Entretien avec Attila Csihar de Mayhem

Après une grosse tournée où Mayhem a joué De Mysteriis Dom Sathanas dans son intégralité, des performances avec son premier groupe Tormentor qui a vu le groupe foulé les planches du Hellfest, Attila Csihar (chant) nous parle de Daemon,  le dernier album de Mayhem, de sa vie, de ses influences…

Lionel / Born 666 : Au fil des ans, nous avons observé que Mayhem n’était pas un groupe qui se précipitait pour sortir un album. Cela ne fait « que » cinq ans qu’ Esoteric Warfare est sorti. Comment pouvez-vous expliquer cette rapidité?

Attila Csihar : Après les tournées Esoteric Warfare / 30 ans de Mayhem, nous avons fini par jouer le disque De Mysteriis Dom Sathanas en entier. On devait le jouer seulement une fois lors d’un unique show, mais c’était tellement intéressant que nous avons accepté de faire une tournée lui rendant hommage. Donc nous l’avons joué pendant plus de deux ans avant de commencer à travailler sur Daemon.

Lionel : J’ai entendu dire que Daemon avait été enregistré en trois mois seulement. Comment s’est déroulé votre processus de création?

Attila : Eh bien oui, trois mois pour l’enregistrement, mais cela a pris un peu plus de temps pour faire l’album. On a dû y travailler ensemble pas plus d’un an. Premièrement, nous avons défini les directions principales comme si nous visions quelque chose de semblable au pré-Mysteriis en terme de sentiments ou d’aspect spirituel, mais en fait nous sommes arrivés à ce qu’est Mayhem aujourd’hui.

Lionel :  Penses-tu que le fait d’avoir travaillé rapidement sur Daemon vous a aidés à trouver l’inspiration?

Attila : Oui, chaque album est un processus différent. Nous avons travaillé un peu différemment cette fois-ci. Par exemple si j’enregistrais seul la voix en studio, j’y étais uniquement avec le producteur. Habituellement, j’enregistrais les voix avec l’autre compositeur du morceau en studio. C’était inspirant, en fait, je me sentais libre de faire les parties vocales comme je les aime.

Lionel : J’ai entendu dire que l’œuvre que l’on retrouve sur la pochette vous a aidés à terminer l’album. Est-ce vrai?

Attila : Pas vraiment. C’est une œuvre d’art géniale mais qui n’a rien à voir avec la création de la musique.

Lionel : Au cours de votre longue carrière, nous pouvons constater que tous vos albums sont très différents. Mais avec Daemon, il y a un grand écart avec Esoteric Warfare. Est-ce un nouveau chapitre de black metal (ou de metal) que Mayhem veut écrire?

Attila : C’est venu naturellement et je suis heureux que Daemon soit une autre forte créature propre à Mayhem. C’est nouveau, différent et unique. Je pense que Daemon est tout juste en train de déployer ses ailes, mais j’ai le sentiment qu’il occupera une place importante parmi nos autres disques. Daemon représente ce que Mayhem est aujourd’hui.
 

Mayhem


Lionel : As-tu travaillé sur les paroles?

Attila : Oui, mais cette fois, j’ai invité d’autres personnes à y contribuer. En fait, c’était génial et les gens commençaient parfois à proposer des idées complètes. J’ai vraiment apprécié ça. Pour moi, l’essence de Daemon est que tout le monde était plus impliqué dans le processus de création et de composition. Sur tous les albums précédents en remontant jusqu’à De Mysteriis, nous travaillions ainsi : un guitariste et un chanteur composaient le tout et le reste du groupe était un peu sur le côté. Avec Daemon, mon objectif était de changer cela et de faire quelque chose « à l’ancienne », en ce sens que tout le monde devrait être plus impliqué dans la création. Même Hellhammer a écrit de belles paroles en latin! Des choses comme ça rendent Daemon vraiment unique et intéressant pour moi. Cela n’est jamais arrivé dans l’histoire de Mayhem!

Lionel : Y a-t-il un artiste en particulier qui t’a inspiré pour construire ton image « multiple » sur scène et ta façon de chanter?

