Ayreon, 013 Poppodium de Tilburg, Pays-Bas (14.09.2019)

Depuis que la tête pensante d’Ayreon, Arjen Lucassen, a enfin décidé il y a deux ans de donner vie en live à son projet, chaque concert est un événement pour les fans de metal progressif. En effet, en 2017, c’était une poignée de dates qui était planifiée pour balayer toute la discographie d’Ayreon avec un casting cinq étoiles. Deux ans plus tard, Arjen a choisi de célébrer les vingts ans de son disque phare, Into the Electric Castle, avec quatre shows sur un weekend seulement, et en réunissant une bonne partie du casting d’origine. La Grosse Radio ne pouvait décidément pas manquer cela et nous avons fait la route jusqu’à Tilburg pour assister à la prestation du samedi soir.

En arrivant à Tilburg, à proximité du 013 Poppodium, il est frappant de voir que la ville entière semble s’être mise aux couleurs d’Ayreon, les bars proposant des plats « Ayreon Specials », et la majorité des passants portant des t-shirts estampillés du plus célèbre projet de Lucassen. On peut également apercevoir un Damian Wilson décontracté qui déambule dans les rues de Tilburg comme si de rien n’était. En parallèle du concert, une exposition consacrée à Jef Bertels est également programmée pendant le week-end. Cet artiste belge est notamment connu pour avoir réalisé de nombreuses pochettes d’Ayreon, dont celle du célèbre Château Electrique, et il est plaisant de voir les œuvres originales en taille réelle. De quoi prolonger la magie du concert et du weekend où tout semble tourner autour de l’œuvre du géant hollandais.

La foule s’amasse peu à peu devant la salle de concert en attendant que les portes s’ouvrent. Une fois à l’intérieur, nous découvrons une salle de belle taille, à la capacité d’environ 3000 places où l’acoustique sera quasi exemplaire durant la soirée et où ses marches permettront à chacun de bien voir, malgré la taille relativement importante des Néerlandais.

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Peu après 20h, les lumières s’éteignent et les rideaux s’écartent, dévoilant un décor grandiose. Un château grandeur nature a été reconstitué, posté devant un écran géant diffusant les artworks de Jef Bertels. La voix de John de Lancie, acteur américain et narrateur de la soirée, connu pour avoir interprété le rôle de Q dans Star Trek, retentit. Il campe un extra-terrestre de la race des Forever, qui se lance dans une expérience particulière en réunissant un groupe d’humains venus de plusieurs époques et en les confrontant à leurs émotions.

Avec « Isis and Osiris », les différents protagonistes apparaissent peu à peu, à commencer par Fish, le géant écossais, vite rejoint par Anneke Van Giersbergen (l’Egyptienne), Simone Simons (l’Indienne, qui remplace Sharon Den Adel qui intervenait sur l’album), Edwin Balogh (le Romain) et Damian Wilson (le chevalier).

Ayreon, live, into the electric castle

Entre les jeux de lumière, la scénographie (les portes du châteaux s’ouvrent pour laisser chaque chanteur entrer tour à tour), les costumes et l’écran géant, tout est fait pour en mettre plein la vue aux spectateurs. Côté son, celui-ci est très équilibré également, bien que sur les premiers titres, la voix d’Anneke soit parfois sur-mixée, cette dernière écrasant les autres chanteurs sur les parties harmonisées à plusieurs. Chacun des vocalistes est impressionnant de maîtrise et de justesse, bien que la voix de Fish accuse toutefois le poids des ans, moins claire qu’à sa période Marillion. Dès qu’Arjen Lucassen intervient sur scène dans son rôle de Hippie, pantalon patte d’éph’ et chemise à fleur au programme, l’audience l’applaudit à tout rompre. Complètement dans son rôle, le géant hollandais chante puis s’installe sur un pouf et fait semblant de fumer un narguilé (dont le tuyau lui restera dans la main, provocant son hilarité).

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On notera toutefois quelques petites imperfections tout au long du show (Fish chante un couplet en démarrant une demie mesure trop tôt, Simone qui s’apprête à entamer une partie vocale trop tôt sur « Cosmic Fusion ») mais le public n’en veut pas un seul instant au casting, surtout lorsque l’on connait le peu de répétitions ayant eu lieu en raison du planning chargé des chanteurs. Côté musiciens par contre, il n’y a rien à redire, Ed Warby impressionne derrière les fûts, tout comme Johan Van Stratum dont la basse fait groover des titres comme « Amazing Flight » ou « Across The Rainbow Bridge » et qui agite ses longues dreads en permanence. A la guitare lead, Marcel Singor rend hommage aux soli d’origine, tandis que Joost Van Den Brook (claviers) est égal à lui-même. Et que dire des joutes violon / flûtes menées par Ben Mathot et Thijs Van Leer ? Celles-ci apportent les sonorités organiques propres au travail de Lucassen.

L’œuvre écrite par Arjen est l’une de ses plus diversifiées, puisque on nous entraîne tour à tour dans un tourbillon allant du folk rock 60’s (« Amazing Flight » et ses relents de flower power qui collent à merveille à la voix de John Jaycee Cuijpers), au heavy (« The Castle Hall »), en passant par le jazz rock progressif à la Yes (Tower of Hope »). On apprécie également les parties growlées puissantes et convaincantes de Mark Jansen et George Oosthoek qui interprètent La Mort sur « Cosmic Fusion ».

