Vision Divine – Destination Set to Nowhere

Un voyage en première classe !

– Ouais enfin bon, j’en ai marre, en ce moment je n’ai plus trop le feeling ni d’inspiration, puis plus le temps surtout, trop de trucs à gérer etc…
– C’est dommage, t’écris bien je trouve.
– Bof, y a bien plus fort que moi pour ça dans ma team, puis voilà quoi, trop de choses à faire.
– Dommage que t’arrêtes les chroniques quand même !
– Bah j’en ferai bien une rarement de temps en temp normalement…

Tu parles Charles, t’aurais mieux fait de fermer ta gueule !

Bref, au cas où vous ne l’auriez pas compris, c’est à moi-même que je m’adresse sur cette dernière phrase, et le gars qui a « trop de trucs à faire » et qui n’avait plus envie d’écrire, c’est moi aussi. J’ai bien l’air bête donc à vous proposer ainsi une chronique en cette fin de mois de septembre, limite je me décrédibilise tout seul, mais quand on y pense ne dit-on pas « il ne faut jamais dire jamais » ? Surtout quand on ne sait pas sur quoi on va tomber, ou quand un groupe que l’on croyait plus ou moins enterré après un opus totalement raté et indigne nous revient avec une offrande plus que probante. Ajoutez à cela qu’il s’agit d’un combo dont je suis plus ou moins spécialiste, je ne pouvais donc que tomber dans le piège béant offert par ce Destination Set to Nowhere des italiens de Vision Divine, sorti le 14 septembre chez earMusic.

Première constatation, un gain de qualité indéniable au niveau du son. Là où 9 Degrees West of the Moon paraissait fort brouillon au niveau de la production et du mixage (désolé Timo Tolkki…), cette nouvelle galette bénéficie d’un rendu clair et probant, le fruit d’un travail réalisé par le guitariste-compositeur-leader lui-même Olaf Thorsen, qui semble-t-il fut très mécontent à l’époque lorsqu’il reçut le mastering final du précédent album. Pas d’erreur subie ici donc, Destination Set to Nowhere possède une aura spatiale et classieuse qui confère parfaitement au concept de « voyage intersidéral » récurrent tout au long de l’opus.

« Si j’étais le feu, j’embraserais le monde » … c’est avec une introduction plutôt mystique et cosmique que débute ce disque, avec la narration d’un vieux poème italien datant du Moyen-Âge et qui précède le compte à rebours préalable à un départ dans l’espace. Le ton est donné, c’est à un périple vers des horizons lointains que Vision Divine veut nous inviter, histoire de nous faire oublier un accident de parcours mais aussi la glorieuse époque de Michele Luppi au chant. Pour ce faire, qui de mieux que le maestro Fabio Lione, chanteur désormais mondialement reconnu dans le style grâce à ses performances remarqués dans Rhapsody of Fire, et qui se décide enfin à « tout donner » dans son « autre groupe ». Il faut savoir que l’histoire entre Fabio et Vision Divine remonte aux années 90 et aux premiers opus du groupe, c’est ainsi un retour qu’il effectua pour le CD de 2009… sans grande réussite donc, vous l’aurez compris, avec l’impression d’un travail bâclé ou survolé. Le ressenti est toute autre sur ce Destination Set to Nowhere, peut-être est-ce parce que Fabio a participé à toutes les compositions figurant sur cette galette qu’on le sent parfaitement à l’aise et, encore mieux, au top de sa forme. Il semble évident de plus que les deux dernières sorties de Rhapsody of Fire et sa tournée avec Kamelot lui ont ouvert d’autres champs de possibilités, et même s’il ne révolutionne en rien son approche il dose parfaitement chacune de ses lignes vocales les ponctuant de quelques envolées dont il a le secret. C’est simple, aucune chanson ne bénéficie ici d’un résultat moyen au niveau des mélodies chantées, une prouesse qui s’ajoute au fait que chaque composition justifie pleinement sa place et possède sa propre valeur ajoutée.

Vision Divine 2012

En partant de ce principe, cet album s’avère donc parfait pour les fans de power metal teinté de progressif et de mélodies accrocheuses, pour un résultat oscillant entre Stratovarius (et même le Strato moderne post-Tolkki, plus d’un passage serait ainsi à rapprocher du dernier méfait des finlandais Elysium, fort convaincant par ailleurs) et Dream Theater (ne serait-ce pas un riff très inspiré de « Under a Glass Moon » qui transpire sur le premier morceau « The Dream Maker » ? Sans oublier la conclusion dont on reparlera plus tard). Pour les fans de metal mélodique plus « moderne » et actuel », on pourrait aussi retrouver quelques influences chères au groupe australien Voyager, notamment sur quelques soli claviers de l’ami Alessio Lucatti que Daniel Estrin ne renieraient pas, bien qu’on puisse encore plus le rapprocher d’un Jens Johansson des familles. Pour le reste, toute la scène power prog semble rassasiée, même Rhapsody se voit quelque peu rendu hommage par instants comme sur le solo sweepé de « The Lighthouse » pour ne citer que celui-ci.

