Alice Cooper + Black Stone Cherry à  La Seine Musicale de Sèvres (20.09.19)

Un an après un concert à l’Olympia immortalisé sur DVD, Alice Cooper retrouve le goût des grands espaces avec une tournée qui passait par trois arenas françaises, dont la Seine Musicale, aux confins de Paris. Et s’il a sorti un EP, Breadcrumbs, une semaine auparavant, ce sont bien les classiques qui vont résonner dans la salle francilienne.

Black Stone Cherry

Alors que la salle se remplit, ce sont les Américains de Black Stone Cherry qui lancent les hostilités.  Leur musique qui mélange rock, metal, rock sudiste, post-grunge avec des relents de blues n’a pas beaucoup de points communs avec le roi du shock rock, mais avec pas loin de vingt ans d’existence, on s’attend au moins à un set un minimum rodé, à défaut d’être forcément très emballant. Sur disque, la musique de Black Stone Cherry est en effet plaisante, mais manque un peu de puissance et d’éléments vraiment accrocheurs distinctifs, d’où la crainte d’une première partie un peu passe-partout.

Première bonne surprise : le son est très bon, clair et puissant, et chaque élément s’entend bien. Mais c’est presque anecdotique au regard de la performance de la formation ce soir : dès le moment où ils mettent les pieds sur scène, on sent que les Américains veulent en découdre, et ils vont clairement tout donner pour convaincre le public.

Le quatuor, qui passe à cinq voire six sur scène, attaque donc très fort avec « Burnin », issu de son dernier album en date Family Tree, un titre énergique et entrainant qui devient complètement abrasif sur scène. Les musiciens, entrés comme des fauves dans une arène, font rugir leurs instruments. Chris Robertson donne de la voix avec conviction, Ben Wells and John Lawhon ne tiennent pas en place et arpentent la scène en haranguant le public et en assurant les chœurs, Wells à la guitare semblant particulièrement enragé. John Fred Young, lui, martèle ses futs avec une puissance peu commune, et l’on se demande si les toms passeront la soirée.

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Dès le premier morceau, le groupe semble avoir mis tout le monde d’accord, il enchaine alors avec un de ses plus gros succès, « Me and Mary Jane », un titre redoutablement efficace qui décuple là encore d’intensité sous la fougue des Américains. On soupçonne Young de déforester la moitié de la forêt amazonienne à chaque concert, puisque tout en martyrisant sa batterie comme un forcené, il passe son temps à jeter une baguette en l’air sans vraiment prendre la peine d’essayer de la rattraper, utilisant ainsi un nombre considérable de sticks.

Si la setlist baisse un peu d’intensité avec le quatrième titre, « In My Blood », beaucoup plus mid tempo et assez anecdotique, les musiciens ne semblent pas s’en rendre compte et continuent de s’acharner sur leurs instruments et de haranguer la fosse. Seul le claviériste semble un peu en retrait, mais quand même dans son élément. Un percussionniste intervient sur plusieurs morceaux, apportant des variations bienvenues à des titres qui finiraient peut-être par être linéaires sinon.

Toute l’énergie passant dans leur jeu, les musiciens ne parlent quasiment pas. Vers la fin, le guitariste prend la parole pour faire ovationner Alice Cooper, et louer Paris, « une ville si rock’n’roll que les autres villes occidentales ne peuvent pas l'imaginer » (c’est lui qui le dit). Le chanteur redira quelques mots vers la fin, mais au vu de sa prestation, le groupe a raison de s’économiser en paroles et de s’exprimer à travers sa musique. En une grosse demi-heure, Black Stone Cherry va à l’essentiel : des titres puissants, retravaillés pour gagner en énergie sur scène. La formation américaine a montré ce soir plus de hargne et d’investissement que beaucoup de têtes d’affiche, et aura probablement donné envie à une partie du public de la revoir sur un set entier.

Setlist
•  Burnin'
•  Me and Mary Jane
•  Blind Man
•  In My Blood
•  Blame It on the Boom Boom
•  White Trash Millionaire
•  Lonely Train
•  Cheaper to Drink Alone
•  Family Tree

Alice Cooper

Après cette entrée en matière ébouriffante, le « godfather of shock rock » est attendu de pied ferme. Le concert n’est pas complet ce soir mais l’affluence est tout de même importante, beaucoup de spectateurs ont dépassé la quarantaine voire la cinquantaine, mais quelques metalleux plus jeunes font un peu baisser la moyenne d’âge.

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Après les versions enregistrées de « Years Ago » et « NightmareCastle », les musiciens s’installent dans la pénombre et lancent « Feed My Frankenstein ». Un très bon titre pour commencer, qui pose le cadre. Le son est là encore très bon, même si certains trouvent qu’il manque de puissance sur les premiers titres – il est vrai qu’on survit sans bouchons d’oreilles, ce qui n’est pas le cas tout le temps. Si certains guitaristes sont perchés en haut des remparts du décor, ils rejoignent très vite l’avant-scène, bientôt rejoint par un Frankenstein géant, qui ne reste hélas que quelques secondes avant d’être rattrapés par ses geôliers.

