Alestorm (+Troldhaugen & Aether Realm) à  l’Elysée Montmartre (21.10.2017)

Passer du Divan du Monde à l’Elysée Montmartre en trois ans, c’est ce qu’on appelle une sacrée progression pour Alestorm ! Les pirates écossais récoltent ce qu’ils ont semé avec une tournée triomphale, dont la France (pour une fois) affiche les plus grosses affluences. 1400 personnes à Toulouse, 1800 à Lyon et de nouveau à Paris, voilà qui est à la mesure du succès grandissant de la bande à Chris Bowes, pourtant loin de prendre la grosse tête.

Aether Realm
 

Pour ouvrir la soirée, les Américains d’Aether Realm prennent d’assaut la grande scène de l’Elysée Montmartre, l’occasion de constater que la salle est absolument splendide et parfaitement adaptée pour regarder un concert sans s’étouffer sous le coude de son voisin. En ce qui concerne le groupe, on navigue dans des eaux connues de tous, celles du death mélodique à la nordique et cela ne semble pas déranger le public présent, déjà réactif.

Les compositions semblent tenir la route mais le son brouillon leur fait perdre énormément de puissance, à commencer par les deux guitares pas toujours audibles dans le mix. Au milieu de tout ça, le frontman Vincent Jones fait très bonne figure avec un charisme certain et un chant plutôt bon, rappelant parfois Niilo Sevänen d’Insomnium. Clairement, le garçon sait s’adresser à une foule chaleureusement et on s’amuse de le voir réclamer plusieurs fois au public des mini cornes du diable ressemblant à s’y méprendre au Fox God, signe de ralliement de Babymetal.

Au fil des titres, on se rend compte que la musique des Américains sait se faire variée en passant d’un power metal à la Sonata Arctica à des breakdowns modernes, résolument metalcore. Malgré leur immobilité, les deux guitaristes sortent des solos plutôt sympathiques à entendre et on ne s’ennuie pas pendant les 40 minutes de concerts.

Sur « King Of Cups », on a le droit à un hilarant featuring de Christopher Bowes dans un costume de bacon, accueilli dans un tonnerre d’acclamations par la foule. Sur ce court passage, le frontman d’Alestorm aura surement volé la vedette à Aether Realm mais qu’importe, le groupe a fait le boulot et sans avoir administré de claque monumentale, tout le monde aura apprécié cette ouverture dans les règles de l’art.

Troldhaugen
 

Si Aether Realm pouvait avoir l’air d’un combo peu original, c’est totalement le contraire qui nous attend avec l’arrivée sur scène de Troldhaugen. Certains spectateurs connaissent déjà les Australiens et observent avec malice la réaction des néophytes lorsque le groupe rentre sur scène, savoureux mélange entre étonnement et hilarité. Tout de suite on est embarqué dans une tornade prenant peu en considération les genres musicaux : on passe du néo metal au prog, en passant par la dubstep et le funk. Chaque note est improbable et il est quasiment impossible de prévoir la tournure que va prendre le titre dix secondes plus tard.

En ce qui concerne le style vestimentaire, le chanteur semble faire un concours avec Chris Bowes pour être le plus ringard en portant une magnifique combinaison moulante et une sacoche banane. Son chant est lui aussi complètement farfelu avec des montées forcées et mal assurées dans les aigus pendant la majeure partie du set. On apprécie davantage ses imitations de Serj Tankian ou son exercice de ventriloquie.

Mais au-delà de l’aspect loufoque, on remarque de très bonnes idées en compositions. Derrière l’éxubérant chanteur, les trois autres membres sont plutôt sobres et font le boulot à coups de gros riffs mélangés à de l’électro évoquant beaucoup Enter Shikari période Common Dreads. En plus de ça, Troldhaugen bénéficie d’un son puissant, faisant claquer la basse et la batterie de manière très efficace et permettant au public d’apprécier pleinement le set. Les premiers slammeurs font leur apparition dans l’hilarité générale et une grande partie de la fosse se prend au jeu de la danse étrange proposée par le groupe.

Mais on ne va pas se mentir, aussi original que puisse être Troldhaugen, l’expérimentation devient un peu fatigante au bout d’une demi-heure. Heureusement, le combo s’éclipse au bout de 35 minutes et nous laisse savourer une performance loufoque mais pas dénuée de qualité intrinsèque. Un peu à l’image de Trollfest, les Australiens forment un ensemble délirant parfaitement à sa place en première partie d’un groupe aussi délirant qu’Alestorm. Un très bon choix d’ouverture en somme.

