Kobra and the Lotus – Kobra and the Lotus

Difficile de passer inaperçu quand vous enchaînez les festivals. Mais si, en plus de cela, votre renommée est encore entièrement à faire, alors c'est un défi encore plus grand que celui de devoir convaincre la foule que votre groupe n'est pas seulement un phénomène de mode arrivé là par hasard, mais bien que le talent est un facteur essentiel, une composante ayant jouée une grande part dans la curiosité autour d'une formation. Et c'est exactement le cas de ce quintet canadien nommé Kobra and the Lotus, qui, en 2012, nous offre un second brûlot éponyme, et autant dire que le groupe fait déjà un peu parlé de lui. Après des passages au Wacken, Hellfest, Sonisphere et plus encore, il est temps de faire ses preuves. Pourtant, on ne peut pas dire que leur premier effort, Out of the Pit, ait déchaîné la chronique. Un long chemin aurait-il ainsi été parcouru ? Sachant qu'entre-temps, la route de Gene Simmons a été croisée, on peut s'attendre à un résultat radicalement différent. Et c'est pile ce qu'il va se passer.

Kobra and the Lotus est de ces groupes qui sont marqués du sceau de ceux promis à un bel avenir, et ils vous en convaincront au fil des écoutes. Passez votre chemin, cependant, si vous êtes en quête d'un son nouveau à vous mettre sous la dent. Les influences des jeunes musiciens sont claires : le heavy / power typé années 80s, présent souvent dans les rythmiques, mais aussi dans une composition très hymnesque, soutenue par un son impressionnant de professionnalisme. Jamais on ne s'éloigne des rivages du power, du heavy, aux sonorités NWoBHM étonnamment rafraîchissantes, en dépit du manque de nouveautés qu'elles apportent. Pour autant, ils n'en oublient pas quelques racines dans le hard rock, plus proches de leur opus précédent. Sauf que le niveau est passé de l'amateurisme avec un certain potentiel sur le précédent, à une maturité presque totalement acquise sur cette galette. Et en seulement deux ans, il n'est pas difficile de constater qu'ils ont pris le temps de se remettre en question.

Ainsi, la formation canadienne surprend de prime abord par son efficacité. L'écriture des titres est plutôt simple, revenant souvent à une même formule : que l'on passe d'un morceau aux contours de hard rock ou d'un véritable son power metal, il faut miser sur le côté direct, faire du refrain cette pierre angulaire qui élèvera la piste vers les sommets. Et bien qu'un côté redondant puisse parfois s'installer, il sera très vite dissipé par l'enthousiasme communicatif de la majestueuse « Forever One » (dont on imagine déjà l'effet de bœuf qu'elle procurera sur scène), ou par l'énergie folle d'un « Heaven's Veins », qui figurerait presque parmi les titres power les plus emblématiques de l'année. C'est dire à quel point la composition a été calculée pour séduire, s'envelopper délicatement autour de vous, tel le serpent autour de la fleur. Et si vous êtes le lotus, nul doute que la joyeuse bande s'attribuera à merveille le rôle du cobra : son étreinte ne vous laissera pas d'échappatoire !

Cette description du reptile peut cependant soulever un problème : le manque cruel de respiration. Si le début du brûlot ne souffrira heureusement pas de ce défaut, on pourra le ressentir vers la fin, quand une légère baisse d'inspiration se fait ressentir. Car à vouloir trop tabler sur les mêmes ficelles pour nous attirer dans leurs filets, parfois, les morceaux en-dessous des autres passeront trop vite à la trappe, leur intérêt étant loin d'être inexistant. Seulement, difficile d'établir une constante qualitative une fois la compétition créée au sein même d'un album. Si « Sanctuary » laisse entrevoir cette pause qui aurait pu être attendue, grâce aux allures de mid-tempo de la piste, on accusera le coup une fois la baisse de régime constatée sur celle-ci. De même, « Lover of the Beloved » possède un refrain bien construit et bien chanté, mais le reste du morceau manque quelque peu de saveur, d'un goût prononcé. Sans tomber dans le fade, quelques épices pour relever la formule n'auraient pas fait de mal. Et puis, Kobra and the Lotus offre, de temps en temps, des parties mélodiques un peu trop instables. Ce sera à noter sur « No Rest For the Wicked », mais la qualité intrinsèque de la sus-nommée n'en est que peu affectée.

Kobra and the Lotus

"Avouez que comme ça, je ressemble à une sirène". - Kobra Paige

La formation possède également dans ses rangs un atout de taille : la ravissante Kobra Paige. La jeune femme tient son rôle de leader à la perfection, avec une voix profonde et très bien en place, qui ne manque ni de justesse, ni de versatilité. Tout comme une Agnete Kjølsrud (Djerv), une Liv Jagrell (Sister Sin) ou une Jill Janus (Huntress), le profil de la charmante demoiselle est celui d'une femme forte, dont l'apparence est trompeuse. Comme le cobra, elle vous charme pour mieux vous mordre, et le venin vous entraînera dans ce sentiment d'addiction. Par son timbre reconnaissable désormais (et abandonnant enfin les aigus hasardeux), mais également ses progrès énormes entre Out of the Pit et Kobra and the Lotus, elle prouve à ses détracteurs qu'elle a travaillé ses défauts, et sait tenir les rênes. Problème : son vibrato. Si sa voix est puissante et qu'elle tient à nous le montrer, elle abuse parfois un peu de ce vibrato qui pourra en irriter certains. La jeune frontwoman est encore au début de sa carrière, et une maîtrise comme celle-ci est plaisante. Espérons, ainsi, qu'elle évitera de tomber de temps en temps dans l'abus de vibrato. Mais mis en perspective par rapport à la prestation générale, on se rend aisément compte qu'il ne s'agit que d'un détail, là où la tenue globale est exemplaire.

Et c'est terminé désormais le pilotage automatique, ainsi que la jeunesse. Kobra and the Lotus montre à la face du monde plus de crocs qu'avant. Un « Forever One » surclasse à lui seul les dix morceaux présents sur Out of the Pit. La voix de Kobra Paige, qui se fait aussi plus grave, aide à offrir une bonne tenue de route aux pistes. Et ce n'est pas l'opener « 50 Shades of Evil » qui dira le contraire. Ce titre est un condensé de ce qui peut se faire de mieux dans le power metal, avec un chant féminin qui excelle. Les chœurs appuient à merveille la charismatique jeune femme, et bien sûr, inutile de préciser que le refrain restera imprimé dans votre mémoire pendant encore quelques temps. Et les mêmes caractéristiques pourraient être attribuées à « Heaven's Veins » et « Nayana (My Eyes) », autres pièces tubesques, puissantes à souhait. « My Life », dans son approche plus heavy avec touches de rock, prend plus de temps quant à sa compréhension. Mais une fois celle-ci pleinement assimilée, les qualités de composition sautent aux yeux : ce morceau est bon. Idem concernant « Aria of Karmika », qui nécessite d'être domptée. Si « Sanctuary » et « Lover of the Beloved » se classent donc plus bas, l'intérêt est remonté par des pistes assez quelconques prises dans l'opus, mais dont l'appréciation grandit en augmentant le champ : « Welcome to My Funeral » et « No Rest For the Wicked ». La seconde s'essaye à quelque chose de différent, avec un aspect saccadé sur les couplets. Une idée à creuser mais nécessitant encore un peu de travail. Quant à la première, son arrangement légèrement symphonique sur le refrain aurait, lui, pu être exploité davantage. Mais tout y est plutôt satisfaisant.

Kobra and the Lotus n'est pas un brûlot si évident à juger. En réalité, sous ses structures simples, celui-ci est plus complexe qu'il n'y paraît. De toute évidence très bon, l'est-il assez pour se démarquer de sa concurrence ? Pour marquer le genre d'une empreinte ? C'est assez rare au bout de deux essais, mais il serait tentant de dire oui. Et le bénéfice du doute sera ainsi laissé aux canadiens. Car Kobra and the Lotus n'est finalement pas qu'un phénomène de mode inutile, un fantoche dans la mode du heavy actuel. Le quintet souhaite définitivement prendre les devants, et, en dépit du peu d'originalité, tenter d'imposer leur marque malgré tout. Et si le prochain continue dans cette voie, alors nous assisterons à l'éclosion d'un grand.

Note finale : 8,5/10

 

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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