Angra – Omni

Un voyage avec Angra, c’est l’assurance que quel que soit ce qui est proposé, que ce soit de bon goût ou totalement surfait, le tout sera totalement épique. Et il n’est pas question qu’Omni échappe à la règle.

Les aficionados des Brésiliens ne le savent que trop bien, les changements de line-up incessants ont toujours fait partie de la vie d’Angra, particulièrement en ce qui concerne leur chanteur, chose assez irrégulière. En règle générale, ce dernier est souvent celui qui perdure au sein des formations, quitte à rester le dernier membre de groupes totalement recomposés, tant il représente aux yeux des fans l’image de l’équipée musicale. Dans le cas d’Angra, le groupe a constamment récupéré les réfractaires, changeant d’identité avec brio chaque fois qu’un nouveau vocaliste aborde l’aventure. Et les nostalgiques d’Andre Matos ou d’Eduardo Falaschi n’ont qu’à bien se tenir tant Angra évolue, distille et recherche ses nouvelles influences, souvent avec brio.

Quelle ne fut pas alors la surprise lorsqu’il fut annoncé que c’était Fabio Lione, l’adoré de Rhapsody, qui rejoignait la formation au poste charnier. On avait alors apprécié, sans en être transcendé, un Secret Garden qui changeait une fois encore les sonorités du groupe. Les doutes furent alors dissipés quant à la légitimité d’existence d’Angra, mais sont revenus en force suite au départ – non acté mais pourtant réel – de Kiko Loureiro, trop occupé avec Megadeth pour se mêler à la danse. C’est donc après une tournée salvatrice remettant la nouvelle refonte d’Angra dans tous les esprits, que le groupe propose Omni, que l’on espère plus homogène que son prédécesseur.
 

power metal, sympho, album, Rafael Bittencourt


Pour l’occasion, Angra a sorti l’artillerie lourde. « Light Of Transcendence » tente le tout pour le tout, celui qui peut à la fois entraîner l’auditeur vers des contrées épiques dont il ne se remet pas, ou enfermer le groupe dans le kitsch absolu tant il exagère ses fioritures. Et en l’occurrence, avec ce côté too much totalement assumé, ça fonctionne. Au-delà du power metal mélodique qui fait leur renommée, Angra s’aventure vers le symphonique, en témoignent des passages où l’instrumentation fait taire tous les éléments metal – on pense immédiatement à Angels Cry, qui s’amusait déjà à envoyer du Schubert, Paganini ou du Vivaldi au beau milieu de ses morceaux-, où des choeurs surplombent le titre, comme sur « Insania », qui aurait été plus judicieux comme morceau de présentation qu’un « War Horns » certes efficace mais bien plus classique.

Et ces nappes de clavier omniprésentes qui multiplient des arrangements riches et jusqu’au-boutistes ne s’arrêtent jamais. Les morceaux sont travaillés sur leur moindre note, et laissent toujours une forte impression. Dans des titres plus classiques comme « War Horns », cité plus haut, il y a toujours un passage instrumental qui nous emporte. Ce sont d’ailleurs ces derniers, généreux dans leur approche, qui font le sel d’Omni. On est ravi de voir que tout à été travaillé en faveur de Fabio Lione, incroyable de bout en bout, mais certains refrains rentrent moins en tête de par un côté justement trop sage dans des compositions qui jouent la surenchère. Et c’est là que des ponts instrumentaux, des solos de guitare inspirés – on regrette le style de Loureiro, mais la construction mélodique reste fameuse – parviennent à emporter.

Rafael Bittencourt, désormais compositeur quasi-unique de la formation, n’hésite donc pas à épuiser ses camarades, avec des rythmiques alambiquées jouant sur les changements de tempos et de tonas, incluant ainsi les titres dans une construction en différentes parties. Du power metal lorgnant vers la composition prog, une patte complexe qu’Angra a réussi à maintenir au fil de sa carrière. Toujours plus riche, on retrouve les percussions brésiliennes mises en avant sur « Caveman », accompagnées de choeurs typés effleurant la world music, et montrant une fois de plus la diversité des influences et l’ambition d’un groupe qui cherche toujours à pousser son concept plus loin. Un concept, c’est là que se situe Omni, partant vers la boucle hypnotique.

Ceux qui ont espéré un retour aux sources sont servis sur un plateau. Mais comme on peut le voir, le côté « fourre-tout » peut aussi mener à l’indigestion. Angra reste une expérience à tenter, qui plaira autant qu’elle rebutera les amateurs de sonorités plus directes, mais tout le monde saluera l’effort d’un groupe loin d’être mort ou en manque d’inspiration. 

Sorti le 16 février chez earMUSIC

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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