Légendes de l’underground finlandais au même titre qu’Archgoat, c’est à peine deux jours après la venue de ces derniers qu’Horna pose ses valises au Glazart. Accompagnés par Thy Darkened Shade et Shaarimoth, le concert était attendu de pied ferme par les blackeux locaux deux ans après la dernière venue des Finlandais et c’est un parterre de connaisseurs qui s’est rassemblé en nombre ce soir. Point à noter, une belle distro black accompagne la tournée et permet de trouver de belles pépites en attendant que la soirée commence.
Shaarimoth
Shaarimoth n’a pas parti gagnée en montant sur scène, la faute à un public assez dur imposant des silences plutôt gênants entre les premiers morceaux. Pourtant le black/death des Norvégiens est tout ce qu’il y a de plus honnête avec des titres qui semblent d’inspiration tolkienienne. Présentant un jeu de scène plutôt sobre et sans le corpse paint des deux autres groupes, c’est par sa musique que le combo compte faire de nouveaux adeptes et on ne peut qu’apprécier ce parti pris. On sent le concert monter en température au bout de quelques morceaux et le talent indéniable du bassiste et du guitariste commencent à apparaitre, nous faisant passer un très bon début de soirée.

Là où les Norvégiens sont les plus intéressants, c’est lorsqu’ils sortent du registre death/black bas du front avec quelques leads mélodiques plutôt originaux et bien troussés. Le chanteur tente d’établir un lien avec son public en fixant tour à tour une personne droit dans les yeux, procédé classique dans le style mais toujours amusant à observer. Sa voix est très bien maitrisée mais se casse littéralement la gueule sur les cleans grandiloquents, un gros point d’amélioration pour le futur.

En dehors de ce petit élément, la prestation de Shaarimoth tient la route et nous introduit doucement au mood de la soirée. Le public se réveille un peu lui aussi et donne un peu de baume au cœur du groupe en l’acclamant lors de sa sortie de scène. Au moins, le concert n’aura pas eu lieu devant dix personnes comme cela peut arriver pour certaines premières parties.
Thy Darkened Shade
Suivant sur la liste, Thy Darkened Shade évolue dans un black metal bien plus théatral que Shaarimoth. On s’apperçoit que le bassiste du groupe précédent est revenu, cette fois à la guitare entouré de deux membres coiffés de masque de médecin de peste. Il y a du monde pour accueillir les Grecs, visiblement très attendus et leur black metal orthodoxe va tout de suite trouver son public et nous donner un concert de grande qualité.

Point à souligner, il est impossible d’entendre le chanteur sauf lors des très rares passages clairs et ce problème durera pendant tout le set. C’est donc à un concert de black instrumental que l’on assiste et ce n’est pas plus mal puisque cela permet de se concentrer sur les compositions, sans contestation les plus intéressantes de la soirée. Car aucun riff des Grecs ne choisit la facilité, tout est très technique et particulièrement bien exécuté. Pourtant, on ne perd pas ce côté bas du front et dévastateur du true black metal, c’est bien une avalanche de violence que le groupe nous envoie en pleine face.
On pense parfois à Aosoth et consorts pour décrire la musique jouée et le côté orthodoxe ressort parfois sous de façon inattendue au milieu d'un black plus classique sur la forme. La communication est un poil confuse entre les titres avec le bassiste éructant des paroles incompréhensibles mais on pardonnera ce choix sans problème tant les titres sont prenants lorsque l’on fait attention aux petits détails.

Thy Darkened Shade a droit a un bon temps de jeu de près d’une heure et on se prend à trouver le temps long vers la fin, la faute peut-être à un manque de ralentissement et à une musique complexe, difficile à assimiler. Le combo aura en tout cas frappé fort dans un style différent de la tête d’affiche et ce n’est probablement pas la dernière fois qu’ils foulent une scène parisienne, vu l’enthousiasme du public à l’issue du show.
Horna
La salle est quasiment vide lorsque l’introduction d’Horna retentit et pour cause : le changement de plateau a été effectué en un temps record, sept minutes montre en main ! C’est donc devant les quelques fans restés au premier rang que les Finlandais commencent leur set avec « Jumalan Koti » et son blast beat quasi continu. Le charisme des cinq membres, corpse paint et vêtements en lambeaux agit instantanément en particulier celui des guitaristes Shatraug et Infection et du bassiste Hex Inferi.

Le niveau de technicité de la musique jouée descend de plusieurs crans par rapport à Thy Darkened Shade mais on y gagne un côté direct et rouleau compresseur que bien des groupes du style rêveraient de maitriser. Mais les amateurs le savent, Horna ce n’est pas une machine à blast comme peuvent l’être Marduk ou Archgoat. La force du groupe est de savoir ralentir son propos avec talent et il va nous le prouver dès le troisième titre, « Sinulle, mätänevä Jehova ».
Mais le plus surprenant c’est « Kuoleva Lupaus », titre complètement punk rock tant dans les riffs que dans les chœurs sans perdre une miette de son esprit black metal. Un morceau vieux de 2005 au milieu d’une setlist qui joue principalement la carte old school, avec seulement deux titres du dernier album. Malgré une discographie prolifique, notamment niveau EP, le groupe semble se concentrer sur ses sorties antérieures à 2000 ce qui doit ravir les fans du Horna old-school.

Pour la première fois de la soirée, on entend distinctement le chant et on peut profiter de la bonne maitrise vocale de Spellgoth, même sur les anciens titres auquel il n’a pas participé. Son attitude scénique est sobre comparée au reste de la scène et il reste souvent immobile les yeux dans le vague lorsqu’il n’a rien à chanter. Pour majeure communication, on a droit à un petit psaume en anglais pour présenter chaque titre (généralement chantés en finnois).
Le public finit par réintégrer la salle et on constate que l’affluence est respectable pour un groupe aussi underground. Tout le monde semble apprécier ce qui se passe sur scène et un petit moshpit verra même le jour en fin de set. De son côté le groupe donne tout et on sent nettement la sueur dégagée par les membres à mesure que les riffs bestiaux s’abattent sur nous. Des riffs reconnaissables entre mille et qui portent la signature Horna, chose finalement plutôt rare dans le style.

Le concert nous fait voyager entre true black metal et inspirations plus rock n’roll avec une grosse performance du batteur, toujours juste et endurant notamment sur la conclusion « Örkkivuorilta ». Un long chant religieux nous laisse penser qu’Horna va revenir jouer un ultime titre mais non, cette soirée se terminera bien là-dessus. En un peu plus d’une heure, les Finlandais ont livré un concert de fort bonne facture sans problème de son majeur et le public a bien joué son rôle pour faire de cette fête de l’underground une réussite. Deux jours après Archgoat, Horna prouve que le black metal finlandais a toujours la côte et les prochaines tournées repasseront sans doute par Paris.
Setlist:
Jumalan Koti
Tappakaa Kristus!
Sinulle, mätänevä Jehova
Kuoleva lupaus
Ring To Rule / Ajan Päättyessä
Verikammari
White Aura Buried in Ashes
Baphometin siunaus
Nielkää Tuhkaa
Synkän muiston äärellä
Amadriada
Örkkivuorilta
Photo: Alice de Bonnechose / 2017

