Devin Townsend – Empath

Après avoir mis fin au Devin Townsend Project (qui rejoint sa genèse, le Devin Townsend Band, quelque part dans les limbes de l’esprit du Canadien), Devin Townsend est de retour, en solo cette fois-ci avec Empath. « Synthesis » aurait également pu convenir comme patronyme pour cet opus qui condense les différentes facettes de la personnalité et de l’esprit fou de Devin dans une tornade créatrice plutôt difficile d’accès.

La courte introduction « Castaway » ouvre le bal avec ses chœurs féminins et ses bruitages qui évoquent un rivage. L’auditeur s’apprête à se jeter à l’eau avec un « Genesis » barré où l’on retrouve le timbre unique du divin chauve. Choeurs épiques, sonorités electro typées jeu vidéo, riffs massifs, orchestre, blast de batterie synthétiques… Tout y passe et on se retrouve dans un joyeux bordel musical qui mixe aussi bien les travaux réalisés sur Ghost (et ses passages aériens acoustiques) que ceux de Deconstruction (pour ses structures alambiquées et son parti-pris débridé).

Pourtant ce premier titre n’est qu’une mise en bouche puisque la suite sera du même acabit. Libéré des carcans qu’il s’imposait au sein du Devin Townsend Project, l’artiste part dans toutes les directions, faisant preuve d’une versatilité créative sans commune mesure. On sent que le musicien a bien pris en compte la définition même du terme « prog ». Choeurs et progression harmonique pop sur « Spirits Will Collide » (à la « Before we Die » sur Sky Blue), rythmique massive puis couplet acoustique sur « Evermore », conte psychédélique sur l’intro de « Sprite », orchestre à la Disney sur « Why? », Devin aime déstabiliser l’auditeur dans un tout complètement hétérogène. On pense par instants à la violence bruitiste d’un Strapping Young Lad, puis au côté éthéré (voire country comme avec ce ukulele présent sur « Borderlands ») qui caractérisait Ki ou Ghost, avec ce quelque chose en plus unique à cet album du Canadien : l’audace de Devin Townsend est ici décuplée, alors que sa discographie est pourtant déjà exemplaire à ce niveau là.

Si la prise de risque est à saluer, il en résulte un album difficile à appréhender, même pour quelqu’un de familier au style Devin Townsend. Les structures des titres sont très progressives, avec des transitions particulièrement travaillées (l’épique « Singularity » peut en témoigner). Sur cet opus solo, Devin a toutefois fait venir certains de ses amis musiciens. On retrouve ainsi la voix d’Anneke Van Giersbergen sur un « Hear me » particulièrement massif, ce qui permet à l’auditeur de s’accrocher à la voix de la Néérlandaise comme à une bouée dans cette tornade de riffs et de sonorités.

Les onze minutes de « Borderlands » et les vingt-trois de « Singularity » vont quant à elles vous secouer sévèrement. Ce « Singularity » est certes complexe et synthétise à lui seul Empath, mais sa construction est un bijou de composition. On apprécie les mesures asymétriques et le thème sifflé puis joué par la batterie à 15:05. Vocalement parlant, Devin est à son niveau le plus impressionnant, l’homme semblant en effet être capable de tout réaliser en terme de chant.

Côté production, les fans de Devin ne seront pas déboussolés par ces couches qui se superposent. Toutefois, si le côté synthétique est toujours présent, l’ajout de sonorités plus acoustiques et organiques (cet orchestre sonne véritablement comme un vrai) est un plus non négligeable. Le seul reproche que l’on peut faire à cet opus finalement, c’est de partir dans toutes les directions et de manquer de cohérence, bien qu’il s’agisse d’un parti-pris assumé, comme il nous l’avait confié lors de notre entretien.

Bruitiste, calme, violent, puissant, osé, fou. Tous ces qualificatifs ne suffisent pas à décrire Empath. Ce nouvel opus est certainement le plus diversifié du Canadien, le plus aventureux, le plus progressif mais également le plus difficile d’accès. Au fil des écoutes, l’album se dévoile petit à petit et sa richesse et son audace séduiront les plus exigeants et les plus téméraires. Avec Empath, Devin nous ouvre une partie de son cerveau afin que nous nous rendions compte à quel point cet homme là est différent de tout le monde. Un vrai artiste dont la force créatrice est bouillonnante et finalement unique en son genre.

Tracklist
1. « Castaway » 2:28
2. « Genesis » 6:05
3. « Spirits Will Collide » 4:39
4. « Evermore » 5:30
5. « Sprite » 6:37
6. « Hear Me » 6:30
7. « Why? » 4:59
8. « Borderlands » 11:02
9. « Requiem » 2:46
10. « Singularity « 23:33 »
    « I. Adrift
    « II. I Am I »
    « III. There Be Monsters »
    « IV. Curious Gods »
    « V. Silicon Scientists »
    « VI. Here Comes the Sun! »

Déjà disponible chez Inside Out
Photographies : © DR Inside Out

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements