The Young Gods au Hellfest 2019

Dimanche 23 juin 2019 – 21:50 – Valley

The Young Gods

Le malin plaisir du contrepied

Le public est loin d’être nombreux à 21h50 sous la Valley. Entre la fatigue et Slash qui donne un concert sur la Main Stage, peu de gens viennent voir The Young Gods. L’ovni du Hellfest, habituellement plus proche des festivals rock et pop que du metal va pourtant prouver que les absents ont toujours tort.

C’est avec « Figure Sans Nom » que démarre le récital de The Young Gods. Ce n’est pas à du metal mais à un rock lourd et planant que nous avons affaire, porté par les pesants samples et machines de Cesare Pizzi et la guitare et la voix de Franz Treichler qui répète en boucle d’un ton suave « elle danse une figure sans nom, elle danse une figure sans nom ». La batterie de Bernard Trontin, mécanique et chaude à la fois, rajoute un sentiment ambivalent, entre froideur et douceur.

Le groupe est entouré d’un halo doré et d’une brume qui transforme les musiciens en ombre. Les lumières participent grandement à cette ambiance tant paisible que prenante que dictent les Suisses. Dicte oui, car The Young Gods emprisonne petit à petit son auditoire dans les tréfonds de ses compositions. Les claviers sont de plus en plus lourds, de plus en plus forts et de plus en plus étouffants pour un rendu extrêmement fascinant musicalement.

Les sons s’allongent, s’étirent, on se perd dans les morceaux à fermer les yeux et se laisser emporter par cette mélodie qui est la preuve que l’on peut être agressif et intense sans suriner ses instruments à la vitesse de la lumière. Les riffs sont simples et éthérés, à tel point que chaque montée de violence, chaque mise en avant des samples est une charge émotionnelle.

Les ambiances et atmosphères proposées par le groupe sont magnifiques. Les claviers de Cesare se répandent dans toute la Valley et se disposent lourdement sur le public présent. En ce début de set, les Genevois joue avec le potentiomètre, font grimper puis redescendre doucement la pression, comme pour signifier d’un brin de mélancolie la fin qui approche du Hellfest.

The Young Gods avec ses 35 ans de carrière, reconnu par ses pairs comme l’un des groupes de rock les plus importants de sa génération, donne un concert intense, puissant. On cherche les liens, les ponts, on se rattache à une note au fil de chaque morceau, à un bruit ou un riff, quand le trio semble prendre un malin plaisir à perdre son auditeur. On pourrait presque dire que The Young Gods se construit dans la déconstruction de ses compositions, à tel point qu’on ne peut que comprendre pourquoi Trent Reznor les cite en influence.

Après une première demi-heure tout en douceur, tout change. La musique se fait alors plus dansante et Franz demande alors au public de s’approcher. Une boucle répète « bouge ton corps » inlassablement, telles des incantations pour attirer le public dans son monde de longues minutes durant avant d’imposer dans un maelstrom de notes indus. « Envoyé » démarre et la violence se fait sentir sous la Valley avec cette batterie qui part dans les tours, ce riff de guitare incisif aux allures infinies et ces machines froides et infernales.

La plus grande qualité de The Young Gods est de savoir jouer avec ses morceaux, quand les étirer, quand les faire partir, à l’instar des meilleurs groupes de post-rock. Les implosions rythmiques qui arrivent en fin de concert n’en sont alors que plus fortes, rendant le public ultra réceptif. Il faut avoir une sacrée paire de gonades pour prendre autant le temps avec des festivaliers. S’amuser avec les cadences, les casser, plonger l’auditeur dans l’ambiance durant presque une moitié de concert avant de rompre à coup de chansons violentes, c’est osé, mais le pari est rempli haut la main par les Suisses.

On se demandait comment un groupe aussi connu et étranger aux musiques habituelles du Hellfest pouvait jouer sous la Valley. Et ben la réponse est simple : certes The Young Gods est plus proche du rock que du metal. Mais leur rock est viscéral (cocasse pour de l’indus), puissant et totalement prenant émotionnellement, à tel point qu’on ne pouvait rêver mieux pour clôturer cette édition 2019 sous la Valley.

Setlist
Figure Sans Nom
Tear Up the Red Sky
All My Skin Standing
About Time
Envoyé
Kissing the Sun
The Night Dance
You Gave Me a Name

Crédit Photo : Draksmoon – Julie Warnier http://www.juliewarnier.com
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