Elvenking – Era

A l’heure où les grosses productions sont légions et que le niveau est de plus en plus élevé, tenir le niveau est un vrai challenge. Dans le cas d’Elvenking, celui-ci tournait à l’échec. Le précédent opus, Red Silent Tides, n’avait pas déclenché l’engouement, réaction tout à fait légitime. Surfait, fade et sans relief, ce dernier appauvrissait une discographie semblant déjà sur le déclin. Les attentes sont donc peu élevées au moment où Era arrive dans le lecteur, et que les premières notes de l’album commencent comme du Children of Bodom.

Bon, que l’on se rassure, Elvenking revient bien à un album se tournant davantage vers un power des familles plutôt bien ficelé. Les refrains sont, comme d’habitude, des points d’orgue, tentant d’accrocher l’auditeur au mieux, sans lui écorcher son oreille. Pari qui n’est pas si évident qu’il n’y paraît. Si la tournure générale reste ainsi dans un power / speed classique (donc ce que l’on connaissait déjà partiellement de leur part), peu de surprises, bonnes ou mauvaises, arrivent à l’horizon. Quelques unes, cependant, nous titillent. La bonne, c’est le retour à des ambiances plus médiévales, à l’affirmation de sonorités folk (ce qui encore une fois n’est pas franchement nouveau chez eux, mais leur discrétion sur Red Silent Tides contribuait à la fadeur de la galette). On en retrouvera sur « I Am a Monster » par exemple, mais également avec « The Loser », où un violon apportera un bon goût prononcé au titre. Celui-ci, faisant guise de titre d’ouverture, démarre le disque avec brio et réaffirme la volonté des italiens de s’imposer comme un leader du genre. Plus difficile à dire qu’à faire cependant.

Car la mauvaise surprise viendra de la continuation d’influences modernes qui pollueraient presque la musique. Certains riffs sonnent ainsi désespérément creux, bateaux et sans grande intelligence ni finesse, sur une guitare qui, si elle est énergique régulièrement, s’avère assez facilement lassante. On appréciera de ce fait les pauses comme « The Time of Your Life » ou « Forget Me Not » (avec la participation de Jon Oliva et Netta Dahlberg), rafraîchissantes, constituant même des aérations salutaires pour un brûlot qui semble manquer un peu de diversité. Pourquoi ? Car même en introduisant à nouveau les sonorités folk et médiévales, Elvenking répète un peu trop des schémas prévisibles. Vous devinerez aisément quand celles-ci arriveront, ou à quelle sauce le refrain sera assaisonné. Difficile d’être éblouis, mais à défaut d’écarquiller les yeux, l’auditeur se contentera d’une exécution de bonne tenue et d’un sens de la mélodie assez affiné, les refrains restant, quand même, accrocheurs.

Elvenking

Outre un côté folk présent mais pas assez, la présence de moult guests peuplant ces terres aurait pu être une bonne idée s’ils n’étaient pas si sous-exploités. Jon Oliva est quasiment absent sur « I Am a Monster », mais son trio vocal avec la demoiselle et Damna s’avère convaincant. Contrairement à Damna, principal point noir de cet opus. Le chanteur aurait gagné à davantage se faire voler la vedette, manquant de prestance, et ne semblant pas toujours se trouver à sa place. Virevoltant trop dans les aigus, il est bien plus agréable lorsqu’il se décide à moduler sa voix, preuve qu’il est un bon chanteur et que le défaut vient davantage des lignes et des registres qu’il s’impose que de lui-même. A vouloir parfois en faire trop, il en devient fatiguant.

Heureusement, une bonne chose pour Elvenking : pas vraiment de mauvais titre. A part « Poor Little Baroness » qui devient pénible, le reste est constant, ni génial ni plat. On pourrait souhaiter parfois plus d’éclairs de génie, mais on se contente quand même d’éprouver un certain plaisir sur « I Am a Monster », « Through Wolf’ Eyes », « Forget Me Not » ou « The Time of Your Life », les morceaux se classant au-dessus des autres. Leur facture classique contient les défauts récurrents qui vont avec (prévisibilité, manque d’ambition), mais de la part du combo qui a pondu Red Silent Tides, on en demandera pas beaucoup plus : s’épargner un désastre est déjà pas mal.

Globalement, Era ne nous fera pas sursauter, ni ne surprendra. Mais venant d’une formation dont on attendait plus grand chose suite à leurs erreurs discographiques restantes, cette nouvelle offrande semble compenser, remontant le niveau. En restant encore loin des grands succès du style, Elvenking prouve qu’ils ont encore quelques bonnes idées à nous proposer, et l’exploitation des sonorités médiévales est une piste suffisamment intéressante pour que les transalpins aient dans les mains de quoi se démarquer.

Note : 6,5/10
 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements