Matt Tuck, leader de Bullet For My Valentine


En amont de la sortie de Gravity, le sixième album de Bullet for My Valentine, nous avons pu aller à la rencontre du frontman Matt Tuck lors de son passage à Paris. Au menu, un leader plutôt décontracté pour nous parler de la genèse de cet album, les nombreux changements de line-up qui ont chamboulé le groupe depuis quelques temps mais aussi pour revenir avec recul sur son rôle de frontman culte de notre adolescence.

Salut Matt. Vous allez sortir un album, votre sixième. Comment tu sens cet album-ci par rapport aux autres ?

Je me sens super pressé. Sur cet album on voulait faire quelque chose que Bullet n’a jamais fait par le passé, pousser les frontières de notre musique et c’était assez compliqué, on a dû puiser dans nos ressources. Mais généralement ce qui est compliqué à faire produit un résultat dont tu peux être fier, et ici c’est le cas. J’ai l’impression d’avoir créé une bête, un monstre et j’en suis vraiment très heureux.

 

Comment tu décrirais l’évolution par rapport à Venom ?

Un virage à 180 degrés, surtout au niveau technique. C’est un album beaucoup plus simple, basé sur le groove et la lourdeur des riffs. On a ajouté pas mal d’éléments électroniques qu’on n’avait pas avant, dans la musique et dans la voix, c’est une nouveauté au premier plan dans pas mal de chansons.

Quels sont les artistes qui vous ont inspirés pour ce virage vers les ambiances électro ?

On a pas vraiment été inspiré par un artiste en particulier, c’est simplement quelque chose qu’on avait jamais fait et qu’on avait envie d’ajouter au son du groupe. On est tous de grands fans de Linkin Park ou Slipknot et ils ont toujours incorporés ce genre de trucs, on a pensé qu’on pourrait essayer et se tailler notre part du gâteau.

 

Jason Bowld vous a rejoint il y a quelques temps comme batteur de tournée et il est maintenant membre officiel du groupe. Comment ça s’est fait ?

Il joue avec nous en live depuis fin 2015 en tant que remplaçant et ça se passe très bien. On avait des histoires internes avec Moose, notre batteur originel et au fil du temps c’est devenu de plus en plus clair que Jason ne s’en irait nulle part et qu’il deviendrait notre batteur à plein temps. On a fait toute la tournée avec lui puis on a enregistré et sorti un single « Don’t Need You » ensemble. Il a gagné sa place et on lui a offert de bon cœur. Ce n’est pas un inconnu tu sais, il a déjà remplacé Moose sur quelques tournées par le passé. On a aussi fait un album d’AxeWound lui et moi et maintenant on a un peu l’impression qu’il a toujours été là.

Vous aviez gardé un line-up plutôt solide dans la dernière décennie mais ces temps-ci, les choses bougent et il ne reste plus que toi et Padge comme membres « historiques ». Qu’est-ce que ça a changé pour toi dans ton approche de l’écriture d’avoir des nouvelles têtes autour de toi ?

C’est positif, ça injecte une nouvelle vie au groupe. Comme tu dis on avait un line-up génial pendant presque quinze ans et cinq albums, c’est une régularité dont je suis assez fier, ça n’arrive pas à tous les groupes. Mais il faut ce qu’il faut. Ce n’est jamais facile de devoir se séparer des gens, c’est assez stressant surtout quand beaucoup de personnes sont impliquées en interne. En tant que personne, ça perturbe car tu ressens le changement autour de toi. C’est tout de même bien d’avoir une nouvelle source d’énergie. Pour cet album ça faisait longtemps que je ne m’étais pas senti aussi inspiré.

Jamie votre nouveau bassiste a un scream vraiment convaincant en live. Est-ce que ça vous a ouvert de nouvelles possibilités en studio ?

Non, en fait il n’y a pas tant de scream que ça sur le nouvel album. C’est quelque chose qu’on a simplement rajouté comme effet de texture par-ci par-là, sur « Don’t Need You » par exemple. Sur le reste de l’album, le chant est plus mélodique. Pas mal de gens aiment ce style vocal en scream mais ça n’a jamais été quelque chose sur lequel on s’est beaucoup reposé. C’est vrai qu’en live, Jamie est fantastique. Si je ne me sens pas en forme un soir, je peux lui laisser toutes les parties screamées et il les sortira à la perfection. Mais d’ailleurs son chant clair est aussi fantastique. C’est frustrant, ce type n’a aucune faiblesse (rires). On a essayé de lui faire enregistrer des parties de chant pour ce nouvel album mais au final j’ai tout fait. Même si en live il est excellent, en studio ça ne sonnait pas assez comme ma voix, on espérait qu’il puisse s’en rapprocher pour que je n’ai pas à faire tout le boulot mais ça n’a pas fonctionné.

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Maintenant que tu travailles de nouveau au quotidien avec Jason, peut-on espérer des nouvelles d’Axewound, votre side-project ?

Je pense que ce n’est pas vraiment le bon moment pour le faire. A la limite, on pourrait incorporer quelques éléments du style d’Axewound dans le nouveau Bullet mais pas repartir avec le projet en lui-même. Ça contredirait l’objectif même de la présence de Jason dans Bullet. Pour le premier Axewound, le timing était parfait mais depuis, on est tous beaucoup trop occupés avec nos projets principaux.

Vous êtes de retour au Hellfest cette année, vous en êtes des habitués maintenant. Que penses-tu du festival ?

C’est un festival génial, dans un des cinq tout meilleurs au monde. Et crois-moi on a joué dans énormément de festivals depuis des années. Donc très content de revenir. Après ça on a aussi quelques shows en tête d’affiche en France que je suis très impatient de jouer. On sera à Paris en novembre. On y a toujours un peu plus de contrôle sur la production que dans un festival.


Vous êtes l’un des premiers groupes européens à avoir été labellisé « metalcore ». Qu’est-ce que tu penses de la nouvelle génération de groupes qui font exploser la popularité de ce style comme Architects ou While She Sleeps ?

C’est super pour eux qu’ils gagnent en popularité, ce sont d’excellents groupes. On a pris les deux plusieurs fois en tant que première partie et c’est toujours bien d’avoir quelque chose de différent de Bullet pour ouvrir nos concerts. C’est une nouvelle génération qui arrive avec une nouvelle perspective et une nouvelle façon de faire du metal, je sens bien la différence d’époque entre eux et nous. Mais c’est le jeu et dans cinq ans, ils ressentiront la même chose pour les petits nouveaux. While She Sleeps en particulier, je suis absolument fan. Ces mecs ont une énergie punk-rock absolument terrible. C’est intense et le message derrière les chansons est super positif, c’est aussi très important.

As-tu d’autres coups de cœur dans la jeune génération d’artistes ?

En ce moment pas vraiment, l’an dernier je n’ai pas eu le temps d’écouter grand-chose à cause de l’écriture et de l’enregistrement. J’ai commencé à sortir de ma bulle il y a deux mois donc je n’ai pas eu trop le temps de me mettre à jour. Mais je suis sûr qu’il y a de la super musique qui n’attend que moi. Je pars en vacances la semaine prochaine, ce sera l’occasion.

Pas mal de gens continuent de vénérer votre premier album The Poison, répétant que ce sera impossible de faire mieux. Est-ce que ça t’ennuie ?

Non pas vraiment, c’est une réaction très humaine car c’est probablement le premier album de Bullet qu’ils ont entendu. Je suis un fan de musique et j’ai aussi ces albums cultes de mes groupes préférés, tu les écoutes à un point de ta vie et ils ne te quittent jamais. Imagine, tu as 20 ans en 1986, tu es fan de Metallica et ils sortent Master Of Puppets. Boom. Ça construit ton identité. Pour moi c’était le Black Album. Beaucoup de gens préfèrent Master of Puppets mais moi non, car le Black Album m’a permis de découvrir le rock. Tout dépend de quand tu découvres l’album. Beaucoup de gens nous parlent de notre premier album. C’est vrai que si tu nous as découvert à cette période et que tu as acheté l’album, c’est difficile de faire mieux que ces moments, les gens ont beaucoup de nostalgie. Même une fois que tu sors cinq ou six albums, le sentiment ne sera jamais le même. Moi ça ne m’ennuie pas, pourvu qu’ils nous aiment d’une façon ou d’une autre.

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Est-ce que tu te vois continuer dans Bullet pour les quinze prochaines années ?

J’aimerais penser ça oui. Je pense qu’on est aujourd’hui arrivé à un point où on peut décider d’arrêter si l’envie n’est plus là, plutôt que de continuer juste pour survivre financièrement. On a eu du succès pendant assez longtemps pour avoir cette liberté. Pour l’instant on vient de signer un nouveau contrat avec un nouveau label. On a voulu changer d’environnement et d’équipe pour aller dans un label passionné par notre projet, donc après pas mal de réunions on a signé avec Spinefarm aux dépends d’Universal. Je pense qu’aussi longtemps qu’on fera ce qu’on fait en se concentrant sur l’évolution du groupe, on continuera. L’évolution c’est la clé, tu ne peux pas tenir un groupe 20 ans sans le faire évoluer.

Avec une carrière comme la tienne est-ce qu’il y a encore quelque chose qui te fait rêver ?

J’ai déjà beaucoup de choses c’est vrai mais il me reste quelques rêves. Je veux jouer en tête d’affiche du Hellfest, du Download Festival. Des choses assez évidentes. Mais on a déjà joué en tête d’affiche dans certains festivals et on a rempli des grandes salles en Angleterre. Le but maintenant serait de faire ça partout ! Sinon, j’ai eu beaucoup de chances de pouvoir goûter à tout ce dont j’aurais pu rêver. Jouer avec Metallica par exemple, une expérience incroyable.

Est-ce que tu connais ou aimes des artistes français ?

J’adore Daft Punk. Je dois aussi mettre Gojira là-dedans, je ne connais pas les gars personnellement mais ils sont à l’avant-garde du metal français. Ils ont aussi pu jouer avec Metallica je crois. Je n’en connais pas beaucoup d’autres mais je pense qu’on représente bien les deux extrêmes avec ces deux-là.

Merci Matt. En deux phrases, je te laisse conclure en nous disant pourquoi les gens devraient absolument écouter votre nouvel album.

Vous devriez l’écouter car c’est tout ce que Bullet for My Valentine doit être en 2018. On a essayé de retranscrire notre identité, rock et metal dans des chansons modernes et même si vous n’êtes pas fan, ça pourrait vous intéresser. Il y a pas mal de groove et de lourdeur donc j’espère que ça vous plaira.

Gravity sera disponible le 29 juin 2018.



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