La scène est presque classique pour du Alice Cooper : des remparts donc, avec un gouvernail à tête de mort, quelques squelettes sur le devant de la scène, une tour dont l’intérieur sert à projeter, un fond de scène changeant.

Niveau setlist, c’est là plus que classique. Le concert, comme tous les concerts de Cooper depuis des années, est un gros best-off, dans lequel aucun album ne prend vraiment l’ascendant, même si ce soir Billion Dollar Babies (1973, l’époque du Alice Cooper Group) et Welcome To My Nightmare (1975, son premier album en solo) ont droit à quatre titres chacun. Les années 70 et 80 prédominent largement, certes, c’est là que Vincent Damon Furnier a eu ses plus gros succès, mais les années 90 n’ont droit qu’à une seule chanson (« Hey Stoopid », et leur dernier album long, Paranormal, n’a lui aussi qu’un morceau, « Fallen ». Quant au dernier EP, Breadcrumbs, sorti tout juste une semaine avant, il n’en est même pas fait mention (certes, il s'agit d'un album de reprises).

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Cependant, pour peu que l’on ne soit pas rétif à ce ressassement de vieux tubes, le spectacle est réussi. Et avouons-le, la majeure partie du public semble être là essentiellement pour les classiques. « Feed My Frankenstein » est suivi de « No More Mr Nice Guy » et « Bed of Nails », le public est à fond. Evidemment, ce n’est pas vraiment là qu’on pogote, mais les spectateurs chantent en chœur ou partent dans des transes gesticulatoires à l’esthétique particulière mais non dénuée d’intérêt.

Alice Cooper est en forme et plutôt en voix, il enchaine les changements d’accessoire, mais adresse très peu la parole au public, hormis pour la demande rituelle « Raise your hand if you’re poison » sur le titre du même nom et pour les présentations du groupe à la toute fin.

Le groupe, justement, mérite au moins autant l’attention que son chanteur. Les trois guitaristes, Nita Strauss, Ryan Roxie et Tommy Henriksen, sont de gros poseurs, mais ils sont tellement bons qu’on peut difficilement leur en tenir rigueur. Ils alternent régulièrement les soli et on serait bien en peine de les départager. Le bassiste Chuck Garric n’est pas en reste, et le batteur Glen Sobel impressionne par sa force de frappe et sa capacité à jongler avec ses baguettes tout en jouant.

Bref, musicalement, c’est de très bonne facture, mais un concert d’Alice Cooper, c’est un spectacle complet, et pendant que le maître de cérémonie change d’éléments de costume toutes les deux chansons, plusieurs personnages viennent tour à tour prendre possession de la scène : Frankenstein, donc, mais aussi une mariée ensanglantée, un hideux bébé géant, une infirmière folle, des personnages pour la plupart habituels dans l’univers d’Alice Cooper, sans oublier la traditionnelle guillotine. Rien à dire, cela fonctionne, mais on a parfois l’impression d’une succession de sketches décousus : les personnages font souvent des apparitions très courtes, sans lien les uns avec les autres, alors qu’on voudrait les voir occuper la scène plus longtemps, et pourquoi pas raconter une histoire cohérente du début à la fin. De la même façon, il est dommage que le décor, les escaliers, les remparts, le haut de la tour, soient au final relativement peu utilisés, par les musiciens notamment, alors qu’ils pourraient être un espace de jeu fantastique.

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Il faudrait tout de même être de très mauvaise foi pour affirmer que le spectacle est mauvais : il pourrait être plus surprenant, plus déjanté, plus choquant, moins best of. Il n’en reste pas moins qu’Alice Cooper est encore très en forme pour son âge, épaulé par des musiciens hors pair, qui pourrait en remontrer à beaucoup de chanteurs de sa génération, et même à certains plus jeunes. Et au final, après un rappel composé d’ « Over My Wheels » et « School’s Out » mixé avec « Another Brick in the Wall » (comme depuis plusieurs années), le public semble ravi, ce qui est au final l’essentiel.

Setlist
•  Feed My Frankenstein
•  No More Mr. Nice Guy
•  Bed of Nails
•  Raped and Freezin'
•  Fallen in Love
•  Muscle of Love
•  He's Back (The Man Behind the Mask)
•  I'm Eighteen
•  Billion Dollar Babies
•  Poison
•  Roses on White Lace
•  My Stars
•  Devil's Food
•  Black Widow Jam
•  Steven
•  Dead Babies
•  I Love the Dead
•  Escape
•  Teenage Frankenstein
Rappel
•  Under My Wheels
•  School's Out (+ Another Brick in the Wall)



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