Misanthrope (+ Embryonic Cells) à  La Chapelle Argence – Troyes (18.05.2019)

Mine de rien, cela fait déjà trente ans que Misanthrope impose son metal protéiforme, empruntant aussi bien au death metal qu’au doom, le tout déclamé dans la langue de Molière, comme une déclaration d’amour à notre pays. La formation fondée et menée par SAS de l’Argilière a donc décidé de sillonner les routes de France pour l’occasion. En ce mois de mai, c’est à Troyes que Misanthrope a posé ses valises, accompagné par les locaux d’Embryonic Cells, prometteuse formation de black metal. Retour sur cette très belle soirée.

 


Embryonic Cells

Les Troyens d’Embryonic Cells sont d’ores et déjà en terrain conquis au moment de fouler les planches de la Chapelle Argence. Et pour cause, le combo a son lot de fans dans la salle, et son dernier opus, Horizon, est d’une grande richesse. Embryonic Cells nous le prouve d’ailleurs dès le premier titre, « Never Let You Fall », avant de ressortir « une vieillerie du placard » d’après Max Beaulieu (chant/guitare) avec « This You Can Trust » tiré de Black Seas, deuxième album de la formation.

Dès l’entame du concert, on se rend compte que le son est très équilibré, les claviers de Pierre le Pape apportant une dimension épique, rappelant la grande référence qu’est Emperor. Toutefois, Embryonic Cells n’hésite pas à lorgner du côté du prog et développe ses ambiances, comme sur le sublime « Across The Mountain », petit bijou de black épique et progressif, qui en seulement huit minutes parvient à susciter beaucoup d’émotion chez les spectateurs.

D’ailleurs, ces derniers sont clairement acquis à la cause des Troyens, les applaudissant chaleureusement entre les titres, ou scandant les « Azathoth » du titre éponyme, inspiré de l’univers de Lovecraft. Sur ce morceau, Max Beaulieu joue le jeu de la théâtralité, utilisant un crâne rempli d’argile avant de se maquiller avec. La dimension théâtrale est une fois de plus de mise sur le dernier titre « Carved in My Skin » (un autre excellent morceau tiré d’Horizon) sur lequel le chanteur s’empare d’une épée, rappelant les influences heroic fantasy du combo.

En quarante minutes, Embryonic Cells a su faire forte impression, confirmant sur scène la qualité de ses compositions. On attend désormais de revoir le groupe, qui se produira sur les planches du prochain Hellfest, et qui glanera à n’en pas douter de nouveaux fans.

Setlist Embryonic Cells

Never Let You Fall
This You Can Trust
Across the Mountain
Azathoth
I Burn With Life
Carved in my Skin

Misanthrope


Afin de célébrer comme il se doit ses trois décennies d’existence, Misanthrope a choisi de balayer l’ensemble de sa discographie en interprétant au moins un titre par album. Et c’est en toute logique par « La Fabrique du Fataliste » que le concert commence avant d’entamer une rétrospective de la longue carrière du groupe.

Sur les deux premiers titres, dont un « Aenigma Mystica » toujours plaisant en live, SAS de l’Argilière porte des lunettes noires, avant de s’en débarrasser, se rapprochant ainsi du public et sortant de son rôle d’Alceste réincarné. En effet, entre les titres, ce n’est plus SAS de l’Argilière qui s’adresse aux spectateurs, mais bien Philippe Courtois, son alter ego au quotidien. Le chanteur plaisante avec l’audience, instaurant immédiatement une relation de proximité et de simplicité en dépit d’une telle carrière. Il en profite pour expliquer le concept de la soirée, précisant que cette date anniversaire donne l’occasion de réinterpréter des titres rarement joués. A ce sujet, « l’Ecume des Chouans » (« qu’on joue tout le temps » précise Philippe) ne sera pas interprété ce soir, le quatuor lui préférant « Humiliations Libertines ». Le vocaliste plaisante également avec les spectateurs leur demandant s’ils ne préféreraient pas être devant leur téléviseur à regarder l’Eurovision.

Comme à chaque concert de Misanthrope, la basse de Jean-Jacques Moréac claque sous les passages slappés, voire joués en tapping. De quoi rappeler à tous que le bassiste de Misanthrope est peut-être le plus polyvalent de la scène française à ce poste, jouant avec une écœurante facilité et apportant une touche parfois jazz et groovy aux compositions, complétant à merveille les plans d'Anthony Scemama. Derrière ses fûts, Gaël Feret est également capable du blast le plus sauvage et rapide comme de marquer le rythme avec beaucoup de subtilité. La mise en son est également exemplaire, permettant de comprendre les textes déclamés avec emphase par Philippe, et on se rend rapidement compte de l’alchimie qui règne entre les quatre musiciens. Le line-up, stable depuis Sadistic Sex Daemon (d’ailleurs représenté par l’excellent « La Marche des Cornus ») ne souffre d’aucun défaut et chacun des membres du groupe a su trouver sa place au fil des années.

Le set se poursuit avec de belles raretés (« Maudis Sois-tu Soleil » tiré de Miracle Totem Taboo) mais ce sont les classiques tels que « 1666 Théâtre Bizarre » ou « Bâtisseur de Cathédrales » qui recueillent un accueil des plus chaleureux.

Avec ce show spécial 30 ans, Misanthrope a su rappeler qu’il était l’un des piliers du metal français, à l’originalité sans comparaison au sein de la scène, mêlant les atmosphères lugubres du doom et du gothique avec la puissance du death. Pourtant, ce concert a su montrer un quatuor au visage profondément humain, attaché à sa fan-base et dont l’attitude chaleureuse tranche avec la théâtralité affichée dans les titres.

Bon anniversaire messieurs et à très bientôt !

Setlist Misanthrope

La Fabrique du Fataliste
Aenigma Mystica
Névrose
Hater of Mankind
And Also the Lotus
Humiliations Libertines
Sulfureuses Contestations
Le Roman Noir
Emmurement
Maudit Sois-tu Soleil!
Passion Millionnaire
La Marche des Cornus
1666 Théâtre Bizarre
Bâtisseur de Cathédrales

Photographies : © Pascal Seher
Toute reproduction interdite sans l'accord du photographe



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