Hangman’s Chair – Banlieue Triste


Hangman’s Chair frappe fort avec son nouvel album. Démontrant un vrai talent de compositeurs, Banlieue Triste propose un mélange plutôt unique de doom, sludge, et d’influences mélodiques ou gothiques. Le tout baigne dans une noirceur presque suicidaire mais prouve que parfois le chagrin est la meilleure des inspirations.

Peut-on juger une œuvre selon le contexte dans lequel elle a été conçue ? Faut-il souffrir, traverser des épreuves pour créer quelque chose d’unique ? On est en droit de se poser la question en écoutant le cinquième album de Hangman’s Chair. Le groupe avait failli raccrocher les gants après la sortie du précédent opus This Is Not Supposed To Be Positive, lassé du music business et du manque de reconnaissance publique. Mais les choses ont commencé à changer avec ce disque qui marquait un début d’évolution dans la musique des Franciliens, passant d’un sludge/doom malsain à quelque chose de plus mélodique et mélancolique, tout en gardant une base très lourde.

Et puis le destin s’est encore acharné : entre les problèmes de drogue (« 04 09 16 » qui évoque la journée en enfer passée par un des membres du groupe victime d’une overdose), la maladie enlevant les proches (« Negative Male Child » qui semble évoquer une rédemption face à une mère mourante), les insomnies à répétition (« Sleep Juice ») et les situations qui se répètent encore et encore (« Naive »). Tout était réuni pour que Hangman’s Chair disparaisse. Ou ponde un album… superbe.

Car autant le dire : sous une pochette, une iconographie et un titre, évoquant pour certains le Renaud des années quatre-vingt mais qui rappelle aussi l’ambiance noire du Tchao Pantin de Claude Berri, Banlieue Triste ne comporte aucun déchet. Le groupe a sur ce nouvel album mis plus en avant sa facette mélodique et a réussi à créer un mélange juste plus que parfait de lourdeur sludge/doom et d’ambiances tristes marquées par des influences gothiques, post-punk ou grunge.

Surtout Hangman’s Chair, en plus d’être composé de musiciens et compositeurs aguerris, possède en son sein un chanteur d’exception : Cédric Toufouti. Celui-ci fait des merveilles sur la plupart des morceaux de Banlieue Triste (nous retiendrons particulièrement sa prestation pleine de feeling sur « Negative Male Child »), sa façon de poser sa voix et sa sensibilité évoquent presque Mina/Keith Caputo de Life Of Agony.

    © William Lacalmontie 2018 toute reproduction interdite sans l’autorisation du photographe

Après une intro ambiante et très sombre, « Banlieue Triste », rappelant la bande originale d’un polar, Hangman’s Chair décline sur dix titres une mixture où nous croyons entendre le meilleur de Crowbar (les riffs de « 04.09.16 » et de « Full Ashtray » par exemple) mêlé à du Alice In Chains ou du Life Of Agony (« Naïve » et son refrain très prenant).

Tout est alternance entre lumière et obscurité dans la musique des Parisiens, cette dualité est d’ailleurs très bien exprimée par les passages en arpèges de guitare succédant à des riffs lourds (ou l’inverse). Parfois des effets d’écho sur la voix renforcent l’impression de mal-être aussi (« Naïve » et « 04.09.16 »).

L’atmosphère de Banlieue Triste est souvent nocturne comme sur « Sleep Juice », « Touch the Razor » et « Full Ahstray », surtout le groupe a osé, avec grande réussite, innover.

Ainsi nous trouvons deux longs titres sur ce cinquième album, le très dépressif « Touch the Razor » déjà, construit sur un crescendo alternant tensions et explosions colériques qui donne l’impression d’assister à l’hésitation d’un désespéré à sauter dans le vide. Ce morceau, à la noirceur abismale évoquant The Swans aussi, malgré ses 11 minutes 37 happe complètement. En long format signalons de même « Full Ahshtray », parfait mélange entre lourdeur sludge/doom oppressante, ambiances « seattleniennes » et break planant, qui s’achève par ce qui semble être un discours de George Bataille* qui conclut brillamment le disque.

Hangman’s Chair a aussi voulu mettre en avant ses influences gothiques avec « Tara », un intermède instrumental traversé d’effets electro qui rappelle le Sisters Of Mercy de Floodland.

Plutôt dans le même registre il y a aussi le très bon « Tired Eyes » qui voit la participation de James Kent de Perturbator, truffant ce titre doom gothique de passages électroniques, dignes de Josh Silver, qui le font se rapprocher du Type O Negative de World Coming Down plutôt que d’un titre de metal indus lambda. Autre intervenant extérieur, Marc DeBecker de Mongolito/Wolvennest fait pleurer sa guitare sur l’instrumental « Sidi Bel Abbes » dédié à l’ancien six-cordistes de Hangman’s Chair, Sid Ahmed décédé en 2010.

Attardons-nous enfin sur le très mélodique et mélancolique « Negative Male Child » qui est une vraie réussite, ce titre triste est un vrai bonheur à écouter avec cet arpège rêveur couplé à la magnifique voix de Julien. Une chose est évidente : Hangman’s Chair vient de sortir un album qui non seulement se positionne en tête des meilleures parutions de cette année 2018 et qui peut déjà être considéré comme un classique.

Cette banlieue est certes triste mais la traverser est un vrai plaisir pour nos sens auditifs.

*Remerciements à Philippe Lageat de Rock Hard pour cet éclaircissement

Liste des titres :

1.  « Banlieue triste »   
2.  « Naive »   
3.  « Sleep Juice »   
4.  « Touch the Razor » 
5.  « Tara »    
6.  « 04 09 16 »   
7.  « Tired Eyes » 
8.  « Negative Male Child »   
9.  « Sidi Bel Abbes » 
10.  « Full Ashtray »


Disponible depuis le 9 mars 2018 sur Musicfearsatan et à priori limité à 2000 copies

 

NOTE DE L'AUTEUR : 10 / 10



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