Attila : Je dirai qu’il y en a plusieurs… Je suis moi-même un grand fan de musique et j’y ai bien sûr trouvé mes inspirations. Rob Halford, Bruce Dickinson, Quorthon, Tom Araya, Nivek Ogre, Diamanda Galas, David Tibet, Carl McCoy, Andy LaPlegua, Kristoffer Rygg, Mike Muir, etc.

Mayhem


Lionel : Sur Daemon, nous pouvons entendre toute ta puissance vocale, du growl aux voix de ténor. Après toutes ces années, as-tu pris des leçons de chant?

Attila : Oui c’est correct. Je suis d’abord allé voir un professeur de chant classique au début des années 90. Je me souviens qu’après mes débuts avec Tormentor j’ai essayé plusieurs groupes, nous avions un groupe de psycho-billy appelé The Maniacs, puis expérimental comme Himalaya, et même j’ai essayé un groupe post-punk comme Billy Idol, mais un peu plus extrême. Je devais donc utiliser ma voix de différentes manières. C’est pourquoi j’ai été suivi en premier par cette vieille dame, elle était une primadonna à l’Opéra national. C’était cool d’entendre parler de « Teg » pour la première fois. Les techniques de respiration spéciales qui peuvent vous aider à mieux contrôler votre voix et à faire plus de variations. Je n’ai bien sûr jamais dit à mes professeurs quel type de musique je jouais (rires). J’ai donc eu quatre professeurs au cours des années, trois  femmes et un homme.

Mais quand même… les techniques sont importantes mais restent secondaires. L’attitude, l’esprit, la bonne approche, l’endurance, l’honnêteté sont plus importants que les techniques musicales et artistiques. C’est la raison pour laquelle les gens qui terminent ces écoles de musique de grande classe fondent un groupe de metal extrême. Peut-être qu’ils pourraient jouer une musique parfaite, mais que personne ne se soucie de rien si ces valeurs manquent.

Lionel : Mayhem a été très créatif car nous pouvons trouver de nombreux bonus pour la sortie de Daemon. Comment avez-vous fait pour être aussi inspiré?

Attila : Oui, nous avions plus de chansons à choisir. Nous avons même laissé tomber quelques idées.
Hellhammer a également été si rapide avec les enregistrements de batterie que nous avons eu plus de temps en studio, nous avons donc décidé d’enregistrer un tas de reprises pour le plaisir. Nous verrons lesquels nous utiliserons, probablement pas toutes. Il y a des chansons de groupes comme Death, Deathstrike, Discharge, Rudimentary Peni, Burzum, Bathory, Morbid..etc.

Lionel : Au Hellfest cette année, tu jouais avec Tormentor, es-tu content de votre prestation?

Attila : Pour moi le Hellfest pourrait être le meilleur festival. C’est certainement l’un des meilleurs au monde. Je me souviens d’avoir déjà joué là-bas quand il s’appelait encore Fury Fest. J’ai eu la chance d’y jouer cinq à six fois avec  Sunn O))), Mayhem et maintenant avec Tormentor! C’était incroyable de jouer là-bas avec Tormentor. J’ai entendu dire qu’un article vidéo sur Hellfest apparaîtra à la télévision française avec Tormentor. C’est l’une des choses les plus cool qui soient.

Tormentor


Lionel : Qu’aurais-tu fait dans la vie si de telles choses comme la guitare électrique ou le black metal n’existaient pas?

Attila : Wow c’est vraiment difficile à imaginer! La musique fait partie de ma vie depuis si longtemps… J’aimais la musique mais, dès ma plus tendre enfance, j’étais déjà totalement à fond dans les systèmes de sonorisation, comme les home stéréo, les chaînes hi-fi et, plus tard, les sons High End. High End Audio est l’art du son, il suffit de le rechercher sur Google si vous ne le connaissez pas. En fait, j’ai un diplôme d’ingénieur en électricité. J’ai toujours l’ambition de faire quelque chose sur ce terrain un jour. Si je pouvais créer mon propre système audio, je pourrais presque dire que ma vie sera terminée…enfin presque…

Lionel : Que pouvons-nous attendre de votre concert à Paris dans quelques mois?

Attila : Je suis très heureux de jouer des titres du nouvel album. Ce sera un véritable spectacle de Mayhem! Merci pour l’interview et on se verra sur scène!

Photos : © 2019 Lionel / Born 666
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.



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