Dust Bolt – Violent Demolition

Au début, je comptais faire une blague pourrie pour gagner du temps et meubler un peu l'introduction. Mais n'est pas Ju de Melon qui veut (pas taper), j'en trouve pas. Et c'est finalement en tombant sur un clip de Babymetal que l'idée est venue : on parlera de thrash. Le rapport entre tout ça ? Aucun, bien évidemment. Enfin si car aujourd'hui on va bien évoquer un groupe de thrash metal (et puis, j'ai réussi à parler de Babymetal dans une chronique, magnifique non ?). En ce moment, le style entame une période revival assez intéressante, car même si le genre est en panne de renouvellement, on retrouve des jeunes formations hautement prometteuses et qui livrent des brûlots tout à fait honorables. La relève sur les grands est-elle assurée ? Entre Vindicator ou Mortillery par exemple, il semblerait que les plus jeunes ont, eux aussi, leur mot à dire. Mais parfois, il y en a qui eux, sont plus que moyen, pour rester poli (non, ne comptez pas sur moi pour citer des noms). Et puis, le genre est si peuplé qu'il est difficile de se faire une place. Commencer sa carrière dans un milieu bouché est donc un pari souvent plutôt osé quand les ambitions sont plus importantes que la scène locale.

Mais la chance est parfois bonne compagne. Ou le talent. Et la signature sur Napalm Records du combo allemand qu'est Dust Bolt relève ainsi de l'un ou de l'autre. Et pourquoi pas des deux ? Notre formation d'outre-Rhin, elle, n'a qu'une envie : faire du thrash. Il serait osé de dire que l'Allemagne n'est pas une terre propice à la naissance de ce genre, un terreau fertile, qui doit bien faire pousser quelques fruits délicieux. Et peut-être que celui-ci l'est aussi, ne sait-on jamais. Si un aussi gros label décide de croire en eux après un seul EP, serait-ce pour une raison particulière ? Audace, apport à un genre qui tend à se répéter ? Coup marketing ? Après nous avoir envoyé les talentueux canadiens de Mortillery, le label autrichien répète la prophétie et propose une fois de plus une offrande de fort bon goût avec leur tout premier brûlot : Violent Demolition.

Ceci dit, oubliez un semblant de signe d'originalité. Si c'est ce que vous cherchez à l'intérieur de ce brûlot, vous risquez d'être plutôt déçus par la musique délivrée ici présent. Le quatuor bavarois n'a qu'un objectif, assez ambitieux bien que commun à moult confrères : délivrer une musique de qualité, respectant les codes du genre. Pas question de bouger les règles établies, simplement de perpétrer un style de revival thrash assez à la mode, tout en démontrant également qu'ils peuvent sortir du lot. Cette tentative à un prix, à savoir le risque d'être catégorisé d'inintéressant par une horde d'élitistes, qui ne poseront qu'une oreille distraite sur la galette. Et ils auraient torts, car ce que nous propose Dust Bolt est plutôt alléchant. Bien sûr, nous restons dans les carcans même du style, et l'influence notable de Kreator se décèle ici et là, mais tout y est exécuté avec brio, talent et passion réelle.

Évidemment, qui dit codes dit aspects que nous retrouverons un peu partout, et pas que chez eux. Leur musique est basée essentiellement sur le jeu précis et bien amené d'une guitare virtuose, qui délivre une partition bien rodée et agréable du début à la fin (avec une mention spéciale pour un solo vraiment réussi sur l'excellente « Pleasure on Illusion »). Elle est véritablement ce qui aide le quatuor à être précis, et à garder un soupçon d'authenticité judicieux pour attiser la sympathie auprès des amateurs du genre. Lignes diversifiées qui amènent à des morceaux marquants, une inspiration considérable pour des titres puissants et inventifs, force est de constater qu'ils sortent la tête de l'eau et, plus encore, nous offrent un souffre d'air frais dans cette vague de revival thrash qui voit trop souvent la naissance de clones insipides. L'auditeur sera agréablement surpris par des passages instrumentaux qui semblent totalement naturels, aucune partie n'étant gâchée à combler les minutes pour masquer un manque cruel d'envie, ou se pavaner sur des délires techniques inutiles et ennuyeux. Leur sens du rythme devient ainsi leur meilleure arme pour emballer directement : rien n'est laissé au hasard, et la linéarité n'a pas sa place dans la fête. Des arguments qui font de Violent Demolition un disque qui semble démarrer sous les meilleures auspices !

Dust Bolt
 

Comment ça, on a des têtes à chanter dans le film Les Choristes ?

Car le rayon des défauts n'est pas si grand que ça, pour notre bonheur le plus complet. En premier lieu, quelques petites faiblesses se font ressentir quant à la personnalité de nos allemands, s'inspirant souvent de leurs références, (comme dit plus haut, Kreator en tête pour la combinaison entre agressivité et mélodie, chacun balancé avec un dosage parfait) pour pondre leur propres bonnes idées. Ainsi, une impression de déjà entendu peut flotter dans l'air, sans pour autant nous gêner outre mesure et créer des allergies à ceux qui nécessitent absolument une identité forte et marquée. On déplorera également un manque de moments forts, qui auraient fait gagner encore en intensité à ce brûlot pourtant très bon. Si l'homogénéité est bien là en terme de qualité, une piste servant vraiment d'étendard, de point d'orgue au skeud n'aurait pas été du luxe. Mais cracher dans la soupe devant un met au parfum pimenté et revigorant est une attitude qu'il serait détestable d'adopter, et particulièrement dans le cas présent où tout y est fait le mieux possible, sans vouloir nous perdre bêtement dans le manque d'intérêt qui affecte un sacré paquet d'albums.

