Klone – Le Grand Voyage

Parler de changement ou d’évolution pour décrire le parcours du combo français Klone depuis deux albums déjà serait bien réducteur. Le mouvement amorcé avec Here Comes the Sun, et prolongé avec la tournée et l’album Unplugged s’apparente plutôt à une irrésistible ascension. Et Klone de s’élever aujourd’hui encore, plus haut, pour atteindre avec ce sixième album studio, intitulé Le Grand Voyage, des sphères d’altitude que seuls les grands peuvent toucher. Quelle trajectoire pour Klone qui signe une œuvre unique, capable de s’imposer comme une référence dans l’univers du metal progressif.

Impossible de s’y tromper : dès les premières mesures, aux premiers accords, le son unique, reconnaissable et prenant est signé Klone. L’album Le Grand Voyage possède cette qualité sonore travaillée, signe d’un travail d’orfèvre. Il n’y avait pas de meilleur choix que celui de « Yonder » pour être présenté en single avant la sortie de l’album. Ce morceau d’introduction à l’album, tellement massif et à l’imagerie cinématographique se révèle être un véritable chef-d’oeuvre à la construction magistrale. On voyage d’un univers planant à l’explosion sourde d’émotions fortes, dans les sept minutes de ce titre aux somptueux arrangements. Le soin apporté à la production par Guillaume Bernard, le guitariste de Klone, qui a oeuvré avec Francis Caste, se ressent dans chaque accord de guitare, chaque écho, pour un effet enveloppant mettant en valeur le magnifique chant de Yann Ligner
 

Avec Le Grand Voyage, on est en immersion dans des atmosphères singulières, pris dans des sonorités tantôt grisantes, enivrantes, tantôt émouvantes et lentes, ou emmené tout à la fois dans des émotions extrêmes et complexes. Ainsi, « Indelible » fait passer l’auditeur d’une introspection lente à une explosion surprenante de rythmes pour terminer sur une outro jazzy au solo fou de sax. 

Klone, Le Grand Voyage, 2019, prog, Yonder, Kscope

Un appel irrésisitible, une invitation au voyage, voilà ce que Klone propose dans les neuf titres que compte l’album. Pas deux ne sonnent pareil, mais le fil conducteur est bien là : cette touche magique, la grande musicalité et bien entendu le chant exceptionnel de Yann, solennel et intense, délivrant ici une prestation vocale parfaite et inspirée. Le titre équivoque « Sad and Slow » ne peut pas se résumer à ces deux adjectifs, triste et lent… c’est triste et lent, mais aussi marqué par un beau crescendo, pour une ascension du chant et de l’instrumental, dans une ambiance sourde et claire à la fois, de réverbération omniprésente, y compris sur la batterie de Morgan Berthet. La mélodie et le refrain sont profonds, mémorables. Quelle interprétation également dans l’ambiant « Keystone », où les instruments sont intelligemment mis au service du chant inspiré en formant un fond sonore presque moelleux.

Klone, Le Grand Voyage, 2019, prog, Yonder, Kscope

Le Grand Voyage est aussi métaphysique : on parle ici du pouvoir d’emmener l’auditeur bien loin des considérations materielles ou terrestres. Ce que Klone maîtrise maintenant à la perfection, c’est cette réverbération, ces échos créant cette atmosphère enveloppante : on est pris dans un tourbillon d’émotions rappelant la nébuleuse présente sur l’artwork de l’album, mais en même temps tellement solaire. Les musiciens avaient annoncé vouloir « faire résonner leur musique à travers le cosmos », c’est chose faite désormais. Dans le subtil et onirique « Hidden Passenger », on est happé par le refrain dynamique mais doux, et le chant si pur, jusqu’à se sentir flotter dans les couplets. C’est encore l’occasion d’un impressionnant crescendo qui n’est pas sans rappeler Katatonia. La fin du morceau est superbe, pleine de cette puissance que les critiques trop rapides disaient avoir perdue chez Klone depuis plusieurs albums déjà. 

Tout est là, maîtrisé et orchestré de main de maître. Car le metal n’a pas disparu, loin de là. Comment ne pas l’entendre sur l’excellente « The Great Oblivion », où l’on retrouve de la rugosité, des riffs ingénieux de Guillaume Bernard et Aldrick Guadagnino et une splendide ligne de basse de Jean Etienne Maillard. Vocalement toujours inspiré, ce titre est efficace, chantant, travaillé, mais loin d’être bruyant. À ne pas chercher la puissance pour la puissance, Klone arrive à nous faire décoller sans growler, tout en finesse et en majesté. 

Du grand Klone, indubitablement. Preuve de la maturité du groupe, la grandeur du message reflète une générosité et une subtilité toute adulte et apaisée, complexe mais posée. La puissance est bien là mais elle dépasse le côté heavy du metal brut. Tout est intensité et force dans ce qui est peut-être le titre le plus marquant de ce Grand Voyage, la sublime « Breach » au refrain prenant, capable de réconcilier les contradictions : de la douceur des sonorités prog et atmosphériques jaillissent les qualités d’un hymne efficace, porté par la mélodie entêtante et la puissance vocale de Yann. Nous voilà partis dans des pérégrinations émotionnelles grâce à ce morceau complexe mais court, travaillé mais  ô combien direct et lisible. 

Irrésistiblement entraîné vers ces hauteurs cosmiques, on atteint vite les sphères personnelles, privées, des profondeurs de nos émotions. Le Grand Voyage permet cette catharsis par la musique, cet effet réparateur après avoir fait jaillir des choses intimes et pures. Dotée d’un refrain émouvant et introspectif, « Sealed » se distingue par les sons de guitares superbes, sorte d’accompagnement souple, discret, mais tellement beau, du chant aérien. Enveloppé par la basse, on ressent des choses avec ce morceau qui fera au moins fermer les yeux , si ce n’est couler quelques larmes. Le titre de clôture, « Silver Gate », est une reprise habile d’éléments de l’album, créant une sorte de loop temporel : du contemplatif , des accords de guitares et ce son aérien, pour un titre aux paroles inspirantes et métaphoriques sur le cycle de la vie et des saisons. D’une fin naît un commencement, sorte d’incitation à l’optimisme … ou juste un clin d’oeil à l’auditeur pour l’encourager à reprendre l’écoute ? 

Véritable épopée sensorielle, au pouvoir de résonner en chacun, Le Grand Voyage de Klone est de ceux qui peuvent marquer, aider, accompagner… un voyage dont on revient bouleversé, transformé et surtout prêt à repartir au plus vite. Un album inoubliable, lumineux et nécessaire.  



Tracklist Le Grand Voyage :

1. Yonder [07:32]
2. Breach [03:50]
3. Sealed [04:46]
4. Indelible [04:53]
5. Keystone [04:57]
6. Hidden Passenger [05:21]
7. The Great Oblivion [04:43]
8. Sad and Slow [04:33]
9. Silver Gate [06:14] 

Le Grand Voyage sort le 20 septembre 2019 via Kscope

NOTE DE L'AUTEUR : 10 / 10



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