Tyrant Fest 2ème édition (part. 2) – 12/11/2017

 


Tyrant Fest, le festival des arts noirs - deuxième journée

Il est onze heures, Oignies s’éveille...Enfin presque, car le dimanche matin, il est assez difficile de trouver de l’activité et notamment par exemple un petit restaurant sympathique pour attendre tranquillement la réouverture du Métaphone. Que cela ne tienne, un petit repas improvisé grâce à un supermarché fera également très bien l’affaire ! Ceci dit, avec la pluie qui tombe, je regrette un peu de n’être pas retourné sur Lille, mais tant pis.

Et puis, l’Annex réouvre à 14h00. Le temps de reprendre ses marques, et voilà déjà l’heure de la projection de Bleu, Blanc, Satan, un très intéressant documentaire sur le black metal en France, que je vous recommande en passant de voir si vous en avez l’occasion.
 


Les choses sérieuses, musicalement parlant, commencent à 16h au Métaphone, avec les excellents The Order of Apollyon. En attendant, on peut comme la veille, faire un petit tour parmi les exposants...


Certains en profiteront aussi pour se faire tailler la barbe...

 

The Order of Apollyon


Groupe français pratiquant un subtil mélange entre le black et le death metal, la formation assène ses titres à grands coups de marteau. Il faut dire que des morceaux comme « Hatred over Will », « Hold Not Thy Peace, O God Of My Praise », deux des points forts du dernier album The Sword and the Dagger ou « Trident of Flesh », figurant sur le split réalisé récemment avec Temple of Baal, présentent à la fois une certaine efficacité dans la violence, mais démontrent aussi une certaine recherche mélodique, même si celle-ci n’est pas la valeur mise en avant par le groupe.


La voix gutturale de B.S.T., le talentueux multi-instrumentaliste de feu Aosoth, s’harmonise très bien avec le côté obscur de la musique. La section à cordes formée par S.R. et A.K. occupe bien le devant de la scène et en résumer, on peut dire que le groupe gère bien ce show !

Le set dure une grosse demi-heure, ce qui laisse le temps, comme la veille, de prendre une petite boisson au bar avant le prochain concert.


 

Deluge


Changement d’ambiance à 17h15, la salle est plongée dans les ténèbres. Le groupe peaufine longuement ses réglages et monte sur scène dans une sombre lumière bleutée et commence son set comme d’habitude en tournant le dos au public.

Quelques lumières aveuglantes et à contre-jour plus tard, la douce ambiance planante des débuts disparait bien vite dans la frénésie qui anime parfois la musique de Deluge.


Maxime parvient à garder sa fougue sans se casser la voix. Il est vrai que le chant est une longue plainte avec des cris de rage presque permanents. L’œuvre sonore du groupe porte bien son nom, puisque la musique se calme, approche, avant de se déverser massivement tel un déluge.


 

Bliss of Flesh


Si d’apparence le groupe pourrait être confondu avec une formation exerçant dans le style pagan/folk, il n’en est rien. La formation propose un black/death metal laissant la part belle aux mélodies. Les chœurs et la musique de l’introduction laissent vite place à une grosse rythmique et aux bracelets à clous.


Ce concert est pour moi un mystère. En effet, bien que la prestation soit très correcte, l'ambiance n'y est pas. Certes, nous sommes là devant le groupe jouant ce dimanche qui est le plus proche d’un black metal « classique », même si Necurat alterne le growl avec des voix parfois plus claires. Quoiqu’il en soit, les spectateurs semblent rester, dans leur majorité, de marbre face au show. D’ailleurs, la salle n’est pas très remplie. Bien sûr, entre Deluge et Regarde les hommes tomber, on pouvait s’attendre à ce que le public ne soit pas tout à fait le même.

Les premiers rangs ont bien compris l’intérêt de Bliss of Flesh, mais ce n’est visiblement pas le cas du reste de la salle.


Certes, on pourrait reprocher une certaine rigueur dans la musique, avec des structures quelque peu répétitives, mais néanmoins je pense surtout que l’horaire ne convenait pas au public. J’espère pouvoir les revoir en soirée, car comme le dit, certes sur le ton de l’humour Necurat à la fin du concert : « vous avez été un putain de public d’enculés, merci !!! ».

 

Regarde les hommes tomber


Un des groupes phares des Acteurs de l’Ombre, Regarde les Hommes Tomber est aussi l’un des premiers groupes qui a proposé un post black metal devenu une référence française. Comme ses comparses, le groupe aime jouer dans la pénombre avec à l’occasion de violents contre-jours aveuglants. Ici la musique est plus lente, plus lourde. La chute de l’homme colle bien à cette ambiance.


Dans la recherche de la noirceur, le groupe va encore plus loin, jusqu’à plonger parfois entièrement la salle dans l’obscurité, avec seuls quelques lueurs électroniques dues aux amplis. Le chanteur, ou hurleur devrai-je plutôt dire, Thomas contribue à différencier RLHT des influences post hardcore en vigueur dans le style. Ses growls d’outre-tombe ne sont pas pour me déplaire et accompagnent à merveilles les roulements de tambours, les soli lancinants et les riffs qu’un troupeau de mammouths confondrait aisément avec sa cavalcade.


Il est clair que le frontman vit ce concert d’une manière très intense, jusqu’à la fin, où il finit à genoux. Le trio de cordes fait son travail, de manière irréprochable, et même cérémonieusement pendant que l’ombre du batteur s’agite souvent frénétiquement.

La réputation de RLHT n’est certes pas usurpée et ils auraient sans doute mérité d’être la tête d’affiche de cette soirée, tant ils collent parfaitement à l’essence de ce festival noir.

 

Batushka 


Voilà donc le groupe polonais qui fait sensation depuis quelques temps déjà, et qui se propage à travers internet et aussi les scènes européennes telle une traînée de poudre enflammée. J’avoue avoir été agréablement surpris par leur arrivée, certes tardive, sur l’affiche du festival. Enfin allai-je pouvoir me faire un avis de visu !

Je n’ai pas pu rater Litourgyia, que les réseaux sociaux relaient avec une certaine intensité. Il y a des passages intéressants d’ailleurs sur cet unique album. Mais rien ne vaut l’épreuve du live ! Batushka me semble être l’adaptation du concept de Ghost en version black metal symphonique. Tout y est, en version orthodoxe avec clergé encapuchonné et identités « secrètes » des membres du groupe.

Lorsque le chanteur, encore sans déguisement, met en place le decorum sur la scène, on se sent dans une église, avec l’odeur du pipi de chat en plus. En effet, je pense que le tapis sur lequel était posé un porte-cierges sur la droite de la scène a reçu la visite d’un charmant félin. Cette odeur va donc accompagner les spectateurs de cette zone du premier rang. En passant, il semblait y avoir aussi des puces, pour ajouter un peu d’authenticité, si j’en juge du témoignage argumenté d’une demoiselle s’étant fait piquer pendant le concert, pour avoir été trop près du tapis maudit.

Mais passons au-delà de cette anecdote, et revenons à la musique. La première chose qui me frappe, c’est l’absence de retours sur scène, pour laisser place aux accessoires sans doute. Mais il me semble tout de même que cela complique le rôle des musiciens. Les mauvaises langues diront que vu la musique somme toute assez simpliste proposée, cela ne les empêchera pas de jouer.


Le déroulement du concert est assez schématique. L’officiant central alterne voix grave, repris par les chœurs à gauche de la scène, et screams black metal, tout en faisant des mouvements lents et cérémonieux. A l’occasion, il va chercher un accessoire, que ce soit un crâne, du sel qu’il égrène sur la scène, un encensoir ou une peinture dépeignant une figure religieuse, toujours avec des pas lents et des gestes mesurés.

J’avoue avoir apprécié le moment où il agitait l’encensoir, ne serait-ce que parce que cela couvrait quelque peu l’odeur d’urine de chat…


Les morceaux s’enchaînent, doucement, cérémonieusement, et l’impression que la batterie a vraiment un son de piètre qualité revient régulièrement, au point où cela doit être vrai.

Pour citer quelques points plus positifs, il est vrai que les costumes et le decorum mettent une certaine ambiance. Le show manque cependant totalement d’énergie. Fort heureusement, il y a un titre de Litourgiya qui est remarquable, à savoir "Yekteniya 1", car bien qu’aussi simpliste que le reste de leur œuvre, il y a une petite mélodie bien sympathique, du genre à rester en mémoire. Cela peut évidemment suffire à contenter un certain public.

En ce qui me concerne, j’en ai surtout retenu un arrière-goût de pipi, qui est venu gâcher un beau tapis sonore, ceci au sens propre qu'au sens figuré.

Je reste néanmoins curieux de voir si un futur deuxième album permettrait au concept de durer...


Après 50 minutes de show, le concert s’achève déjà, ou enfin, selon les goûts de chacun. Il n’est que 22h25, mais le temps de sortir tranquillement, cela permet de se rappeler que le lendemain, c’est un lundi qui arrive.

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Le Tyrant Fest a donc sans conteste réussi à se faire un nom et a mérité le qualificatif de « festival noir ». Il a su se donner une identité musicale basée sur la scène post black metal, avec néanmoins une ouverture sur d’autres styles, tout en proposant des activités culturelles de qualité. L’Annex, avec ses stands, ses expositions et ses projections et conférence est une alternative intéressante à l’habituelle attente du prochain concert, avec comme seule possibilité de rester au bar. D’autant plus que l’un n’empêche pas l’autre…

 


La salle du Métaphone est par ailleurs un excellent choix, car elle est bien agencée, suffisamment spacieuse et avec un son fort correct. La présence de stands de nourriture de qualité et de bières à des prix raisonnables fait également parti de ces petits détails qui comptent.

Au final, le seul reproche que j’aurai à formuler, c’est qu’il manquait un concert de plus, afin de terminer le samedi soir moins tôt. Quoiqu’il en soit, souhaitons une longue vie au Tyrant Fest, et vivement l’année prochaine !
 

Thomas Orlanth

Photos:
(c)Thomas Orlanth
Galeries complètes: https://www.thomasorlanth.com
/ https://www.facebook.com/Thomas-Orlanth-Live-Photography-499851383425205/

Toute reproduction interdite sans l'accord écrit du photographe. 

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