Une certaine classe rejaillit donc de cette nouvelle galette surprise, nous étions au final très peu à nous attendre à telle qualité de composition, de son et de chant. Tout cela mélangé, on comprend très vite qu’une certaine addiction nous habite, tant est si bien que plus on l’écoute et plus on comprend à quel point les détails ont été pensés et réfléchis afin de faire de cette sortie une profonde réussite. Olaf Thorsen nous sort le grand jeu guitariste sans forcer, basant sa technique sur un certain groove profond, sur des éclats aériens à la John Petrucci, et finalement peu de speed à tout crin à la Tolkki ou à la Turilli même si cela reste foncièrement dans ses cordes. Outre cet aspect instrumental profondément maîtrisé et renforcé par un second guitariste nommé Federico Puleri qui semble être bien plus qu’un faire-valoir du maestro, la partie rythmique s’inscrit dans une logique diabolique, souvent progressive donc, mais jamais prise de tête. Ainsi Andrea « Tower » Torricini balance sa basse avec une justesse éclatante et quelques points d’ancrage bien savoureux, tant et si bien que la batterie parait souvent en retrait malgré le travail très précis d’Alessandro Bissa… peut-être est-ce là le seul léger défaut du mixage global après tout.

Côté morceaux, l’album a cette géniale uniformité (non, ces termes ne sont pas toujours paradoxaux) qu’il en est difficile d’en sortir un du lot, tant au final ils sont tous convaincants. Cherchons la petite bête et tentons de relever les « moins biens », nous aurons bien du mal mais allons voir du côté de « The Lighthouse » (très conventionnel) et de « Here We Die » peut-être un poil moins entraînant. Pour le reste, même les chansons plus mid-tempo lentes ont une vraie saveur, « Message to Home » emporte tout de son refrain venu de nulle part tandis que la conclusion éponyme « Destination Set to Nowhere » nous touche par ses ambiances très synthétiques, un peu 80s, ou Dream Theater des années 90, voire plus récemment Pagan’s Mind – la boucle étant ainsi bouclée. Pour le côté plus metal, c’est très certainement « The House of the Angels » qui remporte la palme, avec un Fabio survolté qui met en exergue ses progrès apparus sur les The Frozen Tears of Angels et From Chaos to Eternity de son groupe principal. Sur « The Sin Is You », véritable petite pépite certes simpliste mais hymnesque, c’est sur des graves à la Kamelot qu’il s’essaye (comme quoi cotoyer le combo de Thomas Youngblood a sûrement laissé des traces), avant de terminer sur un aigu screamé à l’helium. Enfin, le single « Mermaids from the Moons », présenté en avant-première et récemment gratifié d’un vidéo clip, prend encore plus son sens au sein même de l’opus, donnant un premier gros coup de fouet à l’album après un démarrage pourtant fort agréable et un « The Ark » profondément intense (refrain magique et break ambiancé qu’un Keldian n’aurait pas renié… tiens donc, ça vous étonne que je parle d’eux ? ^^). Il n’y a donc rien à jeter, alors à partir de là…

… Album parfait ? Hmm, la perfection musicale n’existe pas, vous le savez bien, on pourra toujours reprocher à Vision Divine de jouer en terrain conquis et d’enfoncer quelques portes ouvertes. Mais le faire aussi bien, en 2012, surtout après un essai disons-le catastrophique qui aurait pu sonner le glas du combo italien, c’est un authentique exploit qu’il faut saluer. A croire que les carrières de Fabio (avec le retour de Rhapsody of Fire et la parenthèse Kamelot) et de Olaf (qui s’est ressourcé en retrouvant Labyrinth) ont pris une nouvelle dimension, plus mature, plus respectueuse d’un feeling à tout épreuve. Les fans devraient être ravis, d’autant plus que ce CD tient sur la longueur et semble ne pas avoir encore révélé toutes ses richesses. Même après 10 écoutes et plus, c’est dire.

Puis bon, il m’a redonné envie d’écrire une chronique surtout, rien que pour cela ce Destination Set to Nowhere n’a de prix. Ne croyez vous pas ?

 

PS : A noter qu’une 2ème CD bonus est dipo sur l’édition limitée, avec des réenregistrements de chansons  période Michele Luppi avec Fabio au chant et une superbe reprise de Savatage, l’excellente « Gutter Ballet ».
 
 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements