Nile – At the Gate of Sethu

Nile

At the Gates of Sethu

« Aux portes des ténèbres »

Nile a su s’imposer comme un des plus grands noms de Death Brutal/Technique avec un son reconnaissable entre mille, une thématique axée sur l’Egypte ancienne, et sa discographie impose le plus grand respect à l’instar des albums comme Amongst the Catacombs of Nephren-Ka qui est une véritable boucherie et un Annihilation of the Wicked, pinacle d’un art ultime, le «baba au rhum » de tout « brutalleux », savant dosage de technique/brutalité/« poing dans ta gueule » comme jamais et qui vous fait saliver rien qu’à entendre ce nom. Ayant suivi le groupe depuis des années, ayant découvert que Amongst the Catacombs of Nephren-Ka s’écoute encore mieux sur cassette dans les catacombes parisiennes grâce à un fou furieux armé seulement d’une radio qui passait l’intégralité de ses vacances scolaires là-dessous… le groupe est de ceux qui reviennent le plus souvent dans mes platines parce que Dieu que c’est bon ! Chaque album (ou presque) est une épopée à travers des sonorités sublimes, une maîtrise des rythmes, tantôt haletants, tantôt langoureux, des solis d’une précision rare et surtout une utilisation des cuivres que je trouve tout simplement jouissive. Il ne faut pas se refuser le plaisir d’acquérir donc une grosse partie de leur discographie les yeux fermés, car même le précédent opus, Those whom the Gods Detest mérite un p’tit détour. Il faut également, du coup, placer la barre très haut pour parler du nouvel opus puisque c’est ce à quoi nos oreilles sont habituées.

Les fans savent que Nile évolue peu au fil des albums et garde toujours une grande précision dans les compositions parce qu’ici son objectif est de nous faire longuement (47:51 minutes sans compter les deux titres instrumentaux) naviguer sur un «Nil» de désolation, de noirceur, jusqu’aux portes des ténèbres, At the Gates of Sethu. Avec ce sixième album on sait donc parfaitement à quoi s’attendre et tout l’album est la quintessence de l’esprit de Nile.

La structure globale de l’album comblera tout auditeur car At the Gates of Sethu est un voyage à travers des titres bien structurés et organisés, avec quelques plages de relaxation par-ci par-là, comme un interlude de 1:24 minutes de voix gutturales, de musique arabisante et de cris d’agonie qui vous feront comprendre que vous pénétrez en territoire hostile. Un peu plus loin dans les contrées ennemies, vous vous heurterez à un petit passage « Ethno-Musicological Cannibalisms » qui porte bien son nom !

J’en profite de suite pour saluer les prises de risque et les nombreuses références instrumentales au thème Egyptien. Les samples utilisés sont nombreux, se fondent parfaitement dans la musique et donnent, une fois de plus, une dimension extraordinairement grandiose à l’album. Ils vont de l’incrustation de fond sonore d’ambiances diverses à l’utilisation de voix d’opéra sur le sublime « The Chaining of the Iniquitous » en passant par des cris de sauvages affamés et autres bruitages. Aussi, sur le titre « Tribunal of the Dead » le groupe s’est risqué à déformer le son des guitares pour donner un aspect arabisant au morceau, pour un résultat absolument réussi.

D’un point de vue écriture tout d’abord l’on ne peut pas dire que le nouveau Nile soit bâclé, mais juste bien recyclé. Variables de par leur durée, les compositions sont toujours d’une remarquable complexité, avec certains titres qui sortent vraiment du lot, comme « The Fiends who come to Steal the Magick of the Deceased » pour n’en citer qu’un. Vous serez souvent plongés dans un état de transe rien qu’à l’écoute du jeu de batterie, de ses contre-temps hallucinants et de ses blasts fiévreux comme sur le titre précité. La technique est toujours prédominante, autant pour les solis que pour les riffs de guitares, mais le groupe réaffirme une fois de plus qu’il gère à la perfection les changements de rythmes, du blast pur au doom (« The Gods who Light… »). Quant aux solis de guitare, celui de « When My Wrath is Gone » est une belle réussite et « Enduring The Eternal Molestation of Flame » une prouesse, et il arrive que le combo produise encore des riffs accrocheurs comme celui qui mène le titre « The Gods Who Light Up the Sky At the Gate of Sethu » avec ses accélérations hallucinantes. S’il est vrai que quelques titres sortent des rangs, d’autres sont passablement ennuyeux, comme « Tribunal of the Dead » voire « Supreme Humanism of Megalomania » malgré sa musicalité plus poussée au niveau des riffs.

 

Cependant, la recette commence à s’épuiser et le rouleau compresseur manque cruellement de relief malgré les changements de rythmes proposés. Non seulement à aucun moment de l’album l’on ne saute véritablement de son siège surpris par un groove entraînant, ni l’on est bouleversé par une musicalité accrue, à l’exception peut-être de la toute fin de l’album avec des chants lyriques sur le titre « The Chaining of the Iniquitous ». Autant les changements de rythme ne donnent pas assez de puissance, autant certaines longueurs blastées et techniques donnent l’impression d’être pris dans un long fil barbelé emmêlé à mort. 

At the Gates of Sethu est la continuité de son prédécesseur Those Whom the Gods Detest mais on est loin des tueries qu’étaient Annihilation of the Wicked, In their Darkened Shrines ou même le très « roots » Amongst the Catacombs of Nephren-Ka avec lequel Nile avait commencé sa carrière. On n’est plus à la vieille école, le passé est révolu, autant en terme musical que de production/mixage.

En termes de mixage, s’il est vrai que le rouleau compresseur offert par Nile est assez difficile à manoeuvrer, ici on prive l’album de ses reliefs. Les guitares rythmiques sont mises en avant ainsi que la voix, laissant une petite place à la basse et à la batterie. Bien sûr les cuivres sont bien audibles et par moments permettent d’atteindre un certain trip, mais les blasts sonnent comme plus comme un caniche qu’une bombe. D’où un sentiment de survoler l’ensemble sans pouvoir s’accrocher aux rythmes. Dès le premier titre cela est flagrant à partir de 1:30 minutes où l’accélération souffre du mixage et en s’approchant de la seconde minute, le soudain ralentissement n’a pas assez d’intensité pour nous faire headbanguer.

Ainsi, le voyage sur le Nile a un arrière-goût de low-cost. On reconnaît bien le style du groupe et certains fans pourront trouver que l’achat de At the Gates of Sethu se doit encore d’être fait. En ce qui me concerne je recommande la prudence avant l’acquisition de cet opus où les recettes du succès s’épuisent quelque peu et je souhaite à l’avenir entendre de nouveau un Nile en puissance, un Nile pharaonique !

 

Katarz

 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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