect mais tellement cruel de réalisme.

Line Up :

Thibaud Ader : Chant, Guitare
Aksel Boursier : Batterie

Setlist :

1 – Heureux et gros (2:19)
2 – Pharmacie de garde (1:56)
3 – Pas d’avis (3:03)
4 – Pas la même merde (2:15)
5 – Tout ce que je croise (2:28)
6 – Yannick Noah (1:49)
7 – La religion c’est cool (4:14)
8 – Metal Reproduction (2:14)
9 – Natation synchronisée (2:15)
10 – Balle de match (3:02)
11 – La win (2:13)
12 – Problèmes (2:50)

Crédit photos:

Merci encore à Jérémy Girard pour ces photos prisent lors du concert du 29 avril dernier au Transbordeur. Toutes ses photos sont a retrouver sur son site ainsi que sur sa page facebook.

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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