Ghost – Prequelle

Écouter, analyser, apprécier, recommencer. Il est toujours difficile d’émettre un avis, favorable ou non, sur l’œuvre d’un artiste, en particulier quand ce dernier propose quelque chose d’innovant à des fans de plus en plus nombreux. On vous épargnera les jeux de mots comme « la messe est dite pour Ghost » ou une autre expression visant à amplifier les sujets exploités par les musiciens suédois.

Nous nous contenterons de vous donner envie d’écouter cet album, juste pour ce qu’il est : une porte ouverte pour votre esprit à aller divaguer dans des sonorités hard rock dont seul Forge semble maintenant avoir le secret.

Popestar comblait un vide, enfonçait le clou sagement tenu par Ghost : diable, bible, mort, âme, rançon. Nous l’avions compris, Tobias Forge et ses acolytes appréciaient traiter de sujets toujours plus religieux avec une noirceur certaine et un brin de folie. Mais là, les choses ont changé.

Alors que les yeux sont rivés vers l’intronisation de Papa Emeritus IV, voilà qu’un coup du sort vient gâcher la fête. Ce n’est pas un autre pape qui est nommé, mais le Cardinal Copia. Mafieux, plus proche de Al Pacino que de Jean-paul II, la surprise est de taille, et encore une fois, ce n’est un pion placé sur l’échiquier. La partie n’a pas encore commencé. Mais voilà que c’est à leur tour de jouer…

Après quelques vidéos présentant le Cardinal Copia, voici enfin le moment où ce dernier daigne montrer son style, tout en délicatesse avec "Rats". Un son hard FM des années 80, baigné dans l’imaginaire d’une soirée controversée, ce morceau fait réagir : où est donc passé la sobriété, le classicisme qui était si chère à Papa Emeritus III ?



Dans une démesure certaine, "Faith" remet le train sur les rails, avec ces sonorités uniques à Ghost, cette mise en scène calculée à la seconde. Le refrain, repris d’une manière si diabolique, confirme bien que même dans l’évolution, l’ADN reste là. Mais c’est bien "Pro Memoria" qui rassurera les adeptes de la première heure, avec une mélodie et une conception rappelant un inimitable "He Is". Chassez le naturel…

Entre apologies du mal et refonte totale de l’atmosphère, on pourrait se sentir perdu, suivant vas et viens de ce Prequelle sans trop comprendre où nous allons. Le très rythmé "Dance Macabre" offre un nouveau souffle à un moment opportun, alors que l’on pensait glisser dans un clone de ce qui se faisait déjà.
 


Loin du cliché auquel certains rapprochent Ghost, les musiciens savent se renouveler, avec notamment deux compositions mélodiques et instrumentales. "Helvetesfonster" fait partie de l’une d’entre elle. Avec son intro qui n’a rien à envier à "Stairway to Heaven" de Led Zeppelin, cette musique libère un potentiel encore inconnu du groupe de Tobias Forge, une volonté de transmettre des sentiments via une musique parfois angoissante puis plus posée sur fond de prog à la Yes de la grande époque. Les claviers sont omniprésents, un mouvement quasi-orchestral se met doucement en place pour valoriser ce Prequelle d’un morceau construit sur des bases parfaites pour un résultat surprenant et déjanté : chapeau !

Peut-on encore vous parler de "Miasma", l’autre côté du tunnel des morceaux instrumentaux. Encore une fois, la part belle est donnée aux musiciens, avec une rythmique à la guitare tenant le pavé à de nombreux solos enchaînés dans un ordre concret, pour faire monter encore l’intensité de cette œuvre semi-conceptuelle. Le clavier apporte une touche plus légère, un brin d’envolée onirique parmi le vacarme que pourrait apporter cette combinaison guitare-basse-batterie. Le final exécuté dans le plus grand respect du hard rock eighty (hey, c’est le but, non ?) ne se passera pas sans une intervention au saxophone pour combler une mélodie qui allait se répéter en boucle, mais non : voici venir les derniers coups de baguettes ! Tiendrait-on là le morceau le plus énergique qui sera joué en live prochainement ?

"Life Eternal" vient à son tour conclure un voyage dans votre subconscient, un nouveau coup de maître des Suédois pour un album qui était attendu comme le messie…ce n’est que de la rhétorique. Comme un adieu, ce dernier morceau aurait pu se contenter de ne mettre qu’un peu de magie en plus dans ce Prequelle. Mais loin de tous ces artistes en herbe ne pensant qu’au binaire et à combler le vide des 3 minutes 30 de leurs pseudo-compositions, Ghost offre un dernier souffle avec "Life Eternal", un titre sur lequel il faudra compter, pourquoi pas, pour amorcer la fin d’un live, toujours autant théâtrale, car c’est bien pour cela que Ghost est adulé…

 

Sortie le 1er juin 2018 via Spinefarm/Loma Vista Recordings
 

  1. Ashes
  2. Rats
  3. Faith
  4. See The Light
  5. Miasma
  6. Dance Macabre
  7. Pro Memoria
  8. Witch Image
  9. Helvetesfonster
  10. Life Eternal
  11. It's A Sin (bonus)
  12. Avalanche (bonus)

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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