Alestorm
 

Booba le disait en son temps, « la piraterie n’est jamais finie » et Alestorm partage sans doute ce credo à force de sortir des albums sentant bon les Caraïbes et la flibuste. Venus défendre le petit dernier No Grave But The Sea, les Ecossais sont attendus de pied ferme. La fosse de l’Elysée Montmartre peut s’échauffer en entonnant un chant d’anniversaire à un roadie mais quand les choses sérieuses commencent, c’est l’explosion. Un canard gonflable géant en toile de fond, les pirates écossais débarquent et lancent d’entrée « Keelhauled », l’un de leurs plus grands tubes.

Le son des premiers titres ne restitue pas comme il faut la puissance de feu que l’on connait au groupe en studio. Mais qu’importe, cela va vite se régler et c’est le début d’un joyeux bazar dans la fosse avec des slams qui semblent ne jamais vouloir s’arrêter. Divers objets gonflables passent au-dessus de nos têtes alors que le moshpit démarre de façon assez conviviale et sans violence superflue comme on peut parfois le voir. Sur scène, même si l’attitude est forcément moins spontanée au fil des années de tournées, le groupe est toujours survolté avec bien sûr Christopher Bowes en chef d’orchestre armé de son fidèle keytar. Du haut de son perchoir, Elliot Vernon est bien mis à contribution en début de set avec deux passages en chant saturé sur « Alestorm » et « Magnetic North » et son clavier trouve sa place dans le mix, sans gêner celui de Chris.

On passe du froid glacial de « Magnetic North » à la chaleur de « Mexico » et son refrain mémorisable en quelques secondes. De manière générale, Alestorm a réussi à bien représenter son nouvel album (six titres) sans rien sacrifier à la ribambelle de tubes composant sa discographie. Résultat : tous les classiques sont là à commencer par « The Sunk’n Norwegian », « Shipwrecked » ou encore « Nancy The Tavern Wench » qui fait s’asseoir presque toute la fosse pour une petite séance de rameurs. Moment choisi pour placer le sempiternel « Rumplekombo » composition de … deux secondes.

Ce n’est pas un secret, Alestorm est toujours aussi loufoque sur scène et l’apogée se retrouve sur « Hangover », reprise de Taio Cruz sur laquelle le colosse Beef Guy s’invite pour chanter la partie rappée (et accessoirement enfiler pas mal de bières cul sec). La musique est loin d’être technique et laisse le temps à Gareth Murdock et Maté Bodor de lancer des médiators en masse vers la foule tout en jouant. Les nombreuses invectives hilarantes du frontman à la foule donnent le sourire aux lèvres pendant tout le set et visiblement c’est le cas pour tout le monde.

Même si les titres du nouvel album n’apportent pas grand-chose de nouveau, ils passent assez bien le cap du live avec notamment un « Pegleg Potion » venant lorgner du côté d’Ensiferum. On retrouve toujours les mêmes mots-clés (rum, ship, mead, quest etc…) mais c’est plutôt normal pour une setlist se concentrant sur les chansons à boire. A noter deux exceptions notables à cela, le très bon « 1741 (The Battle of Cartagena) » qui reste l’une des plus puissantes compos écrites par Alestorm mais aussi l’éternel « Captain Morgan’s Revenge » en fin de set. Sur cette dernière, Chris Bowes fait s’ouvrir la fosse en deux jusqu’à la régie mais le public trop impatient lance les hostilités du wall of death trop tôt au gout du frontman. Pas grave, la chanson est recommencée et nous donne la chance de participer à un combat épique avant que le set principal ne se termine.

Pour le rappel, Alestorm ne prend aucun risque en lâchant « Drink » dont chacun connait les paroles par cœur. On enchaîne avec un « Wenches and Mead » un peu particulier puisque la deuxième partie est jouée en version « for dogs », Chris Bowes reproduisant les aboiements au lieu des paroles ! Pour finir, le petit nouveau « Fucked With An Anchor » semble déjà faire office de classique avec un chant à l’accent écossais délibérément mis en avant.

Au final, Alestorm nous aura livré tout ce qu’on attend d’un concert d’Alestorm, ambiance de fête et attitude loufoque au programme sans que le professionnalisme des musiciens soit entaché. Le groupe récolte enfin le public qu’il mérite et leur succès en France est assez incroyable. Assez rare pour un groupe étranger, c’est probablement chez nous qu’ils ont le plus de succès ! On peut donc compter sur les Ecossais pour revenir nous voir souvent en espérant que la recette ne finira pas par sentir le réchauffé.

Setlist:
Keelhauled
Alestorm
Magnetic North
Mexico
That Famous Ol' Spiced
The Sunk'n Norwegian
No Grave But The Sea
Nancy the Tavern Wench
Rumpelkombo
1741 (The Battle of Cartagena)
Hangover
Pegleg Potion
Bar ünd Imbiss
Captain Morgan's Revenge
Shipwrecked

Drink
Wenches & Mead
Fucked with an Anchor

Photographies : © Nidhal Marzouk 2017
Toute reproduction interdite sans autorisation du photographe

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