Samael + Hangman’s Chair, Petit Bain (Paris), 17.05.19

Sur le papier, on peut trouver l’affiche du jour intrigante, en tout cas inédite : les Français de Hangman’s Chair, connus pour leur cold metal froid et déchirant, ouvrent ce soir pour Samael, emblématique groupe suisse fort d’une discographie black / indus de plusieurs décennies, à nouveau en tournée pour présenter son dernier opus Hegemony. Cela faisait trois ans que les Helvètes ne s’étaient pas produits dans l’Hexagone, et le public parisien est clairement au rendez-vous pour ne pas manquer cette soirée d’exception, si l’on en juge à la foule compacte qui se presse à l’entrée de la péniche de Petit Bain.   

 

Hangman’s Chair 
 

Une entrée en scène sobre, un backdrop portant le nom du groupe en grosses lettres, le visuel étrange du sourire grinçant de Mehdi en guise de déco pour la caisse claire de la batterie, rappel en version tatouage du titre de l’excellent dernier album des Franciliens, Banlieue TristeHangman’s Chair, c’est avant tout cette ambiance sombre, froide et chargée qui s’impose dès l’introduction de « Banlieue Triste ». Les quatre musiciens, concentrés, se préparent à entrer dans une sorte d’état second qui va exploser aux premières notes de « Naïve », emmenant le public dans une spirale forte de coldwave mélancolique et puissante. 

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Deux types de réaction dans la fosse ce soir : comme stupéfaits, les néophytes, probablement venus pour Samael, semblent happés par la perplexité dès ce premier titre, marqué par la mélodie implacable et la voix déchirante de Cédric, pour finir par plonger, bon gré mal gré, dans les méandres de la mélancolie qui semble inéluctable tellement le son est puissant, la basse lourde au point d’en faire vibrer les corps, et la prestation plus que convaincante.

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Les connaisseurs du public (et ils semblent nombreux ce soir, la formation francilienne jouant en effet « à domicile »), quant à eux, s’engagent immédiatement dans un moment de communion en agitant la tête et en reprenant les paroles en chœur. Difficile, dans tous les cas, de résister à cette ambiance pesante et chargée, qui s’installe pour de bon avec « Sleep Juice » et le sombre « 04/09/16 ». 

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La présence forte des quatre musiciens, bien ancrés sur scène et en totale maîtrise de leur son, baignés d’un savant jeu de lumière jouant beaucoup avec l’ombre et collant parfaitement avec la noirceur des atmosphères, semble faire l’unanimité. Le parterre de Petit Bain applaudit à tout rompre entre les morceaux qui s’enchaînent rapidement.

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Avec « Dripping Low » et « Cut Up Kids », le set se fait de plus en plus planant, avec cette ambiance de malaise hypnotique teintée de lourdeur et de souffrance. Clément (basse) exhorte le public à donner de la voix, et mime les coups de poing de cette rythmique sourde qui prend aux tripes. 

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À coups de paroles mortifères, de riffs pesants de Julien, Clément et Cédric, et grâce au martèlement surpuissant de la batterie de Mehdi, heurtée de concert avec ce bercement chargé et plombant, Hangman’s Chair a su délivrer un set monstrueux, magistral, parfait. Quarante minutes d’une intensité sans pareil qui nous fait attendre avec impatience de revoir les Français en tête d’affiche très rapidement ! 

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Setlist Hangman’s Chair

Balieue triste (intro)
Naïve
Sleep Juice
04/09/16
Dripping Low
Cut Up Kids
Full Ashtray

 

Samael 
 


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L’ambiance change nettement à la pause, et c’est confirmé quand retentit l’intro étrange au son mystique dénotant un peu avec les batons lumineux placés sur les côtés de la scène en guise de backdrop et les fûts de batterie transparents. Les musiciens entrent et entament rapidement le titre éponyme du dernier album, « Hegemony », avec l’arrivée du frontman Vorph applaudie chaleureusement. Ce premier morceau impose le metal mélodique rythmé et entraînant des Suisses et il faut bien admettre que le son est très bon dans la fosse, et que l’ensemble rend plutôt bien.

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Une recette qui fait mouche, à base de grosses guitares, d’une rythmique électro menée par Xy, trônant à l’arrière de la scène, tel un marionettiste, avec son set composé d’une batterie, de boîtes à rythme et de synthés en tous genres. Le growl menaçant de son frère Vorph impressionne, et l’ensemble est agrémenté de riffs rapides et ravageurs. Le tout nouveau bassiste Zorrac, et Drop à la guitare (qui reprend ce rôle suite au départ de Marco Rivao en 2018, après avoir officié quelques années à la basse) assurent complètement, l’air inspiré et en totale maîtrise de leurs instruments. 

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La foule, dense, commence à s’agiter dès le deuxième titre, l’efficace « Samael », et on note avec « Rain », titre de plus de vingt ans, l’arrivée des premiers pogos. Les musiciens démontrent sur scène une grosse énergie en montrant du headbang chorégraphié et en interagissant souvent avec la foule. Avec sa barbe blanche et ses yeux cernés de noir, Vorph impose sa présence intimidante et sa puissance vocale, presque sans effort. Il s’adresse en français au public, avec une voix chaude presque douce qui contraste avec le growl qu’il envoie. Cette première partie comporte de nombreux titres du récent Hegemony, loin d’avoir fait l’unanimité à sa sortie, mais qui se révèlent pourtant très efficaces en live. L’identité indus marquée de Samael, le jeu de synthés intéressant et une maîtrise  instrumentale indéniable font que le public semble séduit : les slams sont -enfin- lancés sur « Rite Of Renewal ».

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Vorph demande à Paris de bouger… mais si l’on y regarde de plus près, la fosse bouge bien, sans que ce soit la folie furieuse. À l’arrière, même, l’écoute est plus contemplative, et le public reste bien sage. La faute peut-être au son inégal dans la péniche. En effet, basse et batterie sont assez assourdies au fond de la salle, ce qui fait perdre le set en efficacité. Le quatuor sort de scène pour un interlude après huit morceaux, dont le percutant et très doom « The Ones who Came Before », au chant d’outre-tombe. 

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De retour après quelques miutes, Samael entame une deuxième partie qui balaye davantage ses vingt-cinq ans de carrière. Six albums sont représentés en huit titres, du vintage et explosif « Son Of Earth » (1994) à « Ave ! » (2007) en passant par des titres issus de Eternal (1999), « Year Zero » et « Infra Galaxia », parenthèse séduisante et mélodique avec Vorph qui laisse sa guitare de côté pour l’occasion.  Le récent Hegemony ne sera représenté dans cette partie que par le single ultra rythmé « Black Supremacy », hymne mêlant electro, chant death et refrain entraînant. L’occasion pour les premiers rangs d’être maintenant complètement aveuglés par les jeux de lumières stromboscopiques méchamment alignés sur la rythmique impitoyable des morceaux.

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Après avoir salué et quitté une nouvelle fois la scène de Petit Bain, les Helvètes reviennent pour un rappel du meilleur effet. Les trois titres légendaires interprétés par Samael sont une sorte de dessert pour régaler pleinement le public et surtout les fans de la première heure. Au menu ce soir, les iconiques « Ceremony Of Opposites » et « Baphomet’s Throne », vingt-cinq ans d’âge mais pas une ride. Avec une dernière exhortation au public de la part de Vorph « Allez Paris, répète après moi : I… Am… The…One » il annonce « My Saviour ». Les gestes chorégraphiés des quatre hommes, dynamiques et inspirés, créent une sorte de chorégraphie hypnotique reprise en chœur dans la fosse où on voit du headbang mais aussi des connaisseurs adeptes de l’air guitar. C’est ainsi que le set s’achève, sans pour autant que la scène soit désertée. Les quatre musiciens passent en effet un moment à saluer leur public, distribuant accolades, setlists et mediators aux premiers rangs pendant quelques minutes.

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Une soirée réussie à Petit Bain, où l’affiche certes surprenante a donné toute satisfaction, et même plus encore. Samael signe un set solide et efficace, sans fausse note (si ce n’est le violent jeu de lumière) grâce à une maîtrise indéniable, des titres accrocheurs et une générosité non feinte. Énorme claque grâce à la première partie, puissante et convaincante. En pleine ascension depuis leur dernier album, les quatre hommes de Hangman’s Chair ont su convaincre, fasciner et interpeller le public parisien.

Setlist Samael :

Hegemony
Samael
Rain
Slavocracy
Luxferre
Angels of Wrath
Rite of Renewal
The Ones Who Came Before
INTERLUDE
Solar Soul
Son Of Earth
In the Deep
Infra Galaxia
Reign Of Light
Year Zero
Ave !
Black Supremacy

RAPPEL
Ceremony of Opposites
Baphomet’s Throne
My Saviour

Photographies ©Arnaud Dionisio 2019. Toute reproduction interdite sans l’autorisation du photographe. 



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