Winters – Berlin Occult Bureau


Enigmatiques hivers...

La Grande Bretagne, véritable berceau du metal et de la musique rock au sens large du terme, n'en finit plus de nous surprendre. C'est sur cette grande île qu'émergea au début des années 70 le grand Black Sabbath, lançant ainsi un son et une atmosphère qui engeandra une flopée de formations par la suite. Auparavant ou au même moment, bon nombre de précurseurs dans divers styles virent le jour en ces mêmes terres, des inoubliables Beatles aux Who en passant par les Rolling Stones, mais aussi un Led Zeppelin plus nuancé, un Deep Purple déchaîné, le psyché-prog des Pink Floyd ou autres King Crimson, sans oublier ensuite le punk des Sex Pistols ou The Clash avant l'emergence d'une scène plus post via Joy Division. Si, tel le saumon nouveau né, nous nous éloignons de la source de ces folies vers une mer plus vaste et infinie, nous verrons d'autres animateurs pionniers pululer tels que Paradise Lost, Anathema ou My Dying Bride... sans oublier bien sûr la nouvelle vague du heavy avec les incontournables Iron Maiden, Judas Priest ou encore Saxon.

Cela fait beaucoup pour une seule nation, n'est-ce pas ? Et si ce n'était pas terminé... ? Après tout, découvrir de nouveaux styles semble être difficile de nos jours, et par "nouveau style" j'entends des trucs potables, oublions donc l'éventuelle folie dubstep metal que certains attendent avec une impatience incompréhensible. Cependant, le mixage des envies peut encore faire certains ravages, j'en veux pour preuve le récent album des... anglais (tiens donc) A Forest of Stars qui, empreint d'une folie black implacable à l'imagerie troublante, a fortement marqué notre cher Born666. Restons donc sur cette bonne vieille île, enfin débarrassée de ses JO, et grimpons plus au Nord, en Ecosse pour être plus précis, afin de vous compter l'histoire de Winters. Présenté comme un combo de sludge doom metal à influences rock plurielles, ce trio (plus ou moins quatuor avec le claviériste Chris Fullard) renferme bien plus d'influences qu'il n'y parait.

"Are they Doom Pop? Dream Metal? Grind-gaze? Nü-Occult? Equal parts MSG and MBV, they plot an axis between the ‘sonic cathedral’ guitar overload of early-’90s indie-rock, with the extreme-volume riffage of classic metal" ... quand on prend ainsi connaissance de cette petite présentation sur le press kit associé à la promo envoyée par le label Ván Records (Winters avait sorti son premier opus chez le Rise Above Records de Lee Dorrian), on ne peut que s'étonner, s'estomaquer, et se voir pris d'une envie frénétique : celle de lancer sans plus attendre ce deuxième album studio des jeunes britanniques, enfin "jeunes" cela reste à voir car il y a parmi eux l'actuel batteur d'un certain Angel Witch, groupe quelque peu vétéran de la scène locale... Berlin Occult Bureau, paru tout d'abord dans la confidentialité la plus générale au mois de mars, sera mis en vente officiellement ce vendredi 31 août par le label allemand des The Devil's Blood et consorts. Quelques versions vinyles seront d'ailleurs disponibles en version limitée pour les collectionneurs.

Winters 2012

Allons plus loin avec ce que la formation dit elle-même de sa musique, la présentant comme pouvant être la marche funèbre du guitariste Ace Frehley (toujours en vie, on vous rassure) avec des inspirations telles que The Damned, The Dickies, The Kinks, The Cardiacs et bien évidemment Kiss. Ce n'est donc pas un hasard si cet opus contient un morceau portant le nom de l'ancien guitar hero du quatuor glam légendaire, un hommage vibrant qui laisse planer la nostalgie certaine d'une époque désormais révolue. "Schwarze Kraft" semble être le fer de lance de cette volonté, habillée qu'elle est de cow bells et de riffs bien passéistes, un peu comme Danko Jones aime le faire... mais le psyché en plus ici, celui-ci rappelant bizarremment par instants une période grunge à la Nirvana, notamment sur le chant.

Prenons donc ce disque par le bon bout, c'est à dire son début. D'emblée, nous sommes transportés dans les influences sus-citées et dans ces descriptions pleine de malice concoctée par la maison de disque. Nous sommes ainsi confrontés au chant fantômatique aérien du frontman-guitariste Paul Fyfe, semblable à celui d'un Tobias Forge (alias Papa Emeritus) sur Ghost (afin de faire ici une référence plus récente). "Goodbye" fait ainsi figure de véritable petit single en puissance, bien que celui-ci s'avère finalement être le titre "Ausländer" aux reflets profondément Candlemass, pas loin du doom trad, et diamétralement simpliste comparé notamment à son prédécesseur "Plans Within Plans", plus énigmatique, rappelant allègrement un "Where Is My Mind?" des Pixies en mode rythmique très Joy Division, pour une noirceur déjantée sur un refrain sussuré sensiblement à nos oreilles.

Une fois lancés, nous restons sur cette tonalité, très lourde par instant sur des claviers typique drone ambiants ("Berlin Occult Bureau") ou des riffs plombés d'une batterie étouffante (l'hypnotique conclusion "Geistkämpfer"), plus old school soft rock mélancolique ("On Your Street Again", hommage à Tim Smith des Cardiacs), ou sensiblement doom stoner plus popisant ("No Tomorrow"). Et attention, parce qu'il n'est pas facile de s'accrocher le long des 38 minutes que composent cette galette, l'effet de répétition peut ainsi se saisir de l'auditeur ("Run Run Run Run" en agacera certainement plus d'un, trop Nirvana dans son ressenti pour le coup, tandis que l'hommage "Ace Frehley" ne sera peut-être pas celui à quoi l'auditeur lambda s'attendra) et ce ne sera que sur certains détails que la profondeur pourra éclater à vos sens. La fin de ce Berlin Occult Bureau étant moins directe et moins prenante que son commencement, on aurait tendance à se demander si cet opus - qui aurait pu être extraordinaire - ne nous laisse pas un peu sur notre faim de part cette apparente absence d'équilibre. A voir, les différentes écoutes sauront vous guider sur la conclusion à apporter, chacun pourra ainsi se faire une idée.

Il est cependant important de s'intéresser à ce groupe qui nous propose ici une musique réfléchie, aux hommages vibrants non masqués, habitée d'une certaine aura qu'il est rare de retrouver de nos jours où chaque combo semble s'inviter dans une course à la modernité asceptisant de plus en plus ce que les gens pensent être le "vrai metal". L'esprit ouvert il vous faudra cependant garder, car de "metal pur" il ne s'agit pas sur cette livrée, naviguant allègrement entre la pop psyché, le sludge, le rock old school ou le stoner grungisant nous allons. Mais il est si bon parfois d'être ainsi désarçonné, ne croyez-vous pas ?

Note : 7.5/10

 

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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