Einar Selvik et Ivar Bjørnson à  la Machine du Moulin Rouge (28.01.2019)

On le sait depuis quelques années maintenant, la moindre venue d’Einar Selvik est synonyme de concert magique et inoubliable. Sauf qu’en ce 28 janvier 2019, l’événement est d’autant plus grand. Car ce n’est pas Wardruna qui passe à la Machine du Moulin Rouge mais le projet d’Einar Selvik et  Ivar Bjørnson, qui n’avait jusqu’alors effectué que quatre concerts en quatre ans.

 

Auteurs de deux albums magnifiques, les deux compères font donc halte dans cette salle historique affichant complet avec l’intention de transmettre une partie de son histoire et de son ressenti. Pas de première partie, les lumières s’éteignent à 20h tapantes et les musiciens prennent place sur scène. Guitare, batterie, claviers et violons, les instruments utilisés appellent au minimalisme.


Les riffs d’Ivar Bjørnson s’étirent dans la salle, les toms de batteries sont caressés par  Iver Sandøy et  »Hugsja » débute alors. On croirait presque entendre la houle et apercevoir la brume maritime quand résonne alors la voix puissante d’Einar Selvik. Le ton est donné, dans la lignée du deuxième album de cette entité, le concert sera intimiste, très doux.


On découvre un Einar beaucoup plus bavard qu’à l’accoutumée, prenant le temps pour parler au public de l’histoire de la Norvège, faite de voyages, de rencontres, bien loin du stoïcisme montré lors des concerts de Wardruna. Il faut dire que la musique proposée ce soir s’y prête beaucoup plus.


En effet, affranchis de la majeure partie des instruments traditionnels norvégiens utilisés dans son projet principal, les musiciens présents sur scène proposent une musique beaucoup plus folk. La guitare, le violon et le clavier créent une nappe évanescente sur laquelle s’étire chaque note de Jouhikko ou de Gemshorn qu’ Einar utilise à pratiquement chaque morceau.



La principale question de la soirée était de savoir comment mixer deux albums, Skugsja et Hugsja, qui ont de prime abord peu de points communs, le premier étant beaucoup plus électrique que son successeur. La réponse est pourtant facile, tant la thématique qui anime les musiciens présents ce soir l’emporte sur le reste. La setlist est à ce sens très bien faite et enchaîne les morceaux de bravoure.


On perd ce mysticisme évocateur propre à Wardruna ce que la musique gagne en puissance et en viscéralité. Sortis des sentiers néofolk,  Ivar Bjørnson et Einar Selvik s’aventurent dans des contrées à la limite du post rock. On le ressent parfaitement en milieu de set quand le groupe enchaîne coup sur coup « Nattseglar », « Fehu » – dans une sublime version acoustique – et « Kvervandi ». La puissance de la guitare croisée à celle du clavier, les notes entêtantes de violon, les chœurs hypnotiques, sans la voix, on se croirait presque sur une chanson de Godspeed You ! Black Emperor


On pourrait reprocher la relative discrétion des musiciens qui accompagnent Einar et Ivar sur scène. Néanmoins, que ce soit Håkon Vinje aux claviers,  Iver Sandøy à la batterie – tous deux membres d’Enslaved – ou Silje Solberg au violon, tous paraissent présents dans le même but, faire vivre une expérience à l’auditeur.


Einar Selvik dans ses projets renvoie aux fondamentaux de la musique. Une histoire qui nous est contée au travers de morceaux très évocateurs qui remplissent l’auditeur d’images, de voyages et d’émotions. Et même si les problèmes ce soir-là sont légion, entre guitare amenée sur scène non accordée, piste d’ambiance qui ne se lance pas, ils donnent un certain charme à ce concert. Celui d’une présence humaine et chaleureuse qui permet à Einar de communiquer, loin de l’image de monolithe musicale donnée par Wardruna.


La fin du set arrive vite, trop vite, dans ce maelstrom continu d’émotions fortes. Et quoi de mieux pour finir un concert que de parler de la mort. D’abord avec « Um Heilage Fjell », puis comme lors des concerts de Wardruna, avec « Helvegen ». Ici, la mort n’est pas une hantise, simplement un voyage supplémentaire. Il ne s’agit que de l’ordre naturel des choses qui nous montre que c’est de notre vivant qu’il faut laisser une trace et ne pas avoir peur de laisser sa place, que tout est création et que la vie continue son sillage après notre passage sur Terre.


Si proche, si loin à la fois. Bien sûr que les ponts sont nombreux entre la musique d’Einar Selvik et  Ivar Bjørnson et celle de Wardruna. Mais en changeant les oripeaux de son folk, en lui ajoutant des instruments électriques et en jouant sur les motifs et les sonorités, le leader de la scène neofolk montre que ce projet n’est pas de trop et qu’il mérite lui aussi de suivre sa voie. Ce concert du 28 janvier, bien que très court -1h30 et seulement douze chansons-, en fût la preuve. Un instant d’émotions pures et d’histoire dont les personnes présentes se sont abreuvées avec joie.


Setlist:
Hugsjá

WulthuR
Fornjot
Skuggsjá
Ni mødre av sol
Nattseglar
Fehu  -Wardruna cover-
Kvervandi
Nordvegen
Return to Yggdrasil -Enslaved cover-
Um heilage fjell
Helvegen -Wardruna cover-

 Photographies : © Arnaud Dionisio 2018
Toute reproduction interdite sans l’autorisation du photographe



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