Ralph Schmidt, tête pensante d’Ultha


Ralph Schmidt est la tête pensante d’Ultha. Le guitariste/chanteur est un musiciens passionnant qui n’hésite pas à se dévoiler pour nous expliquer en profondeur l’origine de la musique qu’il propose. Cette dernière est loin d’être évidente à la première écoute mais qui dévoile une richesse sombre qui ne doit rien au hasard.

 

Lionel/Born666 : Tu es le seul membre à écrire des morceaux dans Ultha. Ne penses-tu pas que ton processus de création est devenu une thérapie pour toi?

Ralph Schmidt : Ce n'est pas exact à 100%. Je suis le seul membre qui écrit les riffs et les paroles et j'apporte des chansons presque entièrement écrites à la salle de répétition. En fin de compte, tous les quatre (ou cinq) d'entre nous faisons les titres qui se retrouvent sur nos albums, ce qui prend beaucoup de temps, ça fonctionne en équipe.

Lionel/Born666 : Il est difficile d’expliquer le genre de musique que vous jouez, mais peux-tu nous aider à trouver un mot ou des influences que nous pouvons retrouver dans votre musique?

Ralph : Je l'appellerais Gloom Metal. Mais elle a parfois été décrite par des choses encore plus étranges. Pour la décrire, je dirais qu’il faudrait imaginer la scène suivante: les musiciens d'Emperor, Leviathan, Neurosis et Fields Of The Nephilim en train d’écrire de la musique ensemble. Ainsi vous pourriez vous faire une idée de la façon dont Ultha sonne.

Lionel : Quel genre de disques as-tu écouté lors de la création de l'album?

Ralph : Principalement des albums ne venant pas de la scène metal comme de vieux Dead Can DanceNew Model Army, le Mighty Sphincter, Alice In Chains, Drab Majesty, Junius et du funeral doom comme Hell, Mizmor, Nortt ou encore Skepticism...

Lionel : Pour Ultha, nous avons une grande partie de l’influence du black metal mais nous pouvons imaginer que vous aimez des groupes comme Neurosis, Russian Circles, Dodecahedron, The Ocean, Wolves in the Throne Room?

Ralph : Eh bien, je suppose que Neurosis est le groupe qui fait l’unanimité pour nous tous. WITTR est également très populaire auprès de la plupart d'entre nous. Pour les autres on s’en fout. Mais si tu fais référence à des groupes qui utilisent des guitares plus bien lourdes, qui savent comment faire fonctionner les pédales d’effets et qui savent plutôt se concentrer sur l’atmosphère plutôt que sur la brutalité pure, tu as raison.

Ultha


Lionel : Existe-t-il une idée générale que l’on retrouve dans «The Inextricable Wandering »? Avant de sortir cet album, aviez-vous déjà l’idée maîtresse que vous vouliez donner à ce troisième album?

Ralph : The Inextricable Wandering est un album concept sur la peur et sa relation avec la déception comme conséquence. Chaque chanson traite d'un certain type de peur que j'ai ressentie ou rencontrée. En ce qui concerne notre intention: nous voulions écrire un digne successeur à Converging Sins, qui reste la fois fidèle à ce que nous faisons, mais aussi qui représente un pas en avant dans la mise au point de notre propre son. L’objectif était sans aucun doute d’écrire un album lourd mais aussi mélodique, qui sonne de la manière dont nous jouons sur scène.

Lionel : Quel genre de groupe de metal vous ont influencé en grandissant et qui vous font  sonner comme vous le faites actuellement ?

Ralph : En ce qui me concerne, quand j'ai grandi dans les années 90, j'ai découvert la musique metal en 1991 à travers Metallica et Guns N 'Roses. J’ai mis à l’écart le thrash et le classic metal pour ensuite tomber sur le death metal et finalement le black metal en 1993. Certains de mes groupes préférés de tous les temps en metal sont Danzig / Samhain, Paradise Lost, Emperor, Incantation et Carcass. Mais en ce qui concerne ce que nous faisons ou tout du moins en ce qui concerne les riffs, les paroles et les chansons que j'écris, le dark wave et le post punk comme New Model Army, Killing Joke, Depeche Mode ou Sisters Of Mercy sont aussi importants que les groupes de black metal américains tels que Weakling, Ash Borer, Fell Voices, Leviathan ou Yellow Eyes.

Lionel : D'où tires-tu ce côté si sombre ?

Ralph : C'est quelque chose que je porte en moi comme une ombre. Quelque chose qui a grandi au fil des ans à travers des rencontres avec d'autres êtres humains, le mal qu'ils font et le mal que j'ai fait.

Lionel : Votre musique est hypnotique et utilise des boucles comme modèle. Était-ce difficile de le réaliser sur les longs titres?

Ralph : En ce qui concerne la longueur de certains titres, elle arrive très naturellement lorsque nous commençons à écrire les premiers titres. Au fil du temps, ils sont devenus de plus en plus longs et nous avons appris à utiliser cette constance dans une certaine mesure, en leur donnant comme une marque de fabrique, semble-t-il. On nous parle souvent de la longueur des titres. Nous n'avons jamais vraiment dit: « Nous avons besoin d'écrire une chanson de vingt minutes », cela s'est produit très organiquement dans la salle de répétition.

Lionel : En tant que groupe collectif, devons nous attendre un changement pour l'avenir ?

Ralph : J'appellerais ça plutôt du progrès. Nous avons progressé entre le premier et le second album. Maintenant, il y a eu encore plus de progression entre le second et le troisième opus. Si nous en faisons un quatrième, je suis certain qu'il y aura encore des choses que nous allons faire différemment ou des morceaux inattendus dans notre musique, car nous aimons nous lancer des défis et tant que nous estimons que c'est un pas en avant, on le fera.

Lionel : Es-tu le genre de musicien à rester isolé dans ta cave pour écrire une telle musique?

Ralph : Je vis seul et j'écris seul.  Ce sont les deux attributs que je chéris. Mais je ne suis pas ce genre de solitaire que vous pourriez imaginer. J'ai un bel appartement ensoleillé et je vis avec mon chat. Je sors et je fais des choses sociales, mais j'aime aussi passer du bon temps seul. Si le sentiment d'écrire me pousse, je prends ma guitare et je joue. Cela peut arriver à la maison, c'est arrivé là où je travaille et cela s'est passé pendant que j'étais en tournée. Donc, il n'y a pas un endroit bien sombre où je vais pour écrire des disques. C'est assez simple: quand je me sens comme une grosse merde, je dois faire quelque chose. Parfois, la course à pied ça peut aider, parfois j'ai besoin d'écrire de la musique ou des paroles.

Lionel : La musique d’Ultha peut être abstraite pendant les breaks. Comment faites-vous en studio? Est-ce que le groupe y improvise ?

Ralph : Jamais ! Tout est très bien défini quand on commence à enregistrer. Nous ne faisons jamais de "jam". Il n'y a juste pas de temps, car nous travaillons tous beaucoup. Nous répétons une fois par semaine, j'apporte des riffs, nous essayons le break, nous travaillons les détails et essayons de tout faire en un bloc une fois que nous avons commencé à enregistrer. Cette fois-ci, Andy a étendu certaines de ses parties de clavier après que le reste des choses ait été enregistrées. Mais c'est l'avantage d'enregistrer dans son propre studio, le Goblin Sound Studio à Cologne, où nous pouvons travailler et enregistrer notre matériel dans les meilleurs conditions possibles.

Lionel : Parles moi un peu de tes idoles, tes musiciens, groupes et chanteurs préférés, des personnes qui t’ont fortement inspiré à créer Ultha ?

Ralph : Je suppose que les groupes mentionnés ci-dessus, tels que Emperor, Weakling, Neurosis, Ash Borer et Leviathan font parti de cette envie de départ. Au cours des dernières années, nous avons laisser d’autres influences avoir plus d’impact sur nous. Si je devais en nommer quelques-uns, je pense que Fields Of The Nephilim, Wovenhand, Blut Aus Nord, Deathspell Omega ou Yellow Eyes ont été les premiers choix.

En ce qui me concerne, mon groupe préféré est New Model Army. Ils resteront toujours ma plus grande influence pour l’écriture de la musique et des paroles. En outre, des personnes comme Michael Gira ou Jaz Coleman et leurs groupes respectifs Swans et Killing Joke ont eu une grande influence sur moi.

Tous deux ont mis tant de temps, de réflexion et d'énergie à créer une musique passionnée, honnête et spéciale. C'est leur lutte pour un contrôle créatif maximal et le dévouement absolu à la cause qui en font des modèles pour moi. En ce qui concerne les paroles il y a mon parolier préféré avec Justin Sullivan de New Model Army bien sûr, Justin Sullivan sans oublier Nick Cave et Robert Smith. Mais mon point de départ, je suis devenu accro à la lecture et à l’écriture de paroles complexes et métaphoriques sur le mal que l’on retrouve dans l’être humain, venant des groupes de la fin des années 90 tels que Integrity, Catharsis ou Starkweather.

Lionel : Merci pour tes réponses !

Ralph : C’était un plaisir. Merci de votre intérêt pour ce que nous faisons.



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