Gojira au Hellfest 2019

Vendredi 21 Juin 2019 – Mainstage 2 – 00h45

Gojira

« The Heaviest Band of the Universe »

Ce soir, une majorité de festivaliers attend la tête d’affiche du jour, celle qui peu à peu s’est hissée au sommet, Gojira. Oui il est temps de dire, de redire encore que la véritable tête d’affiche, celle qui n’exige pas même d’être reconnue, celle qui chasse naturellement toutes les autres, c’est Gojira. Quel pied de nez tout de même que ce quatuor soudé par des liens indéfectibles depuis 1996, une vision commune, une attitude humble qui fait la fierté de toute la communauté metal en France et sa réputation dans le monde entier.

La nuit est tombée sur Clisson, la foule immense est déjà là, les yeux rivés sur la scène où apparaît la forme fugace d’un être incandescent. L’immense cercle de l’infinitude surplombe le festival,  et se décline sur les écrans jusqu’à former l’univers cosmique que Gojira est venu porter jusqu’à nous. « Oroborus », le symbole de la vie éternelle. Le public est très dense et aussi très fatigué et s’il est peu réactif, il est très attentif. Nous connaissons bien Gojira maintenant et s’il est encore un mot que nous sommes capables de murmurer au bout de tant d’admiration, c’est bien le mot perfection.

Suit le phénoménal « Backbone » avec un son surpuissant et excellent qui réveille le public pendant que Mario Duplantier se déchaîne sur ses fûts avec toujours une précision à couper le souffle. Dès le début, et encore aujourd’hui, l’œuvre de Gojira véhicule un double langage. Musicalement, si la démarche se veut expérimentale, se croyant libérée des schémas et des contraintes pour accéder à la création la plus pure,  elle est d’abord organique et matérielle, livrant à son corps défendant les réminiscences gravées dans la chair. Et plus l’édifice est gigantesque, plus la structure se doit d’être solide. Et elle l’est. Les mots sont simples, hachés, jetés à la face du monde dans un rugissement empreint de rage froide, mais à y regarder de plus près, ici non plus, pas de faille, pas de plainte, mais un bras de fer sans concession qui mutile le corps et élève l’âme transfigurée au rang des grands hommes. Gojira est de la race des bâtisseurs.

« Don’t Lock the Door on Me » implore Joe Duplantier. Avec Magma, il est de bon ton de dire que Gojira prend un virage inquiétant. Vraiment ? Ecoutez donc « Stranded », maintenant. Aucune réponse ne peut être bradée dans l’instant, non Gojira ne se vendra pas au plus offrant et poursuit son parcours initiatique avec courage et honnêteté. Les mêmes qui déclarent avec mépris que le groupe ne fait plus aujourd’hui de metal ont pourtant bien reconnu le titre à la première rafle, tous pris par ce riff transperçant, inconscients encore que la brutalité polymorphe du groupe va toujours se loger là où l’on ne l’attend pas.

 

L’ombre de Mario se dessine dans la lumière bleutée quand commence « Flying Whales ». Le public se met à chanter, puis de plus en plus fort, l’émotion monte, les acclamations fusent. De grandes fumées blanches s’élèvent quand Joe s’écrie « On y va … ! « . Le public se déchaîne galvanisé de se voir démultiplié dans le miroir. Mario lui, ne lâche rien.

Les lumières s’éteignent un instant et Joe remercie les groupes de la scène française avec qui ils ont grandi, qui se sont succédé aujourd’hui sur la Mainstage 2. Puis il dédie « Love » au Hellfest. En arrière-plan un homme court le long des écrans géants qui traversent les Mainstages de bout en bout, progressant dans un univers lourd et abrupt proche de Meshuggah, il finit recroquevillé la tête dans les mains. Parmi les innovations que le festival offre chaque année, celle-ci est la plus bluffante. Voir Gojira, au Hellfest, de nuit, sur des écrans aux dimensions cosmiques nous laisse bouche-bée, le spectacle est grandiose et l’on ne s’en remet pas.

Le dernier album est mis à l’honneur ce soir, de même que Terra Incognita. La setlist est sans surprise avec tout de même « The Shooting Star » et « The Gift of Guilt ». Il manque néanmoins « Toxic Garbage » et surtout « The Heaviest Matter of the Universe », chef d’œuvre absolu du groupe de metal progressif le plus lourd de l’univers. Mais c’est aussi l’occasion d’entendre « Terra Inc », la petite oasis de fraicheur qui se cache dans l’immense « In The Forest ». De longs fils enchevêtrés descendent dans la lumière blanche métallique et sur ce tableau monochrome en négatif, Mario crève l’écran, paré de rouge, comme le flamboyant africain, cette fleur de paradis qui s’élève en plein désert.

« Silvera » débute accompagné de jets de flammes et le visage hurlant de Joe explose à la foule. Les images et les titres se succèdent et après une petite pause de quelques secondes, Mario reste seul pour un solo de batterie un peu court. Quelques festivaliers commencent à partir, vaincus sans doute par une première journée harassante, sachant que demain il fera encore plus chaud. Alors que Christian Andreu et Jean-Michel Labadie donnent tout, Joe interpelle le public. « Etes-vous toujours vivants ? » Une pluie de lumière descend sur la scène. Derrière les Mainstages un feu d’artifice sonne la fin du magistral concert du plus grand groupe de metal français, Gojira.

Setlist :
Oroborus
Backbone
Stranded
Flying Whales
Love
The Cell
Terra Inc.
Silvera
L’Enfant Sauvage
The Shooting Star
(Drum Solo)
Blow Me Away You(niverse)
Clone
Vacuity
The Gift of Guilt

Photos : © Lukas Guidet  2019
Toute reproduction interdite sans l’accord de la photographe.



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