Renaud Hantson, chanteur de Satan Jokers


A l’occasion de la sortie de Symphönïk Kömmandöh, Renaud Hantson a pris le temps de répondre à nos interrogations sur ce nouveau disque de Satan Jokers, un best-of pour le moins original où les grands standards du groupe sont retravaillés en version symphonique. 

– Bonjour et merci de répondre à nos questions ! Comment avez-vous choisi les morceaux qui allaient figurer sur Symphönïk Kömmandöh ?

Renaud Hantson : Nous avons décidé de prendre surtout ce que l’on peut considérer aujourd’hui comme les “incontournables” de la première version de Satan Jokers associés aux titres plus récents pour qui une version symphonique apporterait vraiment quelque chose, en accord avec Florent Gauthier et les membres du groupe. Florent, qui a été très fan du groupe depuis ses débuts, m’avait apporté une liste de titres très proche de la sélection finale lors de notre deuxième rencontre.

– Quand et comment vous est venue l’idée de sortir un tel disque ? Avez-vous été influencé par le travail d’autres groupes dans cet exercice ?

Non pas du tout, l’album est en premier lieu la rencontre après un concert à Aix-en-Provence en janvier 2016 avec Florent Gauthier, musicien et professeur au Conservatoire, ayant la double culture du Rock et du Classique. Florent s’est présenté avec le même second degré et cynisme que moi en affirmant être « l’idée brillante que j’attendais pour ne pas mettre un terme à Satan Jokers« . Je me suis reconnu dans cette attitude et ai tout de suite embarqué sur le projet puisque c’est la première fois qu’un groupe de metal francophone osait la rencontre impensable, improbable et tendancieuse entre deux univers aussi opposés que le rock et le classique. J’aime bien l’idée que Satan Jokers fasse certaines choses avant d’autres “collègues” du circuit !

– Pensez-vous que certains de vos titres ne colleraient pas en version symphonique ?

Disons que je doute en réalité que le mélange classique et rock soit réellement possible à réaliser, c’est un peu un mariage contre nature, certaines fréquences se bouffent et c’est difficile d’éviter d’avoir un mixage chargé vu le nombre d’instruments en présence. Je ne voulais pas quelque chose de confus pour l’auditeur. J’avais véritablement envie que cela soit une valeur ajoutée pour les chansons et pas simplement une lubie de musicien. Je pense que nous avons fait le meilleur album possible dans les conditions qui étaient les nôtres.

– Pouvez-vous nous parler des personnes qui ont travaillé avec vous pour la mise en son du disque, et principalement sur l’intégration des orchestrations aux chansons ?

Mon ingénieur du son Anthony Arconte a réussi, par son talent, à faire passer l’essentiel des informations sur les titres, même si avec Satan Jokers, qui reste plutôt un groupe « bavard » et complexe techniquement en général, et l’orchestre symphonique dirigé par Florent Gauthier, la tâche n’en était que plus difficile car il y a énormément d’informations sonores. Ma rencontre avec Florent Gauthier a ce côté irréel qui aboutit à un projet dingue, le genre d’album qu’on ne fait qu’une fois dans une vie !

– Cette nouvelle dimension symphonique favorise le sentiment d’urgence de certains titres, je pense par exemple à « Ma Vie Sans », et pourraient prendre encore plus d’ampleur en live. Certains de ces morceaux ré-arrangés vont-ils prendre vie sur scène ?

Nous avons déjà joué une partie des titres sur scène au dernier Satan’s Fest grâce à des mixages isolés de l’orchestre. Nous souhaiterions réitérer l’expérience car cela est vraiment intéressant, quant à savoir si nous pourrons réunir 40 musiciens classiques sur une même scène avec nous, rien n’est moins sûr malheureusement…

– L’enregistrement d’un tel disque nécessite-t-il autant de travail que pour un « véritable » album studio ?

L’enregistrement des parties symphoniques s’est fait dans le Sud de la France sous la direction de Florent qui a fourni un travail incroyable de relecture des titres et c’est cela qui m’intéressait avec un tel projet. A force de jouer certains titres, on s’habitue un peu. Je lui ai laissé une totale liberté. Un boulot de passionné tel que celui de Florent est un cadeau dont je ne pouvais pas me passer. Nous avons tous réenregistré nos parties musicales et pour ma part il n’y a que cinq titres que je n’ai pas refait vocalement car je n’aurais pas obtenu mieux que ce que j’avais enregistré sur les albums d’origine. J’ai un peu la sensation d’avoir été légèrement extérieur jusqu’à mes enregistrements de voix et de ne m’être investi qu’au moment des options de mixages. Mais c’est un « véritable album studio » que vous avez dans les mains, sous la forme d’un Best Of assez ultime.

– Cela fait bientôt dix ans que Satan Jokers est revenu sur le devant de la scène. Avec maintenant du recul, quel regard portez-vous sur ce que vous avez fait pendant cette période, votre état d’esprit, notamment par rapport aux années 80 ?

À cette époque, nous étions de jeunes musiciens qui cherchaient à faire de la musique avec toute la naïveté et l’arrogance de notre âge. Nous ne savions pas ce qu’il adviendrait par la suite de nos rêves et de nos envies, avec Laurent Bernat (RIP), le bassiste avec qui j’ai monté Satan Jokers, nous étions fermement décidés à faire évoluer certains codes établis dans le hard rock et c’est ce mélange de divers styles qui a fait dire à quelques journalistes que nous avons inventé la fusion metal… Je trouve aujourd’hui que certains titres de l’époque sont vraiment bons et qu’ils passent parfaitement en live encore maintenant. J’ai par ailleurs l’intention de fêter l’anniversaire des 35 ans de la sortie de l’album Les Fils du Metal au prochain Satan’s Fest en janvier 2019.

– Quel est votre avis sur l’état actuel du metal français, et des nouveaux groupes qui composent la scène ?

Je me sens un peu comme un “Parrain du Metal”, façon Don Corléone immortalisé par Marlon Brando ! (rires) Lorsque j’organise le Satan’s Fest, les groupes qui y participent viennent souvent me demander un avis sur leur musique et c’est toujours un plaisir de pouvoir les aider et les conseiller. Je trouve bien que certains se battent pour que le metal français ne meure pas même si j’ai parfois la sensation que tout a été fait en matière de musique rock depuis les années 70.

– Merci pour vos réponses ! Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Long live Rock n’ roll !



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