Et il y a cette production, qui est excellente et colle judicieusement au genre : loin d'être bourrée aux machines modernes et aux différents producteurs de renommée mondiale qui dépersonnalisent totalement le son d'un combo, nos chers allemands optent davantage pour quelque chose de plus rustique, brut, sans pour autant sonner négligé ou brouillon, bien au contraire. A l'instar d'Huntress, le quatuor veut garder un son authentique et typiquement thrash, la guitare se taillant bien sûr la part du lion, pour illustrer à merveille ses prouesses. De même, la batterie et son mixage pourront en rebuter plus d'un, mais elle semble être exactement là pour combler les attentes d'un fan du genre. Ainsi, les riffs s'illustrent avec brio, toujours aidé par le son et les idées plus que bonnes du compositeur (son implication sur « Toxic Attack » est titanesque). Le chant, quant à lui, n'est pas vraiment sous-mixé, mais ne reste pas non plus l'élément clé, laissant souvent sa place de leader à la dame à cordes.

En plus d'être un guitariste de talent, Lenny B. est aussi un très bon chanteur, capable d'insuffler beaucoup de rage dans son chant agressif, au phrasé tranchant. Tout comme Cara McCutchen collait déjà une sacré claque dans Mortillery (prouvant d'ailleurs que les femmes ont aussi leur place dans le milieu), Lenny offre à l'auditeur une performance de haute volée, avec une nette préférence dans son chant versatile pour un chant oscillant entre le clair et le growl, plutôt grave. Même si ses incursions extrême, elle, sont puissantes et comblent les attentes. Ainsi, ce frontman est loin de faire honte au groupe, bien au contraire. Là où l'aspect musical se démarque déjà d'une bonne partie de la concurrence, le chant ne fait que renforcer les bonnes impressions forgées jusqu'ici. Cette osmose est donc entièrement gagnante.

Quand on se penche sur les titres, on se rend compte qu'il est difficile d'en démarquer l'un d'un autre. Pas qu'ils se ressemblent, mais ils sont tous bons, sans jamais atteindre des sommets. On demanderait donc un hymne supplémentaire qui nous collerait une claque monumentale, afin de classer Dust Bolt parmi ceux qui donnent une dimension encore plus imposante au thrash. C'est aussi là où se rend compte qu'une piste du calibre de « When Thy Shall Come - Oblivion » est plutôt banale, par rapport au reste, manquant un peu de relief pour briller. Elle est bien construite, mais n'est pas redoutable, spectaculaire. Il en va de même pour « Deviance », au tempo moins soutenu, qui voit l'apparition de la voix très caractéristique de Derrick Green (Sepultura). Sa voix est identifiable tout de suite, et apporte un regain d'intérêt à un morceau qui en manque par son aspect dénué d'audace, trop facile et basique. L'effort reste appréciable tout de même.

Il est en revanche un titre qui apparaît tout de suite comme étant très bon, sans tout foutre par terre. Il s'agit même du meilleur de tout le lot, rien que ça. Son petit nom, c'est « Pleasure on Illusion », et dans ce Violent Demolition, cette piste est reine. Elle est variée, énergique et efficace, dans une veine thrash à l'exécution impeccable, et surtout, la guitare y est splendide ! Ses incursions dans les parties techniques ne rebutent pas du tout, au contraire. Loin de s'extasier sur son propre talent, le guitariste fait passer le temps à une vitesse folle. Le niveau est très élevé, et les leaders devraient porter attention à ces prometteurs allemands.

Deux autres morceaux vous empêcheront de bouder votre plaisir. « Violent Abolition » (oui ça porte à confusion avec un album du nom de Violent Demolition) est de facture classique, mais d'un classique de haut de panier. Refrain puissant, efficacité, section rythmique au top de sa force, tous les ingrédients sont là pour faire du hit thrash. On évoquera également « Toxic Attack », qui développe une atmosphère par des riffs variés (tantôt lourds, tantôt rapides et n'oubliant pas d'envoyer le pâté), et un chant qui accompagne tout cela avec beaucoup d'aisance, pour le bonheur des petits et des grands.

Violent Demolition constitue ainsi un très bon premier brûlot pour cette jeune formation très prometteuse de thrash metal. Les allemands de Dust Bolt ont un très gros potentiel, et délivrent ainsi une performance plus qu'honorable. Il se pourrait même qu'ils atteignent, à l'avenir, un niveau encore plus important. Car si on prend encore en compte le fait que ceci n'est qu'un premier essai, alors la marge de progression affichée est colossale. Futur grand nom du genre ? Peut-être. On l'espère vraiment pour eux.

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NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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