Batushka (+ Schammasch + Trepaneringsritualen), Petit Bain (15.01.18)

 


C’est avec une date affichant complète que le programme sombre du jour va se dérouler. Au programme ; les très attendus Polonais de Batushka, les plus que talentueux Suisses de Schammasch et de Trepaneringsritualen en provenance de Suède. Le complexe flottant Petit Bain était prêt pour en prendre plein les oreilles.

 


Trepaneringsritualen
 

On voit que la salle n’est pas encore remplie lorsque Trepaneringsritualen monte sur scène. Et autant dire que l’on a pas affaire au meilleur avant-goût de l’histoire. Le black expérimental présenté par Th.oth XIX ne prend pas. L’homme, seul, est debout, visage caché, avant de le découvrir en retirant ce qui le protégeait. La pointe électronique rend sa voix lointaine et le but recherché n’est pas atteint. L’atmosphère n’est pas planante, l’instrumentale qui l’accompagne laisse à désirer.
 


Pour une affiche de cette trempe, une première partie attrayante aurait fait de ce concert une réussite totale. Si certains morceaux sont plus énergiques et entrainants, il n’en demeure que le temps nous semble long et que notre impatience ne fait qu’augmenter, sachant ce qui nous attend ensuite, c’est-à-dire Schammasch.
 

Schammasch


Les Suisses, bien qu’en deuxième position sur l’affiche, vont bénéficier d’un temps de jeu plus long que les autres. Pendant cinquante minutes, Schammasch va pouvoir nous distiller son black, qui fonctionne aussi bien en studio qu’en live. Après un passage très marqué en première partie de Rotting Christ et d’Inquisition en novembre 2016, le statut du groupe a quelque peu changé. Il a pris quelques galons et n’est plus inconnu au bataillon.
 


Dotés d’un EP remarquable, The Maldoror Chants: Hermaphrodite, les natifs de Bâle ont décidé de concentrer la majorité de leur setlist sur leur dernière sortie. Et c’est dans son intégralité que l’EP sera joué. L’entrée très atmosphérique et ambiante de The Maldoror Chants: Hermaphrodite se ressent également en live. Schammasch arrive à retransmettre les émotions procurées à l’écoute de l’EP, à travers une ambiance unique.

Les musiciens bénéficient d’un son impeccable leur permettant de s’exprimer, tout comme le chanteur charismatique du groupe. Chris S.R montre qu’il en a sous le capot, démontrant d’une large tessiture vocale sensible et touchante, maîtrisant aussi bien son chant clair que crié, montrant ainsi l’amélioration notable de sa voix.
 


Contrastant avec les deux premières chansons, « Along the Road That Leads to Bedlam » est bien plus brutal, avec une batterie violente, un chant guerrier et puissant. Schammasch ne se cloisonne pas qu’à un genre et montre que le black n’a pas de limite, poussant l’avant-gardisme dans des contrées peu explorées mais restants lucides, cohérentes et magistralement orchestrées.

Pour beaucoup encore ce soir, Schammasch est l’une des révélations du milieu black de ces dernières années, tant le groupe a su constamment se renouveler, présenter des compositions différentes, ambitieuses et réussies. « Consensus », « Golden Light » et « Metanoia », qui conclut le set des Helvètes, viennent confirmer cela.
 


 

Batushka


Une longue pause est accordée aux Polonais, afin de préparer au mieux la scène pour tous les éléments du décor incorporés par le groupe. Quarante minutes après, les membres de Batushka montent sur scène, sous fond de lumière orangée et d’encens dominant (comme ce fut le cas durant toute la soirée). Batushka était le groupe le plus attendu de la soirée, aucun doute là-dessus. Bon nombre de personnes arboraient fièrement des tee-shirts à l’effigie de la tête d’affiche, le merch ayant toujours vu la foule se précipiter vers lui.
 


On sait d’avance la setlist jouée ce soir par Batushka, étant donné que le groupe a vu sa notoriété grimper comme une flèche à la sortie de leur album Litourgiya en 2015. Etant leur unique opus, c’est donc dans son intégralité qu’il sera interprété. Sans surprise, les morceaux sont globalement repris par le public qui crie en même temps que le chanteur ХриÑтофор. Le black orthodoxe de Batushka est parfaitement ressenti, tant l’atmosphère ecclésiastique est palpable.
 


L’ambiance, néanmoins, est tout de même un peu différente de ce qu’on pourrait s’attendre dans un concert de ce type, la foule tapant des mains sur « Ð•ÐºÑ‚ÐµÐ½Ð¸Ñ III: ПремудроÑÑ‚ÑŒ » ou scandant des phases beaufs typiques. Mais qu’importe, le groupe continue à s’exécuter et a asséner un black puissant, entre un scream qui ne lésine pas sur la portée et une batterie qui tambourine sévère. Les riffs sont bien ficelés, l’atmosphère du groupe se retrouve en live au travers des petites touches existantes sur CD comme la cloche qui sonne en introduction de « Ð•ÐºÑ‚ÐµÐ½Ð¸Ñ III: ПремудроÑÑ‚ÑŒ ».
 


Le succès du groupe est compréhensible, mais on aimerait que Batushka confirme en sortant un nouvel opus. Car quarante minutes de concert reste trop court, et les morceaux s’essoufflent vers la fin, malgré un apothéose magistral avec « Ð•ÐºÑ‚ÐµÐ½Ð¸Ñ VIII: СпаÑение ». Les Polonais ont le potentiel pour offrir un opus de qualité, différent mais gardant les mêmes bases qu’ils ont montrés sur leur premier album.
 


La venue de Batushka en France était un événement immanquable, et les Polonais n’ont pas fait de sans faute. Malgré un set court, mais compréhensible par le manque de bagages derrière eux, la formation polonaise a su faire plaisir à son public en livrant une prestation juste. Nul doute que la foule aura passé une superbe soirée en compagnie de Batushka et de Schammasch.
 


 

Photos : Arnaud Dionisio / © 2018
Toute reproduction interdite sans autorisation du photographe.



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