Ayreon, live, into the electric castle,

Pour plus de fluidité, John de Lancie intervient régulièrement à la narration en guise de fil conducteur. On a ainsi plus l’impression d’assister à un musical qu’à un concert en tant que tel, tant la mise en scène et l’histoire sont indissociables de la musique. Pourtant, les différents chanteurs haranguent tout de même la foule, incitant le public à taper des mains, tandis que sur le côté droit de la scène Ferry Duijsens (guitare) headbangue en rythme.

Les temps forts ne manquent pas, comme ce sublime « Time Beyond Time », magnifié par la voix chaude d’Edward Reekers et celle puissante de Damian Wilson, ou encore un « Valley of the Queens » à la fin duquel Anneke récolte une standing ovation qui dure de longues minutes. Après un solo de piano interprété par Robby Valentine en ouverture de « The Mirror Maze », revisitant notamment le « Vol du Bourdon » de Rimsky-Korsakov, on s’approche peu à peu de la fin de l’œuvre. Et c’est avec le sublime « Another Time, Another Space », où le casting entier revient chanter le final que le premier set se termine. Un très beau final qui recueille un tonnerre d’applaudissements et où l’on peut lire un grand sourire sur le visage de nombreux chanteurs et musicien et beaucoup d’émotion sur celui d’Arjen.

Mais la soirée n’est pas terminée puisque le casting a décidé de balayer également les side-projects du Néerlandais, à commencer par The Gentle Storm mené par la pétillante Anneke Van Giersbergen. On peut toutefois regretter le choix du titre interprété, puisque « Shores of India » n’est pas des plus accessibles. Il en va de même pour la reprise d' »Ashes » d’Ambeon. Si ce titre est parfaitement interprété par Simone Simons, sa ligne de chant difficile semble faire baisser l’intensité du set. Pour Stream Of Passion, logiquement chanté par Marcela Bovio, l’ambiance popisante du titre (« Out in the Real World ») montre que Lucassen sait composer des morceaux particulièrement diversifiés. C’est avec « Twisted Coil », où Damian Wilson vient encore faire montre de tout son talent que la deuxième partie du show décolle à nouveau. Une surprise de taille émane de ce deuxième set avec l’interprétation de « Kayleigh », classique de Marillion de la période Fish, sur lequel ce dernier vient faire un beau cadeau à ses fans. Certes, l’interprétation ne vaut pas celles données il y a près de trente ans, et Marcel Singor n’est pas Steve Rothery (ce qui est particulièrement flagrant sur le solo de guitare qui manque du feeling propre au guitariste de Marillion). Mais la foule retient surtout l’aspect historique de cet instant.

Ayreon, live,

Arjen monte alors sur scène pour chanter un extrait de son excellent album solo, Lost in The New Real, avec « Pink Beetles in a Purple Zeppelin », rendant un hommage appuyé à ses quatre influences principales. Des ballons géants tombent alors et l’audience se lâche encore, chantant les paroles et applaudissant à tout rompre. Visiblement ému, Arjen Lucassen se fend d’un petit discours pour remercier les artistes et les fans venus de pas moins de 64 pays pour assister à ces quatre concerts. Et alors que le géant hollandais s’empare d’une guitare, chacun sait qu’il manque un projet à ceux présentés ce soir. C’est avec « Songs of the Ocean » que Star One sera représenté et sur lequel Robert Soeterboek fera une petite apparition (peu convaincante vocalement mais au moins l’énergie est là), vite rejoint par tous les vocalistes et instrumentistes. Si l’on aurait préféré le final a cappella de « The Eye of Ra » pour clore ce second set, toute la salle est consciente d’avoir assisté à un très grand moment de musique et à un weekend historique pour les amateurs de metal progressif. Arjen Lucassen sait décidément conter de belles histoires, de celles qui transcendent le temps et l’espace et qui resteront en tête pour de nombreuses années.

Setlist

Welcome to the New Dimension
Isis and Osiris
Amazing Flight
Time Beyond Time
The Decision Tree (We’re Alive)
Tunnel of Light
Across the Rainbow Bridge
The Garden of Emotions
Valley of the Queens
The Castle Hall
Tower of Hope
Cosmic Fusion
The Mirror Maze
(with Robby Valentine)
Evil Devolution
The Two Gates
« Forever » of the Stars
Another Time, Another Space

Shores of India (The Gentle Storm cover, Anneke van Giersbergen)
Ashes (Ambeon cover, Simone Simons)
Out in the Real World (Stream of Passion cover, Marcela Bovio)
Twisted Coil (Guilt Machine cover, Damian Wilson)
Kayleigh (Marillion cover, Fish)
Pink Beatles in a Purple Zeppelin (Arjen Anthony Lucassen cover, Arjen Anthony Lucassen)

Songs of the Ocean (Star One cover, Robert Soeterboek rejoint par le casting entier)

Photographies : © Lefteris Tsoureas 2019
Merci à Lefteris de Rock Hard Greece pour ses clichés
Toute reproduction interdite sans autorisation du photographe



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