Misanthrope – ΑXΩ (Alpha X Omega : Le Magistère de l’Abnégation)

Quatre ans d'attente séparent Ænigma Mystica de ΑXΩ, dixième œuvre de Misanthrope. Mais ce délai était parfaitement justifié tant ce nouvel album révèle ses  qualités au fil des écoutes. Compositions travaillées, diversité stylistique, textes et  ambiances recherchés ainsi qu'une production plutôt irréprochable attestent que ΑXΩ  est l'un des meilleurs disques jamais sorti par Misanthrope.

 

Misanthrope  Dixième acte


Nous avions laissé Alceste De Haine lors de l'acte précédent de cette grande comédie élevée contre les moeurs sociétaux des siècles passés et à venir qu'est le théâtre hypercondriaque avec Ænigma Mystica, deuxième volet d'une trilogie entamée avec IrremeDIABLE. Voici donc ΑXΩ (Alpha X Omega : Le Magistère de l'Abnégation), troisième et dernier épisode du triptyque, et dixième album du groupe. Les trois coups raisonnent, annonçant le début de la représentation, chut..!

Côté cour, côté jardin, que le spectacle commence courtisans et courtisanes !

Côté cour : Alceste de L'Argilière qui lors de l'acte précédent avait réussi à communiquer  avec Dieu dans ce dixième épisode trouve l'équation alchimique parfaite de  la misanthropie, le ΑXΩ (L’Ω étant le symbole de la chute de Dieu). Ce qui lui permet de continuer à essayer de conquérir le cœur de sa Célimène qui le fait souffrir par sa perfidie en lui dédiant une cantilène qui sonne comme un « cri de liberté ».  C'est pourtant cette traitresse à l'Homme et à Dieu qui permettra à Alceste1666 de devenir  Magistère de l'Abnégation, l'ultime fonction.

L'accompagnant sur son chemin de croix (« Me suivras-tu ? ») nous croisons des sorcières se  rendant au sabbat (« Melissa & Darvulia »), un soldat alchimiste suprême satanique dépravé qui fut le compagnon de bataille de Jeanne D'Arc (« Aux portes de la Basilique de Gilles de  Rais ») ou une beauté idyllique à la croupe divine ( « Vénus Callipyge »). Il nous faut parfois aussi lutter contre la peur de devenir fou (« Ardante  Psychopathophobie ») pour pouvoir écouter le récit des exploits guerriers d'une tribu celte  qui a vaillament combattu les romains (« Galatia »). Que de rebondissements donc dans ce  dixième acte plein de bile noire.

Côté jardin : comme dans tout bon album (tous?) des Angevins, nous pouvons entendre du Misanthrope « classique » mais terriblement efficace :  « La Fabrique du Fataliste », « Noyade Abyssale » ou « Épuration » qui sont des morceaux très soignés et qui vont faire un malheur sur scène. On y trouve aussi des incursions en territoire heavy metal avec par exemple « Une  Cantilène pour Célimène » et son refrain puissant scandé comme une revendication ainsi que « Melissa & Darvulia » avec son gimmick de guitare irrésistible et son parfum  « heavy français des années 80 » loin d'être désagréable.

Parfois, le death metal suédois mélodique s'invite à la garden party comme lors du « blasteur » « Ardante Psychopathophobie », « Me suivras-tu ? » avec son intro puissante à  la batterie semble exprimer les mêmes influences avec ses nappes de clavier qui n'auraient pas dépareillé sur un album de Dark Tranquillity.

 


On entend aussi du doom par moments dans ce nouvel album comme sur « Âpres  Vagissements » qui rappelle le Paradise Lost de Gothic ou Shades Of God et le début de « Aux portes de la Basilique de Gilles de Rais ». Ce titre est par ailleurs truffé de breaks irrésistibles et ponctué de « Ouh ! » dignes de Tom G. Warrior le rapprochant des idoles Celtic Frost*.

De même, chez Misanthrope, l'épique a toujours eu son importance, « Galatia » avec son  intro acoustique où l'on entend aussi des bruits de bataille derrière, son refrain hurlé rageur  et ses passages pleurés illustre très bien cette tendance. « Vénus Callipyge », quant à elle, est une superbe power ballad digne de « Reine Martyre »  sur laquelle le chant sensuel et émouvant de S.A.S de L'Argillière fait des merveilles. Tandis que  « A X Ω », le titre éponyme, est plus atmosphérique et s'avère, sans être mauvais, un peu en deçà du reste de l'album.



On sent que le travail de composition a été très approfondi sur ΑXΩ, chaque musicien est mis à l'honneur par son talent, notamment la basse de Jean-Jacques Moréac qui brille de  virtuosité sur « La Fabrique du Fataliste » et « Noyade Abyssale » ou part en slap sur « Aux  portes de la Basilique de Gilles de Rais ». Signalons aussi que les soli de guitare sont très soignés et les arrangements au clavier  (exécutés par Jean-Jacques Moréac et Anthony Scemama) sont bien amenés tandis qu'en faisant appel de nouveau aux talents de producteur de Fernando Pereira Lopes, le groupe  s'est doté d'un son à la fois puissant et limpide.

Attardons-nous de même sur l'artwork très kafkaïen de ce dixième disque, une création artistique du graphiste Yohann SilereOmnia d’après des photos réalisées sur des momies  d’araignées inspiré par le titre « Ardente Psychopathophobie » et qui demeure une des pochettes les plus singulières de MisanthropePhilippe Courtois aime déclarer que ΑXΩ (Alpha X Omega : Le Magistère de l'Abnégation)  est l'album le plus abouti de sa carrière, il est en tout cas suffisament majestueux pour  pouvoir lui donner raison. Æternitas quia Misanthrope !


Liste des titres :
1.  « La Fabrique du Fataliste »
2.  « Noyade Abyssale »
3.  « Une Cantilène pour Célimène »
4.  « Melissa & Darvulia »
5.  « Aux portes de la Basilique de Gilles de Rais »
6.  « Ardante Psychopathophobie »
7.  « Vénus Callipyge »
8.  « Me suivras-tu ? »
9.  « Épuration »
10.« Galatia »
11. « A X Ω »
12. « Âpres Vagissements »

*R.I.P Martin E. Ain

 Sortie le 27 octobre 2017 chez Holy Records/EMP
 (disponible aussi en édition mediabook  deluxe)


 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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